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LA LECON DE CHANT

tombé d’une des lampes qui est peint si naturellement, qu'on croit le voir brüler, et qu'on est tenté de l’éteindre pour qu'il n'endommage pas le tableau !. »

Un de ces sujels de nuit qui intéressent les curieux, plus peut-être que les vrais amateurs de la peinture, est celui qu'on appelle /a Lumière vainement soufflée. C'est un assez gracieux débat entre une jeune fille en cornette à barbes de dentelle qui lient une chandelle allumée, et un jeune homme qui veut l’éteindre. Pas un visiteur qui ne soit tenu de remarquer les singularités de cet effet de lumière, les clairs etles reflets du chandelier de cuivre, la transparence des doigts de la jeune fille — qui protège

1 Catalogue raisonné des tableaux de la Galerie électorale de Dusseldorf. Dusseldorf, 4805. On sait que presque tous les tableaux de cette galerie, entre autres ceux de Schalcken, ont été transportés à Munich.

sa chandelle d’une main dans laquelle on croit voir circuler le sang, — sa poitrine et son visage éclairés de bas en haut et jusqu'à la vapeur du souffle qui agite en vain la lumière. Mais cette même galerie de Dusseldorf renfermait un autre sujet de nuit où tous les problèmes imaginables avaient été résolus. L'artiste y avait représenté une Madeleine assise près d'une tombe et soutenant une lampe allumée qui pose sur un livre. Un ange lui apporte une palme et une couronne. Par une échappée de vue on aperçoit la mer agitée. Deux lumières se combattent dans ce tableau : la lumière de la lampe, qui éclaire naturellément la pénitente, sa main, sa poilrine, eb la lumière surnalurelle tombant des cieux qui illumine tout le tableau et éclaire, pour ainsi parler, la lumière même de la lampe, qui se trouve justement sous ses rayons. Ces (ableaux et tous ceux que fit Schalcken pour l'électeur eurent de son vivant le plus grand succès. Le palatin l'en récompensa par un service considérable d'argent et de vermeil.

Malgré sa prédilection pour les sujels de nuit, Schalcken ne laissa pas de peindre quelquefois clarté du jour. Il fut même assez heureux pour faire ainsi un de ses chefs-d'œuvre, le Concert de Famille, si connu par l'admirable estampe de Georges Wille. Schalcken y a égalé Gérard Dow, Slingelandt et Miéris. Comme eux, il a recherché la beauté ou du moins la distinction des figures ; elles sont toutes choisies; les expressions en sont vraies et les physionomies accentuées sans altération, sans grimace. Ce charmant lableau me représente une de ces familles de la cour de Saxe, auxquelles le Vénitien Porpora élait venu donner des leçons de chant et qui, sur l'avis du chapelain, se réunissaient vers les quatre heures pour faire de la musique de chambre. Je crois leur entendre chanter de l'italien avec un accent ludesque. La salle est sonore, el dans celte demeure rangée et silencieuse, les voix doivent se faire entendre jusqu'au fond du grand jardin que laisse apercevoir la porte entr'ouverte

à la

Cette fois la lumière ne vient point du lustre de cuivre poli qui se tourmente au plafond en volutes élégantes ; point d'opposition, point de fortes ombres : la clarté qui tombe sur ce groupe harmonieux à ce concert intime, et chacun dévore des yeux son cahier ; seule la jeune et jolie châtelaine regarde le spectateur d'un air distrait, d'un œil tendre et limpide, ou peut-êlre ne fait-elle que se contempler dans ce miroir imaginaire que la beauté a toujours placé devant elle.

Pour en revenir aux sujets favoris du peintre, une chose qu'il avait étudiée avec beaucoup de soin, c'était le degré d’alléralion que subissent les couleurs soit par l’interposition de l'air ambiant, soit

est douce comme un chant de famille. Vieux et jeunes sont tout entiers

par l'influence de telle ou telle espèce de lumière. Chaque objet dans la nature a sa couleur propre, celle que la lumière diffuse détermine et qui est inhérente à l'objet, abstraction faite de tout ce qui l'environne et de l'atmosphère oùil se trouve plongé. Cette couleur propre ne doit pas être confondue avec la couleur locale, bien qu'on lui donne quelquefois ce nom, car il est plus juste d'entendre par couleur locale celle qui résulte du milieu dans lequel un objet est placé sous les regards du peintre. Ainsi que l’a fait observer M. de Burtin, en établissant cetle distinction délicate, la lumière d’une bougie change le bleu en vert, en y étendant un glacis de jaune, et prouve qu'il faut bien peu de chose pour qu'une couleur de propre devienne /ocale. Schalcken avait attentivement éludié .ces nuances, et

dans ses Lableaux de nuit, que les Anglais appellent night-pieces, on peut remarquer que le ton qui

paraissait bleu de loin devient vert si on le regarde de près, absolument comme dans la nature. Naturellement économe, Schalcken avait amassé de grands biens, mais la santé lui manqua pour en jouir. Incommodé de la goutte depuis l’âge de trente ans, il en fut accablé dans les dernières années de sa vie. Les leltres, que son père lui avait appris à cultiver, l’aidèrent presque autant que la peinture à adoucir les ennuis d’une existence sédentaire. Il finit ses jours à la Haye en 1706, âgé de soixantetrois ans, ne laissant qu'une fille qui fut mariée à un architecte. Son disciple, Arnold Boonen, d'Amsterdam, fut son imitateur et son émule. Les succès de Schalcken attirèrent également dans son

école un artiste qui dessinait plus correctement que lui, Karel de Moor, qui avait été, lui aussi, élève de Gérard Dow.

« Schalcken, dit Lebrun, a suivi de près son maitre, surtout pour les effets de lumière, que Gérard Dow a traités avec tant de supériorité. Quoique d’un fini précieux, il n’a pas égalé Gérard Dow ;

GODEFROY SCHALCKEN (1643).

mais il s'est fait une manière plus facile et plus large, et — son maitre excepté — nul n’a atteint le degré de perfection auquel il est arrivé. Ses tableaux éclairés de jour, quoique beaux, ne sont pas aussi parfaits que ses effets de nuit. Dans es premiers, ses chairs sont d’une teinte violâtre désagréable, son dessin est souvent incorrect, et, en général, il y à du choix à l'aire dans ses ouvrages. »

11 convient d'ajouter à cette apprécialion, d’ailleurs si juste, que Schalcken a manqué parfois de goût dans ses compositions. — que Sa faiblesse comme dessinateur s'est trabie surtout dans les parties inférieures du corps humain, ce qui fait donner la préférence à ses figures à mi-corps. Toutefois une galerie de tableaux serait incomplète, à mon sens, s’il y manquait un bel ouvrage de Schalcken.

SUHALREN F

JEUNE JOUEUR D'INSTRUMENT (rommelpol).

Les peintures de ce maitre ont cet avantage qu'elles réveillent toujours la curiosité de l'œil et quelquefois celle de l'esprit. Il est des moments où l'attention, fatiguée de la banalité du grand jour, recherche un effet piquant, de même que le goût blasé d’un gourmet aspire à la saveur imprévue d’un mets épicé. Ê CHARLES BLANC.

RECHERCHES ET INDIGATIONS

Schalcken est peut-être, avee Gérard Dow, son maitre, el | Une Sainte Famille que les experts du Musée eslimèrent, 500 francs en 1816. Signé :

Slingelandt, son compatriote et son contemporain, le peintre | en 4810, 3000 francs, et

hollandais qui a mis le plus de soins et de temps à bien finir | G. Schalcken.

ses tableaux. Aussi en a-t-il laissé un très petit nombre. Cérès, un flambeau à la main, cherchant sa fille Proserpine,

V leries | évalué 300 francs d'abord, puis 4 000 francs. Signé.

publiques de l'Europe : Deux femmes éclair Au Louvre, il y en a quatre qui ont fait partie de la col- gravé dans le Musée Filhod et qui fut acheté, en 1785,

lection de Louis XVI: 870 florins à la vente de Van Slingelandi. et auquel les

oici la liste de ceux que nous connaissons dans

s par la lumière d'une bougie, tableau

experts altribuèrent la valeur de 3000 et de 3500 franes.

Vieillardrépondant à une lettre. Ce pelit tableau; de forme ovale, provenait de la collection du comte de Vaudreuil. Il fut estimé 600 francs à la première époque, 800 francs à la

seconde.

Ce n’est pas sans intention que nous-avons relevé les prix

d'estimation que fixèrent, en 1810 et en 1816, les experts du Musée du Louvre. Is servent à faire connaitre souvent la prédilection du moment pour certains maitres, l'éloignement pour certains autres, el sont aussi utiles pour indiquer les variations du goût public en matière d'art que pour marquer

âce par lesquelles ont passé

Nous verrons plus bas que les

les phases de faveur ou de dis,

les réputations des maitres.

prix de vente se sont élevés au-dessus des estimalions de nos experts.

ALERIE BELVÉ fenêtre met une char de la chambre, trois hommes qui fument et jouent aux

DU

cartes. Demi-figure sur bois.

Un vieillard assis lit une lettre à la lueur d'une lumière, Demi-figure.

PixacoraÈèQue pe Muiom. La Lumière vainement soufflée. Un jeune homme essaye d’éteindre une bougie qu'une jeune fille tient à la main.

Madeleine pénitente. Effet de lampe. Demi-ligur

Les vierges folles et les vierges sages. C’est le tableau dont nous avons donné plus haut la description. f se trouvail dans la Galerie électorale de Dusseldorf, ainsi que les deux qui précèdent.

La sainte Vierge et l'enfant Jésus avec un ange. Peint sur bois.

Gazenx De Drespe. On n'y compte pas moins de cinq lableaux de Schaleken. Les plus remarquables sont :

Un artiste considérant un buste de Vénus à la clarté d'une lurnière ;

Jeune fille examinant un œuf à la lumiére.

Musé observe attentivement l'extrémité de sa ligne. Peint sur bois.

pe Bern. Un jeune pécheur assis sous un saule

Signé MUSÉE D'AMSTERDAM.

d'Orange, roi d'Angleterre, représenté à la lueur d'un flam-

Portrait de Guillaume III, prince

beau.

Une femme place une chandelle allumée dans une lanterne, tandis qu'un jeune homme souffle un charbon allumé. Musée RoyaL DE La Haye. Une dame à sa toilette, éclairée

par une chandelle.

La remontrance inutile. Une jeune fille laisse échapper un

oiseau malgré les recommandations de sa mère.

in est consulté sur la

La consultation indiscréte. Un méde maladie d’une jeune fille qui pleure. Ces deux tableaux ont figuré au Louvre. Ils furent rendus aux Pays-Bas en 1815.

Vénus avec les colombes.

Portrait de Guillaume IL, roi d'Angleterre.

Narmrowaz GaLLery. Lesbie mettant ses bijoux en balance avec son moineau. Cest une des plus belles idées de Schalcken, qui a traité si souvent des sujets insignifiants. ion de prix ont subie

Voyons maintenant quelle va Schalcken dans les ventes publiques Une tabagie. Un homme assis lient fille fume,

: doigt en l'air, semble lui

VENTE JULIENNE, 1767 de Une

tonneau ;

bière ‘une accoudée sur un

un pol

une vieille femme,

2 410 francs. Un jeune homme joue

faire des reproches. Prix :

du violon, un homme et une femme chantent, un vieillard les regarde en mettant des lunettes. Peint sur bois. Prix : 2501 francs.

VE) >E Conti, en 1777. Un tableau très fin, repr sentant une femme enfilant une aiguille, à la lumière d'une chandelle, fut adjugé avec un Miéris pour 2301 francs.

VE BLONDEL DE GAGN 16. Une jeune femme, coiffée en cheveux, vêtue de satin jonquille, tient un couteau et un citron d'une main, un plat de l'autre. Prix: 4382 francs.

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