Intérieur d'une cuisine
de lumière, fut adju VENTE PAUL PÉRIER, 184 reparut ici et ne monta qu' 129 francs.
Vexre carpixaL Fescn, 4844. Le Ménage. Une servante, lenant une lanterne allumée, arrive dans un intérieur d'ar-
tisan et présente un papier ouvert à une jeune femme occupée à desservir une table. Ce lableau séduisant ful vendu 400 seudi, à-dire 2400 fr
Georges Wille a gravé d'après Schalcken un tableau qui peut passer pour l'œuvre capitale du maitre. C'est le Concert de famille qui se trouve dans la collection de la reine d’Anuleterre, Le même graveur à traduit, de son burin le plus propre et le plus charmant, un tableau moins important de ce maitre, connu sous le nom de Rommelpot. C'est un jeune ie ten-
s environ.
garçon qui joue d'un instrument formé par une \ due sur un pot. Nous n'avons pu découvrir où est maintenanl ce précieux petit tableau.
Smith a gravé en manière noire une Madeleine en pleurs etle Portrait de Schaleken. Ce dernier a été gravé en tailledouce par Freeman.
La Bague, qui fais gravée par Vie
Nic-Verkolie à une chandelle à la main et Watson une Jeune Dame qui lit à
ait partie de la galerie d'Orléans, a été
gravé une Jeune Femme en chemise tenant
la loupe.
Signature et monogramme de Schalcken:
ç: Shulekon. GY3
RS 3358-08, — Converz. Imprimerie Év. Crirs
TA
LR De Atie Taysay CA
EGLON VAN DER NÉER
NÉ EN 1643. — morr EN 1703
lon Van der Neer s'est marié trois
Quand on songe qu'Es ndir vingt-cinq enfants ; quand on pense
fois et qu'il a vu g qu'il à soutenu de longs procès, qu'il a entrepris plusieurs voyages et qu'il a consacré une partie de ses journées à
cultiver des tulipes, on se demande comment il a pu trouver
le temps de peindre et de montrer dans le paysage, dans portrait, dans la représentation des scènes familières, un talent si attentif, une main si patiente. C’est qu'Eglon Van der Neer appartenait à cette vieille race hollandaise pour laquelle le travail est un irrésistible besoin, une loi toujours obéie. Il avait vu le jour au milieu de ce xvn° siècle, à la fois si troublé et si fort, qui avait fait d'Amsterdam, de Harlem,
de Leyde et de dix autres villes intelligentes des ateliers pro-
s, des ruches incessamment laborieuses :
digieusement acti
temps heureux où la paresse eût été un non-sens, et où vivre,
c'était produire.
Lorsque Eglon Hendrick Van der Neer naquit à Amsterdam, en 1643, l'école hollandaise en était encore
à ses plus beaux jours. Entré un peu tard dans la grande famille des peintres de son pays, il put, pendant
sa jeunesse, assister aux victoires de ses maîtres, et sa vie se prolongea assez pour quil lui fût permis de voir la fin du combat. Eglon trouva dans sa maison même, et sans sortir de chez lui, un enseignement plein d'autorité et de tendresse, car il était le fils d'Arent ou Arnould Van der Neer, le peintre des mélancoliques clairs de lune. Guidé par un tel maitre, Eglon devint paysagiste presque sans s’en douter; et, bien que dans la suite de sa vie il ait paru donner la préférence à la peinture de genre, il montra toujours qu'il avait appris à peindre les plaines humides du pays natal, la chaumière entourée de petits arbres grêles, le nuage chassé dans le ciel par l’äpre vent de la mer. Toutefois, un jour vint où les leçons de son père ne lui suffirent plus : il eut cette ambition de représenter autre chose que des terrains, des eaux, des brins d'herbe ; il voulut connaître, dans sa forme et dans sa coloration, le vivant acteur qui se promène au milieu de ces décorations changeantes ; et, de plus en plus curieux d'apprendre
à dessiner et à peindre la figure humaine, il entra tout jeune encore dans l'atelier de Jacques Vanloo.
Eglon Van der Neer choisissait là un habile maître. Jacques Vanloo, qui vivait alors à Amsterdam,
est le chef de cette famille nombreuse, et d’ailleurs si bien douée, qui, après avoir fait quelque bruit en Hollande, est venue s'établir en France, où elle a rempli de ses triomphes l’histoire du xvin° siècle. Mais, grâce à ses origines et à la date de sa naissance, le premier des Vanloo fut infiniment plus sérieux que ses petits-fils : sans songer que ceux-ci devaient un jour faire tant de sacrifices à la fantaisie, le brave artiste se contentait des séductions de la réalité, et il peignait d'après nature, simplement, honnètement, d’un pinceau lumineux et ferme. Il faisait de bons portraits et surtout des figures de femmes nues, el il n'est personne qui ne connaisse, au moins par la gravure de Porporati, son tableau du Coucher, qui n'est, à bien dire, qu'une étude, mais une étude très loyale et très vivante. Si Jacques Vanloo n’a point connu l'idéal, il a du moins vécu familièrement avec la nature, et les qualités qu'il sut acquérir dans cette fréquentation féconde faisaient de lui un maitre expérimenté, un professeur plein de sûreté et de savoir.
Eglon Van der Neer n’en demandait pas davantage. Il apprit sous Jacques Vanloo tout ce qu'il avait ignoré jusque-là ; puis, lorsqu'il se sentit suffisamment initié aux secrets des bonnes méthodes, il songea
à acquérir le goût, l'élégance, la grâce, toutes choses qui, d'après ses appréciations de jeune homme, manquaient plus ou moins à ses compatriotes. Descamps, qui a raconté avec quelques détails la vie de Van der Neer, nous apprend qu'à l'âge de vingt ans, c'est-à-dire en 1663, « la réputation de l'école de France fit partir Eglon pour Paris ». Nous supposons que les conseils de son maitre le déterminèrent surtout à entreprendre ce voyage ; car Jacques Vanloo était venu, quelque temps auparavant, s'établir en France, et, en cette même année 1663, il venait d'être reçu membre de l'Académie royale de peinture. Eglon Van der Neer, on peut le conjecturer, aura sans doute voulu venir le rejoindre. Quoi qu'il en soit, le jeune peintre passa trois ou quatre ans en France. Le comte de Dona, gouverneur d'Orange, l'avait pris à son service, et il avait utilisé, en des travaux de divers genres, ce talent déjà si bien façonné. C'est là, du moins, ce que racontent les biographes ; mais Eglon Van der Neer ne parait pas
avoir laissé de trace de son passage parmi nous. Nous savons seulement qu'il existe de sa main, en
Angleterre, dans la collection formée par les demoiselles Bredell, un tableau qui représente une dame assise avec un livre ouvert devant elle, et qui porte la date de 1665. Si cette date est exacte, ce tableau
serait un des premiers ouvrages de Van der Neer, et il aurait été exécuté en France. En voyant travailler
nos maitres, le jeune artiste a peut-être appris alors comment on donne de l'élégance à nn costume,
et aussi comment on ajoute un peu de manière à l'attitude d’un personnage. Mais la Hollande appelait Van der Neer, qui ne tarda pas à retourner dans son pays. S'étant fixé d'abord
à Rotterdam, il n’eut rien de plus pressé que d'y épouser Marie Wagenvelt, dont le père était secrétaire
du tribunal de Schielant. Homme de procédure et de chicane, le beau-père de Van der Neer avait su amasser une certaine fortune, et il put donner à sa fille une belle dot. Malheureusement, avec la dot
s alors même qu'on en sort vainqueur, et qui, lorsqu'on est vaincu,
arrivèrent les procès, luttes coûteus
deviennent de véritables désastres. Eglon Van der Neer et sa femme perdirent à ce jeu le plus clair de
EGLON VAN DER NEER (1643) 3
leur avoir. Le sacrifice consommé, les sereines joies du travail vinrent en aide au peintre ruiné. Il fit alors plusieurs tableaux d'une exécution singulièrement soignée et qui obtinrent l'approbation des connaisseurs les plus délicats. Bientôt, la renommée de Van der Neer commença à se répandre en Hollande, et nous en trouverions au besoin une preuve dans le nombre des élèves qui ambitionnèrent la faveur d'être reçus dans son atelier. Dès 1672, le chevalier Adrien Van der Werff venait lui demander des leçons. Eglon pratiquait tous les genres ; on supposait qu'il pouvait les enseigner tous, et l'on avait d'autant plus hâte d'entrer chez lui, que la plupart des maitres du bon lemps avaient déjà disparu.
Entouré de sa famille, toujours augmentée, aimé de ses disciples, considéré de tous ses voisins, Van der Neer eût pu vivre heureux : mais les félicités humaines ne sont pas plus éternelles à Rotterdam qu'en aucun lieu du monde. Marie Wagenvelt, singulièrement active dans l’accomplissement de ses devoirs d'épouse, ne prit que le temps de lui donner seize enfants, — et mourut. Le coup était d'autant plus rude, que Marie avait emporté avec elle les derniers vestiges de sa dot. Beaucoup, en ces circonstances douloureuses, eussent accusé le sort et perdu toute énergie : Van der Neer changea de résidence.
Il alla droit à Bruxelles, où l'attendaient de nombreux travaux, de nouvelles amitiés, et, qui le croirait?
un second mariage ! Cette fois, il voulut s’allier à une famille d'artistes, et il épousa la fille de Françoi
Duchâtel, habile homme que la France connait trop peu, et qui, ne füt-ce qu’en considération de l'estime
que lui portait David Téniers, mériterait une réputation meilleure. La fille de Duchâtel avait eu même un goût assez vif pour les arts, et les livres parlent avec éloge de son talent de miniaturiste. Plus réservée que Marie Wagenvelt, elle n'ajouta que neuf enfants à la famille d'Eglon Van der Neer, et elle mourut (vers 1692), laissant son mari sous le poids des sévères devoirs que lui imposaient l'existence et la garde de cette petite armée.
Van der Neer ne se découragea pas ; mais le travail, qui, jusque-là, avait été pour lui un délassement, devint dès lors une obligation impérieuse. C’est de cette époque que datent ses œuvres les plus connues.
Dans une série de tableaux, de genres très différents, il montra bientôt quelle était la diversité de ses aptitudes. Paysagiste, il multiplia des cadres, presque toujours de petites dimensions, où, combinant avec les enseignements que lui avait légués son père les influences de la mode nouvelle, il caractérisa avec neltelé la manière mixte qui devait terminer l’histoire du paysage hollandais. Je veux dire que, tout en se montrant curieux des spectacles de la nature, il y ajouta volontiers un élément un peu artificiel qu'il emprunta à son imagination et aux souvenirs des lettrés qui revenaient de Rome. Il crut, sur la foi de ces savants théoriciens, qu'une colonne brisée, un chapiteau couronné de lierre, un temple antique en ruine ne gäteraient rien aux modestes perfections de la Hollande. Il ne se contenta donc point de
peindre le pays humide et plat qui avait inspiré à son père tant d’heureux tableaux ; il y ajouta le rocher
aux formes héroïques, et il apprit à combiner dans ses compositions agrestes les plans divers des ter-
rains et des collines savamment étagés. Bien qu'il soit médiocrement significatif, le petit paysage que possède le musée du Louvre montre combien Eglon Van der Neer avait fait de concessions à ce système,
ui n'était pas encore la méthode académique, mais qui en annonçait le prochain empire. À droite, se
essine une route escarpée ouverte entre des roches abruptes. Un chariot trainé par deux chevaux vient
de descendre la pente rapide ; un cavalier, suivi d'un chien, s'est arrêté pendant que son valet fait boire son cheval à un ruisseau ; plus loin, enfin, un groupe de femmes, portant des corbeilles, se dirige
vers un château dont on distingue au loin la correcte architecture. Assurément, les personnages
qu'Eglon Van der Neer a semés dans son lableau sont encore d'honnêtes Hollandais sans prétention
{ sans style ; mais la campagne affecte des attitudes plus ambitieuses, et, le caractère du paysage étant
donné, il semble que des demi-dieux et des nymphes ne s'y trouveraient point mal à l'aise. On le voit, le temps approche où l'école hollandaise va échanger sa rusticité si forte et si saine contre les pédantes és de la vulgarité
inventions de la bande académique ; c'est le moment où les deux Glauber, embarr
de leurs prénoms de Jean et de Gotilieb, vont se faire appeler, l'un Polydore, l’autre Myrtil. Plus heu-
reux que ces maitres, Eglon Van der Neer n’a pas vu l'Italie dégénérée ; mais tout semble prouver que s'il avait passé les monts, il se fût associé de bon cœur aux efforts de ces peintres qui avaient entre-
pris de corriger et de moraliser la nature, c’est-à-dire de la voir avec des idées préconçues et des
méthodes apprises, au lieu d'y mettre tout simplement leur sentiment personnel, leur âme.
Une préoccupation du même ordre se manifeste dans les lableaux de genre d'Eglon Van der Neer.
Les scènes de la vie familière qui avaient fait la joie et l'honneur de Metsu, de Netscher, de Terburg, ne suffisent plus à son ambition. Il entre de plain-pied dans la Mythologie ; il se joue, un peu lourdement d'ordinaire, avec les plus charmants symboles de la Fable antique. Eglon a peint Circé, un Sacrifice gions
au dieu Pan, Vénus, Adonis et l'Amour, et quelques autres sujets analogues. Certes, ces belles ré si, nous lui pardonnerions son
de la poésie ne sont interdites à personne, et si Van der Neer eût réus audace. Mais il a échoué, et il a surtout ce tort suprême d'avoir entr'ouvert la porte aux froides allésories, aux rhétoriques glacées des Van der Werf et des Van Limborgh.
elon ne s’est pas trompé toujours. Ila,
s fins connaisseurs,
Heureusement pour sa gloire et pour la joie d oùût, et
lus d'une fois, consenti à faire de la prose, et lorsqu'il veut bien parler sa langue, il la parle avec ! ;
non sans esprit. Les scènes de la vie intime, les élégances de la bourgeoisie en fête, les conversations du
coin du feu, ont trouvé en lui un historien distingué ét fidèle. Assurément Eglon Van der Neer na rien
nre : des maitres plus puissants étaient entrés avant lui dans ce domaine cher aux artistes
inventé de «
EGLON VAN DER NEER (1643) Ê
de la Hollande, et, venus de meilleure heure, ils avaient montré un talent plus original et plus viril. Van der Neer n'est ni un Metsu, ni un Terburg; il n'a pu que glaner sur leurs pas dans le champ qu'ils avaient déjà parcouru; mais les sujets de cette sorte abondent en motifs si inépuisables et si variés, qu'il put y trouver encore quelques inspirations heureuses. Parmi les tableaux qu'il a peints dans cette donnée, on peut ciler comme les meilleurs : la Mère consultant un médecin sur la maladie de son enfant (collection du prince de Conti); le Petit Tambour, de la galerie Bridgewater; le Gortter, du cabinet du duc d'Aremberg ;
Joueur de violon, que Lingée a gravé en 1778, et quelques autres toiles où l'artiste, marchant dans la
Paquier. del : ù E Ear
voie déjà ouverte par Terburg, s'estattaché à représenter de nobles cavaliers et de belles dames richement parés des vêtements à la mode du pays. De pareils tableaux, sans intérêt réel par le sujet, tirent toute
leur valeur du mérite de l'exécution. lei, c'est une jeune fille qui, assise près d’une table, étudie devant
un miroir la grâce de son sourire ou le vif éclat de se
prunelles; là, c’est une dame qui joue du luth et montre ses beaux bras nus, ou bien encore une charmante femme vêtue d'une robe de satin, qui lave ses mains blanches dans l’eau que lui verse un beau page portant une aiguière d'argent. La collection de M. Pierrard, récemment vendue à l'hôtel Drouot (mars 1860), nous a fait voir un des tableaux les plus fins qu'Eglon Van der Neer ait signés de ce genre. Sous le vestibule d'une maison somptueuse, une dame, en loilette de gala, descend les marches d'un escalier; à sa droite sautille un petit chien plein d'imperlinence et de morgue; à gauche, sur un pilastre qu'un tapis recouvre à demi, grimace un singe enchainé,. Le costume de la jeune coquette est de la dernière élégance. Elle porte, avec une robe de satin cerise, brodée d'or, une seconde jupe etun corsage de satin blanc tailladé qui laisse transparaître l'étoffe rose.
Les divers éléments de cette toilette, où dominent les tons clairs, composent un ensemble harmonieux etsou-
6 ECOLE HOLLANDAISE riant. Une grande délicatesse de pinceau, une exécution amoureusement caressée, telles sont les qualités qui brillent dans cette jolie toile. Le dessin de la figure révèle, en outre, une recherche peut-être exagérée de l'élégance; dans la grâce contournée de cette noble promeneuse, il y a certainement un peu de manière. Ici, Van der Neer est bien de son temps; il prouve aussi qu'il a vu la France, et qu'il s’en souvient. Lorsque Van der Neer quitte le salon des riches banquiers hollandais, pour pénétrer dans l'humble demeure du pauvre, dans la boutique du petit marchand, il se sent moins à l'aise et il dénature la physionomie de ses modèles. Il n'a pas le courage de peindre ce qu'il voit, et poussé, presque malgré lui, à ennoblir les types qu'il a sous les yeux, il leur enlève tout caractère. La Marchande de poissons, du
Musée du Louvre, est évidemment moins occupée de sa marchandise que d'elle-même, et il semble
qu'elle offre au passant, non des harengs aux écailles dorées, mais des sourires et de tendres promesses. Coiffée d'une espèce de chapeau noir d'une forme étrange, elle se montre à une fenêtre cintrée, et tient
à la main un vase où reluisent quelques poissons arrar
avec méthode. Tout près d'elle est un bouquet d'œillets et de lis. Au fond, par une échappée ouverte au regard, on peut voir le bord de la mer et quelques figurines de pêcheurs et de matelots. L'exécution, dans ce petit tableau, est fine et précieuse, mais elle est un peu sèche; elle révèle plus de patience que de génie; en outre, le pinceau de Van der Neer, partout ég
lement attentif à son œuvre, a caressé avec autant de soin le visage de la jeune marchande et les accessoires qui, meublent sa boutique. Les fleurs surtout sont peintes avec une perfection désespérante; les moindres détails de la forme y sont accusés avec une netteté qui ferait la joie d’un botaniste ; les tons éclatent vifs et frais,
si bien que ces fleurs sont aussi intéressantes pour le regard, que la marchande elle-même, et qu'en approchant du tableau de Van der Neer, on voit d'abord un bouquet.
C'est qu'Eglon aimait les fleurs, non seulement comme un peintre, mais comme un jardinier. Les biographes entrent à ce propos dans de curieux détails. L'atelier de l'artiste était situé dans le voisinage d'un jardin; confiées à des mains inhabiles ou négligentes, les plantes qu’on y avait semées poussaient en désordre et mouraient faute d'un peu d'eau. Eglon Van der Neer eut pitié des pauvres délaissées: il prit goût à la culture des fleurs, et il soigna avec une persistance toute hollandaise ces tulipes, ces lis, ces œillets qui, transportés ensuite dans son atelier, devaient lui servir de modèles. Une fois pris de cette passion, il alla jusqu'au bout. Il avait remarqué que ces fleurs, si tendrement cultivées, se fanaient dès qu'elles étaient détachées de leur tige, et perdaient leur éclat lorsqu'il les portait dans son atelier. À ce
mal, Van der Neer trouva un remède. Il imagina de travailler dans son jardin, et fit faire, avec des chässis vitrés, supportés par une 1
re armature, une sorte de cabinet portatif, qu'il établissait à son gré devant les plantes qu'il voulait peindre. Cette méthode ingénieuse lui réussit, et Descamps, qui ne
déteste pas les concetti, ne manque pas de dire à cette occasion : « Ses fleurs, toujours fraîches, conser-
vaient dans ses tableaux toute leur beauté, ou plutôt ses tableaux étaient un vrai jardin. »
Mais ni les fleurs, ni la peinture ne suffisaient à calmer chez Van der Neer les ennuis du veuvage. La
solitude était douloureuse à ce mari invétéré qui, ayant déjà perdu deux femmes, en rêvait une troisième pour lui conter ses souvenirs et ses peines. Il trouva l'amie qu'il cherchait dans la personne d'Adriana Spilberg, qui touchait à l'art de divers côtés, étant fille du peintre de l'électeur palatin, el veuve d’un certain Breekvelt, dont les tableaux avaient obtenu du succès en Allemagne (1697?). Adriana elle-même était suffisamment informée des secrets de la peinture; elle pouvait donner un bon conseil ou au besoin mettre la main à l'œuvre. Ses cinquante ans n’effrayèrent pas Van der Neer, qui vint dès lors se fixer à Dusseldorf. Il avait été appelé sur les bords du Rhin par l'électeur palatin Jean-Guillaume, qui avait réuni à sa petite cour toute une colonie d’artist
et qui honorait de ses larg
ses plusieurs maîtres renommés,
tels que Jean Weenix, Antonio Pellegrini, Zanetti, Adrien Van der Werff et Gérard de Lairesse. Eglon Van
der Neer peignit pour ce Mécène germanique plusieurs tableaux de figures, des
sages et des portraits.
La réputation qu'il s'acquit alors se répandit jusqu'en Espagne; le portrait qu'il avait fait du prince de Neubourg charma à un si haut point Sa Majesté Catholique qu’elle fit délivrer à Van der Neer un brevet de péintre en titre d'office, et le sollicita de venir s'établir à Madrid. Mais Eglon se sentait vieillir; il
EGLON VAN DER NEER (1643) T
avait en Allemagne plus de travaux qu'il n'en pouvait faire, et il demeura à Dusseldorf. 11 employa d'ailleurs dignement les dernières années de sa vie. C’est en 1694 que nous le voyons peindre le Tobie du musée d'Amsterdam, un de ses chefs-d'œuvre ; c'est en 1696 qu'il exécuta son propre portrait, délicate peinture conservée aujourd'hui à Florence, dans ce cabinet où tant d'artistes habiles ont, de leur propre main, représenté leur effigie. Eglon Van der Neer fut actif jusqu'au dernier jour, et l'on peut dire qu'il était encore assis devant son chevalet, lorsqu'il mourut à Dusseldorf, le 3 mai 1703.
Re ME TE = n ue