‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 142 sur 239 · AN.V.F · texte numérisé non relu

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B =LAYIRTCS.

CONRAD DECKER

NÉ VERS 1640. — monr EN ...

Il règne une grande obseurité sur les peintres qui ont porté le nom de Decker. Certains biographes ont fait de deux personnes une seule et ont ainsi

confondu ce qui de

it être distingué; d'autres, d'un seul maitre en ont fait deux et ont ainsi distingué ce qui devait être confondu. Aujourd'hui, tout celan'est plus très-facile à débrouiller. Voici pourtant ce qui, à travers tant d'erreurs, nous a paru certain.

Il y à en Hollande quatre peintres appelés Decker ou Dekker. Houbraken fait mention d'un Jacques

Decker comme ayant fait partie de la bande aca-

démique des peintres de Rome. Van Gool cite un

François Decker qui naquit en 1684 à Harlem et mouruten 1751 ; celui-là était élève de Romeyn de Hoogh. Il peis

ques,

lait le portrait, l'histoire, les sujets grotes-

des écoles de singes et de chats, des caricatures. En troisième lieu, il existe un Corneille Decker,

bien connu des amateurs pour avoir peintdes intérieurs de chaumières et des ateliers de tisserands dans le

goût d'Ostade. On voit un de ses tableaux gravé dans le Gabinet de CGhoiseul; il s'en trouve un autre dans la Galerie des peintres flamands de Lebrun. Enfin, il est un quatrième artiste du nom de Decker: c'est Conrad Decker, paysagiste, celui auquella présente notice est consacrée, celui que Lebrun appelle par erreur

Corneille, et auquel Josi dans ses Zmitations de dessins donne également ce faux prénom.

Aucun biographe hollandais n'a parlé de Conrad Decker. Descamps semble l'avoir complétement ignoré, lui qui cependant n'a présque pas omis un seul despeintres, mêmeles plus obseurs de la Hollande. Bartsch ne l'a point nommé dans son Peintre graveur. Tosi et Lebrun l'ont seuls mentionné, le premier en deux lignes

seulement, le second pour soulever un doute qui est venu ajouter encore à tant d'incertitudes : « Decker qui à

peint le paysage, dit-il, pourrait bien être parent de celui qui peignit les ménages de tisserands; peut-être est-ce le même quele précédent; c'est un pointque nous ne résoudrons pas. » Il résulte donc de l'ignorance

des uns et du silence des autres

que nous ne connaissons absolument rien de Conrad Decker en dehors de

ses peintures et des magnifiques eaux-fortes dont il a enrichi la Description de la ville de Delft par Bleysw yeh.

Nous voyons, d'après ces planches, que Conrad florissait en 1667. Il élait donc contemporain de Ruysdael et pourrait avoir été l'élève d'Everdingen, comme le pensent Pilkington et Fuseli qui cette fois l'appellent, non plus Corneille, mais Adrien. Bien qu'il ait beaucoup travaillé à Delft, et qu'il ait dessiné l'un après l'autreles monuments, les églises, les places, les promenades, les canaux, les ponts, lesremparts de cette ville, il est assez probable qu'il était natif de Harlem, etque le François Decker cité par Van Gool comme originaire de cette ville, était le fils ou le parent de Conrad. Quoi qu'ilensoit, ce dernier méritait sa place dans l'Aistoire des peintres, et à plus d'un titre. Si nous commençons par ses tableaux, nous y trouvons tout d'abord de

la ressemblance avec ceux de Van Goyen et de Ruysdael. Même tristesse, même uniformité de tons gris et

sombres, mêmes ciels couverts, que traversent desnuages ambulants; mais il se distingue de ces maitres par une prédilection particulière pour les masures abandonnées et les vieilles murailles. Je n'ai jamais vu un paysage de Decker qu'il n'y eût une porte d'eau, une chaumière délabrée, ou quelque ancienne tour bâtie sur le bord d'un fleuve, et toujours ces fabriques, au lieu d'être un simple ornement de la composition, en

faisaient au contraire l'objet principal. On peut vérifier la justesse denotre observation sur les deux tableaux

de Decker qui sont au Louvre, et sur celui que possédait John Ellis et que Mazell a si bien gravé. On voit, dans ce dernier surtout, que le peintre a voulu concentrer tout l'intérêt sur un bâtiment en ruine. Sans doute que ces chaumières perdues au bord de l'eau lui auront fait un jour une impression vive qu'il n'aura jamais oubliée; il est certain que le charme singulier qu'il y trouva, nous l'y trouvons à notre tour... Quel profond mystère que l'art! Pourquoi donc restons-nous si longtempsäregarder cette masure dont la muraille décrépie laisse voir cà et là des briques que le temps a disjointes ? Comment se peut-il que nos regards s'attachent avec tant de plaisir à si peu de chose ? Cela tient précisément à ce que le peintre fut encore plus

sensible que nous-mêmes à ce naïf accident de son paysage. Voyez, en effet, commeil a rendu complaisamment

les aspérités du vieux mur, ses tons variés, ses intermittences de briques rouges etde mortier blanc ; comme son pinceau gras etlin tout ensemble a exprimé chaque lézarde, et les joints du ciment, etles petites plantes

que le hasard a fait pousser s

w le plâtre humide. Ce n'est pas tout : cette masure aux fenêtres murées ou closes, etque personne n'habite plus, elle est flanquée d'une de ces baraques en planches portées sur deux

pilotis, que l'on rencontre si souvent dansles tableaux d'Hobhema et qui forment sur le fleuve une espèce

de poivrière rustique, bouchonnée de paille, qui présente un aspect des plus pittoresques, en peinture du

moins, sinon dans la réalité même. Quant au paysage, il est d'une tristesse profonde et parait désert. On est surpris d'y voir un homme dans une barque, c'est le passeur du fleuve; il vient de débarquer un paysan qui s'enfonce dans un fourré. Le ciel est d'une teinte ardoise, et, à voir les nuées mouvantes qui le cachent, on peut croire que la brise fait frémir les beaux arbres qui ombragent la chanmière.

Mais les plus beaux ouvrages de Conrad Decker, ceux où il a montré le plus d'originalité, d'esprit et de

savoir, cesont les estampesqu'il aexécutées d'après ses propres dessins, pour la Description de la ville de Delft",

par le bourgmestre Bleyswyck. Nous avons découvert après bien des recherches ce livre précieux et rare,

qui avait été indiqué par Josidans les deux lignes qu'il a écrites sur Decker. Nous y avons, trouvé, en effet, de

grandes et belles planches, supérieurement

ravéesetsignées : C. Decker fecil. A l'exception du frontispice, qui

est gravé par G.Wingendorp, etd'unejolie pièce enhauteurreprésentant la tour de l'église neuve (Nieuwekerke),

1 En voici le titre exact : Beschrijuinge

ter stadt Delft, door Divek Van Bleysvijek Everts-Zoon, Tol Delft, Arnold Bon 1667.

CONRAD DECKER (1640). 3

qui fut gravée après coup par À. de Blois, toutes ces planches sont l'œuvre de Decker, etil en estune qui nous fait connaître son véritable prénom, Coenraet ; c'est la vue du Voor Burgh, nommé Forum Hadriani. Maintenant

ces magnifiques estampessont-elles decemême Deckerquia peint des paysages? Sans aucun doute, ànos yeux.

D'abord ce qui estle mieux fait dans ces gravures c'estjustement le paysage. Toutes les foisque l'artiste doit

représenter une allée d'arbres, des terrains vagues, les plantes qui croissent au bord des canaux, la végétation

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