‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 143 sur 239 · LA CHAUMIÈRE · texte numérisé non relu

LA CHAUMIÈRE

quicouvrelesremparts dela ville, les ciels, les lointains, sa pointe fait merveille, la main du maitre se révèle dans cesparties,surtoutla main du paysagiste. Sa manière de toucher le feuillé des arbres, de fouiller les terrains semés de verdure et de fleurs ou couverts de plantes, est vraiment admirable et peut servir de modéle. Les travaux de Decker sont à la fois libres et propres: ils sont légers sans être mesquins. Le seul reproche qu'on

puisse leur faire, c'est d'être un peu durs et noirs dans les ombres, du moins s'il en faut juger par l'exemplaire

que possède la Bibliothèque, et dont les épreuves sont d'ailleurs belles et d'une condition parfaite. Quant à

l'architecture, elle est gravée plus sèchement, quand elle estrégulière et neuve; mais lorsque le peintre a le

bonheur de rencontrer une muraille endommagée, quelque rempart dégradé par la guerre ou par le temps, quelque ruine, sa pointe alors devientsouple et un peu tremblée ; ilse plait à exprimer ces rugosités, et onle

retrouve absolument telque nous le connaissons dans ses peintures, habile à donner du relief aux objets, une

)hysionomie piquante aux surfaces, Il estvraiment impossible de s'ytromper. Et non-seulement le peintre s'y ] Piq [ :

trahit par le choix heureux des points de vue, par le ménagement de la lumière et de l'ombre, mais encore

par le bon goût de l'exécution, qui tantôt rappelle le savant et précieux travail des cathédrales de Hollar, tantôt

ressemble à ces fines peintures où Vander Heyden savaitrester pitt oresque, toul en comptant les tuiles d'un toit,

les briques d'un mur et jusqu'aux pavés d'une rue. Enfin il est une autre raison qui démontre que ces superbes

gravures sont de la main de Peckerle paysagiste, c'est l'habileté charmante avec laquelle il a gravé les eaux,

dans ceux de

main de Fr

aysages, dont la poésie, involontaire peut-être,

grand Ruysdael ?

Les tableaux de De sont assez rares et ont élé fort peu gravés, bien qu'ils se prêtent fort bien à la traduction du graveur.

La plus belle pièce exécutée d'après ce maîlre est une vue par P. Mazell d'après un tableau qui appartenait à John Ellis.

Le Louvne contient deux tableaux de Conrad Decker : — i. Paysage. À gauche devant une chaumière ombr grands arbres et placée au bord d'une rivière, une femme lave du linge; près d'elle une petite fille debout tient un panier. À droite, sur un plan plus éloigné, un paysan, une femme donnant la main à un enfant et deux pêcheurs au bord de l'eau. On attribue les figures, dit le catalogue, à Adrien Van Ostade. — 2

de Flandre, a View in Flanders, gravé

ée de

Vue de deux chaumières au bord d’un auche, à l'ombre d’un grand arbre, une jeune fille et un homme

d'une rivière sur laquelle passe un bateau chargé homme, d'une femme et de deux petites filles ;

assis ; près d’eux, un chien. Les figures sont d'Honoré Fragonard. — Nous pensons que ce dernie

tableau pourrait bien être un pastiche de Fragonard.

Nous ne trouvons aucun tableau de Decker dans les musées de Bruxelles, d'Anvers, d'Amsterdam, de La Haye.

Il s'en voit quelques-uns dans les grandes collections privées en Angleterre, où Conrad Decker est appelé François et confondu avec le peintre dont parle Van Gool.

La GaLErre BribGEwaTER contient de Decker une Vue de rivière avec des maisons rustiques, Ce tableau fut acheté par lord Egerton à la vente Watson Taylor.

GALERIE SUTHERLAND. — Vue d'un canal. Sur le devant

un homme pêche à la ligne, un autre est dans un bateau plat. Plus loin, deux personnes sont as une femme et un enfant s Sont attribuées à Van Os

Les tableaux de Decker ne seproduisent pas souvent dans

ises sous des arbres ;

> dirigent vers eux. — Les ficures tade.

ar l'histoire, et dont les estampes ne sont décrites nulle

varfois on a cru y reconnaitre des paysans d'Ostade, cel

es barques, les navires, les ponts de bois, les estacades, tout ce qui s'offre à la vue dans ses tableaux, comme

tuysdael, Est-il besoin d'ajouter, pour achever l'éloge d'un peintre graveur si injustement oublié

part, qu'il dessinait aussi bien que Wouvwermans les

chevaux, les chiens, les carrosses etmême les figures ; qu'il n'est donc pas vraique Decker ait été forcé, comme edit M. de Burtin, de recourir au pinceau d'autrui, pour les figures etles animaux de son paysage, et que si a tient à la vérité d'observation qui est commune aux

deux maîtres. Je ne sais sile tableau du Louvre dans lequel Fragonard amis des ligures, n'estpas toutentier de la

gonard lui-même, quiréussissait fort bien ces sortes de pastiches ; mais s'iln'a faitqueles ajouter au paysage de Conrad Decker, il faut convenir qu'on ne pouvaitavoirune plus malencontreuse idée… Que viennent aire les figures bruyantes et coquettement chiffonnées de Fragonard, dans ces monotones et silencieux

est grave, mélancolique et pénétrante comme celle du

CHARLES BLANC

les ventes. Il faut croire que plusieurs ont été catalogués sous le nom de Ruysdael et même sous celui d'Hobbema. VENTE CuevaLiER LauBerr, 1787. — Paysage et chaumière près d'une rivière, dont la gauche offre un chemin orné de figures près d'un pont. — 480 livres.

Vente Coccers, 1789. — Un Paysage orné, à droite, de chaumières près d’un chemin qui indique l'entrée d'un

hameau; à gauche un groupe de trois arbres. Quelques figures enrichissent les divers plans. 600 livres. — Deux paysages ornés de fabriques et de figures peintes par Isaac Van

stade. — 600 livres.

VENTE CLos, 1812, — Paysage très-boisé avec constructions en briques entourées d'une barrière de planches. S

le devant, un homme, vu par le dos, porte des seaux à la

s. Ciel orageux. — 501 francs.

TE AMMAN SCHWANNBERG (La Häy mières sur pilotis

), 1800. — Des chau- Un homme pêche à la ligne. Tableau de la plus parfaite vérité. 261 francs. — Vue extérieure d’une ferme hollandaise. Une femme lave des hardes près d'an puits. Quelques poules ; une mare d’eau etun batelet conduit par un homme, — 115 francs.

VENTE CARDINAL Fescu, 1845. — Habitations rustiques cabaret de village construit en briques, ombragé d'

etenvironné de buissons. Deux hommes causent sous l'auvent de la porte. Sur le devant, un puits à manivelle, une herse, une auge en bois, un seau, des poules ; au loin un clocher. — 197 scudi (environ 4,000 francs).

Les tableaux de Decker qui sont au Louvre ne sont pas

signés ; nous reproduisons l'inscription qu'on trouve quel-

quefois au bas des estampes qu'il a gravées.

cker JeC

Éea L CA L a 02 x 4f, Z, Ya GES

NÉ vers 1635 — Monr EN 1681

Que fait done cel amateur qu'on à vu tant de fois dans la galerie du Louvre, immobile et aceoudé sur la rampe de fer, devant le Buisson de Ruysdael? Vous pensez qu'il étudie les secrets et les procédés du peintre; qu'il se demande comment ont été fondues ses couleurs mystérieuses ef

voilées. Au contraire, il est tout entier à l'émotion que lui

cause cette vue de la campagne atlrislée par un ciel orageux:; il repasse dans sa mémoire les impressions à demi effacées de sa jeunesse, el il se transporte en imagination à certaines heures du passé, à ces heures qui marquent les

âges de la vie et dont le souvenir est souvent confus, bien

qu'elles aient laissé dans le cœur une trace si profonde ; il croit enfin se retrouver dans les champs comme il y avail autrefois promené ses réveries, par un

ciel sombre, semblable à celui du tableau; et il est surpris d'éprouver encore des impressions qu'il

5 Il n'existe aucun portrait authentique de Jacques Ruysduel.

croyait perdues et qu'il n'aurait pas ressenties peul-être une seconde fois, si la nature ne lui était apparue à travers le génie d'un peintre inspiré.

Jacques Ruysdael fut atteint, il y à deux siècles, de cette vague douleur qu'Albert Durer représenta le premier dans limmortelle estampe qu'il appela du nom de Wélancolie. Ce sentiment, que l'art n'avait encore jamais exprimé, qu'un petit nombre d'âmes d'élite avaient seules connu, fut celui qui tourmenta jusqu'à la mort notre grand paysagiste. Dans un temps où tant de peintres ne voyaient, comme Berghem, que le côté pittoresque de la campagne, ses accidents heureux, ses formes colorées, sa lumière, Ruysdael, en proie à je ne sais quelle secrète et noble imquiétude, poursuivait au sein de la nature linsaisissabie idéal, linconnu. Le long des dunes monotones du pays de Kemmer, dans les plaines de la Hollande comme au pied des montagnes de Norvège, il aspirait à pénétrer la grande âme que les panthéistes prêtent au monde. Et la preuve que le véritable tourment de ce grand peintre fut une aspiration, par delà les choses visibles, vers cet infini que semblent représenter les lignes indécises de l'horizon de ses paysages, cest qu'il abandonna un jour une carrière bien commencée et déjà brillante, pour chercher dans la peinture l'expression de ses pensées intimes, l'épanchement mystérieux de ses ennuis.

Houbri

ken raconte en effet que Jacques Ruysdael, avant d'être peintre, avait été médecin. Son

père, établi à Harlem, où Ruysdael est né, en 1640, suivant les uns, 1 , Suivant les autres, exerçail une profession qui le mettait continuellement en rapport avec les artistes, Il était fabricant de ces beaux cadres d'ébène qui élaient alors très goûlés dans les Pays-Bas, et dont l’austère simplicité S'accordait si bien avec la physionomie protestante des intérieurs hollandais. Arrivé à une certaine aisance, il avait fait donner à son fils une éducation libérale, et celui-ci, après de rapides progrès dans les études latines, avait été reçu médecin, et, s'il faut en croire Houbraken, il avait pratiqué avec succès quelques opérations chirurgicales, quand l'envie de peindre S'empara de lui. Cela résulte au

surplus du catalogue d'une vente faite à Dort, en 1720, où on lit, sous le n° 30 : Un fort beau paysage l î paysag

avec chute d'eau, par le docteur Jacob Ruysdael!. On sait que Ruysdael avait, dès sa première jeunesse, appris à dessiner, même à peindre, el rien n'est plus vraisemblable, si l'on songe que le jeune docteur voyait entrer chaque jour, dans la boutique de son père, les grands artistes dont la ville de Harlem élait alors remplie : les Wouwermans, les Picrre de Laer, les Berghem, les Wynants. Ce qu'on ignore, c'est l'époque où Ruysdael abandonna la médecine et la chirurgie pour la peinture.

Descamps affirme toutefois que, dès l'üge de douze ans, Ruysdael avait fait des tableaux dignes de surprendre tous les artistes. Il n'est pas absolument impossible qu'un homme de la trempe de Ruysdael ait montré en même temps deux talents aussi divers que la peinture et la médecine; mais il est permis de penser que le désir d'ajouter à la gloire de ce grand artiste le mérite d’une précocité merveilleuse lui a fait attribuer quelques toiles de son frère Salomon, plus âgé que lui de vingt ans. Il arrive souveni que, dans les natures fortes et passionnées comme celle de Ruysdael, le sentiment ne se révèle lout à coup qu'après avoir été longtemps contenu dans les profondeurs de l'âme. Tel fut le génie de Jean-Jacques Rousseau, le premier de nos écrivains qui ait eu le poétique sentiment de la

nature. Il est donc plus sage de s'en tenir au témoignage de l'historien Houbraken, sans même prendre

garde aux assertions de Descamps, dont la notice sur Ruysdael contient presque autant d'erreurs que de mots. Imagine-l-on, par exemple, que ce même artiste, qu'on nous donne tout d'abord comme

ayant produit des chefs-d'œuvre à l'âge de douze ans, lingénieux biographe nous le montre plus tard

allant faire part à Berghem de l'extrême envie qu'il avait de peindre? À quel âge a donc pu lui venir celte envie d'apprendre la peinture, si déjà il la pratiquait avec tant de supériorité dès l’âge de

douze ans! Mais ces énormes bévues ne sont pas les seules qu'on peut relever chez ce bon homme,

1 Immerzeel, De levens en werken der Hollandsche en vlaamsche Kuntschilders, beeldhowvers, graveurs en bouwmeesters. Amsterdam, 1843, Lome IL, p. 41.

dont Diderot s'entretenait un jour si plaisamment avec Chardin. « Les ouvrages de Berghem, dit » Descamps, plurent beaucoup à Ruysdael; à! semblait même qu'il y avait quelque rapport dans leur » génie. Il fut le chercher à Amsterdam, et il lui fit part de l'extrême envie qu'il avait de peindre. » On ne dit pas que Berghem fût son maitre, mais on assure qu'ils devinrent étroitement liés » d'amitié. C'en est assez pour nous faire croire que cette union intime a contribué à l'avancement » de Ruysdael. Un soupçon devient certitude, quand, en examinant ses ouvrages, on reconnait la touche » et la couleur de celui qui à été son guide. » Ce passage est des plus curieux, et il faut relire deux lois cette phrase précieuse : « Zl semblait mème qu'il y avait quelque rapport dans leur génie. » Si

exista jamais deux hommes d’un génie, je ne dirai pas différent, mais complètement opposé, ce furent

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