‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 182 sur 239 · PHILIPPE VAN DYCK · texte numérisé non relu

PHILIPPE VAN DYCK

NÉ EN 1680. — mMonT EN 1152.

« Né à Amsterdam en 1680, Philippe Van Dyck doit ètre considéré comme un peintre du dix-hutième siècle, de cette époque où les arts, devenus pour ainsi dire populaires dans les classes aisées, commençaient à porter le caractère de ces mœurs mondaines et de ces sociétés frivoles dont ils étaient alors l'amusement. Une recherche puérile d'intentions lines, une grâce étudiée, une fatigante surcharge de petits moyens, ont imprimé, surtout en France, à la plupart des productions de celte époque, le sceau du mauvais goût inhérent à tout état de mœurs où le jugement de choses sérieuses, -comme le vrai et le beau, tombe entre les mains d'une multitude faconnée aux petites conventions d'une nature factice. Si la simplicité

hollandaise ne parait pas avoir cédé à cette contagion, rien

cependant ne témoigne de ses efforts pour y résister; la gloire

de l'école tombe vers cette époque, et Philippe Van Dyek est

NIET regardé comme le dernier de ceux qui l'ont honorée par leurs

lents. Le surnom du petit Van Dyck, par lequel on crut devoir distinguer Philippe du maitre célèbre

dont il portait le nom, sans avoir, à ce qu'il parait, appartenu à sa famille, n'est pas moins un titre d'honneur qu'une marque d'infériorité; car on peut se contenter d'une place après Van Dyck, et c'est

beaucoup que d'en être assez près pour avoir fait songer à la nécessité d’une distinction !. »

Gelte page de M. Guizot est déjà sans doute une excellente appréciation de Philippe-Van Dyck et de l'école en décadence qu'il représenta ; nous dirons seulement, à l'inverse du grave écrivain que nous venons de citer, que le surnom de petit Van Dyck donné à Philippe est beaucoup plus une marque d'infériorité qu'un titre d'honneur. Personne assurément n'a pu croire à la nécessité d'une distinction entre ces deux peintres qui n'ont entre eux aucun rapport, et dont l'un est souvent si près de la perfection quand l'autre en est (toujours si loin. A plus forte ra

ison ne peut-on souscrire à cet emphatique éloge de Descamps : « Philippe Van Dyck, si digne du nom qu'il portait, est encore aujourd'hui regretté de la Hollande, qui le considère comme le dernier de ses plus grands peintres. »

Élève d'Arnould de Boonen, le petit Van Dyck ne voulut quitter son maitre que lorsqu'il jugea n'avoir

plus rien à apprendre de lui. Aussi était-il encore à l'école quand déjà ses petits ouvrages précieusement

finis trouvaient des acheteurs empressés. Au commencement du dix-huitième siècle, et même dès la fin

du siècle précédent, la peinture hollandaise s'était mise à la recherche du style, et, sous l'influence €

Gérard de Lairesse, avait abandonné son principe, qui était la pure observation de la nature, pour se livrer à la poursuite d'un idéal de beauté qu'elle ne pouvait atteindre. Les curieux eux-mêmes encourageaient de préférence les imitateurs de Van der Werf et voulaient que l'on respecläl dorénavant ces convenances académiques dont leurs pères s'étaient si bien passés. Le naïf Ostade, le simple Wynants, le fantastique Rembrandt avaient beaucoup perdu de leur prestige, et l'école de Hollande en était venue à ce point qu'el

exigeait non seulement des formes choisies dans les figures historiques, mais du style jusque dans le

paysage, de sorte que, perdant ses qualités originales pour en chercher qui étaient hors de sa portée,

peinture hollandaise ne produisait que des ouvrages bâtards. Ce qu'on voyait florir dans ce temps-

c'étaient des paysagistes décorateurs tels que Jean Van Huysum et Isaac Moncheron : des peintres d'histoire tels que Limborgh, Verkolie et Philippe Van Dyck. Celui-ci s'était marié à Amsterdam, au sortir de chez Boonen: mais, craignant de ne pas briller

suffisamment dans une ville remplie alors de peintres en renom, il alla s'établir à Middlebourg, en l'année

1710. Là, il se fit connaitre de quelques amateurs distingués et fort riches, entre autres l'amiral Ockkerse

et le bou

estre Kouwerven, qui le chargèrent de leur composer des collections de tableaux flamands et

hollandais. Philippe Van Dyck se mit donc en route pour leur compte, et sa double qualité de collectionneur

et de peintre lui ouvrit la porte de tous les cabinets de Flandre, du Brabant et des autres provinces des Pays-Bas. Retenu quelque temps dans les villes qu'il visitait, il eut le loisir d'y peindre un certain nombre de ces tableaux de chevalet que l'on trouvait jolis parce qu'ils étaient proprement peints et finement soignés, de façon que durant son voyage, ou plutôt ses voyages, car il en fit plusieurs, il vendit presque autant de ses propres tableaux qu'il en acheta de ceux des autres. Comme il était à la Haye, il apprit la

mort de ses protecteurs, et, se croyant plus libre, il résolut de fixer sa demeure dans cette capitale dont

le séjour lui plaisait et où il espérait s'enrichir. Il fut chargé, en elfet, de former des galeries de tableaux

aux amateurs les plus opulents : MM.

et Van Schuylenburg, le comte de Wassenaer et le prince Guillaume de Hesse. Ce dernier personnage présenta lui-même Philippe Van Dyck au prince d'Orange, stathouder de la Frise, qui se fit peindre avec sa mère et sa sœur dans un même tableau. qu'il offrit en présent au prince de Hesse.

Employé tour à tour comme connaisseur et comme peintre, le petit Van Dyck décora pour M. Van Schuylenburs

un plafond où il représenta le sujet d'Iphigénie enlevée au ciel, donnant à chacune de ses igures la ressemblance d'un des membres de la famille Schuylenburg. Il fut amené ensuite à Cassel par Le prince de Hesse pour y faire, sur une seule toile, tous les portraits des parents de ce prince, et il en fut

! Guizot, Eludes sur les beaux-arts, page 397. Paris, Didier, 1852.

Le À à

PHILIPPE VAN DYCK (1680). 3 généreusement récompensé et par des sommes d'argent considérables et par le diplôme de premier peintre de la maison de Hesse, car, comme le dit le bon La Fontaine :

Tout petit prince a des ambassadeurs;

Tout marquis veut avoir des pages.

Page 1