‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 134 sur 239 · LA VENAISON · texte numérisé non relu

LA VENAISON

cheval, morceau très rare de son œuvre, avec les Deux Agneaux. Entre ces deux pièces, il y a un espace

de dix-sept années. Dans la premiè

e, quoique le paysan soit très bien dessiné et le cheval d'une bonne allure, l'exécution est maigre, la pointe effleure le métal avec timidité ; l'artiste multiplie les hachures sans atteindre à la vigueur etau caractère. Dans la seconde, au contraire, il n'y a pas un trait de trop et il n'y en à pas un seul qui ne produise l'effet le plus juste et le plus saisissant.

Ce maitre si l'écond, dont on voit des tableaux dans toutes les galeries publiques ou privées de l'Europe, mourut cependant en 1672, à Amsterdam, à l'âge de trente-trois ans. Il laissa une lille, qui t'ansmit verbalement à Houbracken le peu de renseignements qui nous restent sur la vie de son père. Il ne quitta jamais Amsterdam. A voir ses œuvres, on devine que celte existence dut êlre toute remplie de paix, de vertus privées et de travail. Ne fut-il pas, comme Mozart, victime de cette maladie de poitrine que tant de

grands hommes ont apportée en naissant, et que des labeurs excessifs aggravent avecrapidité? Gettephtisie,

qui développe chez ceux qu'elle dévore tant de précoces facultés et tant de grâce mélancolique, dut causer la mort prématurée de l'artiste prodigieux qui, dès l'âge de quatorze ans, était devenu un petit grand maitre. A huit ans, Mozart, plus merveilleux encore, toucha devant la cour de Louis XV l'orgue de la chapelle de Versailles, et marcha dès lors légal des plus grands compositeurs ! A trente-six ans, il périssait poitrinaire, laissant inachevé son opéra de {a Ælüte enchantée.

L'illustre amateur Gersaint, qui fut l'ami de Watteau et l'auteur des plus savants catalogues du xvin' siècle,

a porté sur Van de Velde un jugement qui a lieu de nous surprendre, par son exagération, chez un homme

dont l'esprit en est exempt. « C’est le paysagiste, dit Gersaint, dont le pinceau est le plus fou et le plus moelleux. Corneille Poelembourg mème parait sec. pour ainsi dire, dans sa touche, à côté de lui. Ses figures

sont ordinairement naïves et bien dessinées ; sa couleur est fondue et vigoureuse, et ses tableaux sont d’un accord parfait. C’est, enfin, le peintre le plus flatteur qu'il y ait pour les curieux qui s'attachent au beau ravail et au fini. »

Dire que Poelembourg est dur à côté de Van de Velde, c'est aller vraiment beaucoup trop loin : aussi n'est-ce là sans doute qu'une manière de parler. Poelembourg est tellement fondu qu'il donne aux objets ‘aspect du velours; Van de Velde, au contraire, ayant à peindre des animaux dont les formes sont rès arrêtées, tels que des chevaux, des bœufs, des chèvres, se garde bien de tomber dans l'excès de Poelembourg, et sans avoir des contours ressentis comme ceux de Paul Potter, il termine les formes avec

inesse par une touche légère, délicate et caressée. Sous ce rapport, il est apprécié avec plus de justesse par

Jescamps, qui, sur les deux pages insigniliantes qu'il consacre, comme à son ordinaire, äun des peintres les plus charmants de sa galerie, n'a dit que quelques mots touchant la manière du maitre, caractérisée cette fois mieux que de coutume. Ilajoute même quele feuillé de Van de Velde est pointu, d'un grand travail, et que les ciels pétillent au travers de ses arbres, ce qui ne ressemble guère, on le voit, au faire du trop suave Poelembourg.

On ne peut douter, en voyant l'immensité de l'œuvre de Van de Velde, qu'il n'ait été possédé de cette fièvre de travail qui précipite la lin de ceux que le sort destine à mourir jeunes. Non seulementilcompte parmi les premiers paysagistes de la Hollande, mais il mérite, dit-on, d'occuper un rang assez distingué comme peintre d'histoire. On a de lui plusieurs tableaux représentant des sujets tirés de la Passion du Christ, quise trouvaient du temps d'Houbracken dans l'église catholique d'Amsterdam, sur le Spinhuyssteeg. On cite encore une Descente de croix d'une grande dimension, dans l'église de l'Appel-Marckt, où le gracieux peintre du Soleil levant aurait montré, dans un des sujets les plus pathétiques de l'art chrétien, qu'il était capable de rendre

les émotions fortes de la peinture sacrée comme les joies tranquilles de la vie pastorale. S'il avait vécu

quelques années de plus, il se serait acquis peut-être dans ces travaux une immortalité nouvelle ; il aurait donné, comme aurait dit mon compagnon de voyage, son Énéide après ses Bucoliques. Le destin jaloux en décida autrement. Aujourd'hui le nom de Van de Velde ne rappelle que des tableaux rustiques, des vaches paisibles ruminant au milieu des couliantes brebis couchées à leurs pieds, et de gras pâturages où les

troupeaux errent à l'aventure, tandis que le berger s'endort sous l'épais feuillage des hêtres.

CUARLES BLANC.

Adrien van de Velde est un des plus habiles graveurs à l'eau-forte de l'école de Hollande.

Les catalogues de vente hollandais ne mentionnent que Adam Bartsch n'en etune, etcependant nous avons toutes rai-

vingt-deux pièces gravées par ce maitr connutque vin£ sons de penser que l'œuvre gravé par Adrien van de Velde se compose au moins de vingt-quatre morceaux.

Dans le catalogue que nous allons dresser, nous conserverons les numéros et les titres adoptés par Adam Bartsch : 1. Le Vacher et le Taureau. On lit au haut de la gauche :

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