‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 183 sur 239 · ABRAHAM RENVOYANT AGAR · texte numérisé non relu

ABRAHAM RENVOYANT AGAR

Dans le tableau où figurait la famille réunie du prince de Hesse, Phihppe Van Dyck eut la permission de se représenter lui-même, tenant à la main le portrait en pied du stathouder de Frise, portrait qu'il avait répété plusieurs fois et d'après lequel furent gravées les médailles frappées à l'occasion du mariage du prince d'Orange. Le prince de Hesse ayant ensuite commandé deux tableaux à son premier peintre, celui-ci,

qui avait le choix des sujets, peignit deux conversations dans le genre noble et agréable, dit le bon

Descamps. Dans l'une, on voit un homme qui présente des sucreries à une jeune dame, auprès d'une table à laquelle sontassis plusieurs convives; l'autre est un Concert. « Les figures, ajoute le biographe, sont toutes jolies, habillées suivant la mode du temps et d'un beau fini. Ces tableaux ayant été peints à la Haye, ainsi que les nombreux portraits du stathouder, Philippe Van Dyck devint le peintre le plus en vogue de son pays et de son temps. Sa manière délicate, précieuse, ivoirée, rappelant assez bien celle du chevalier Van der Werff, cette manière dépourvue d'accent et de saveur, dont nous pouvons si bien juger d'après ses deux tableaux d'Agar et Abraham qui sont au Louvre, était grandement estimée des amateurs hollandais. A mesure qu'il arrivait des Indes un armateur chargé de trésors, on lui désignait Le petit Van Dyck comme un des artistes les plus habiles à le peindre et comme le connaisseur le plus capable de lui fournir un cabinet de tableaux. M. Dissoehk, M. Sichtermans, de Groningue, et le baron d'Imbof, gouverneur général des Indes, mirent en œuvre le talent de Van Dyck et lui donnèrent ainsi tous les moyens honorables de faire sa fortune. Enfin, les états de Hollande lui firent l'honneur de lui commander un nouveau portrait du prince d'Orange, portrait qui dut être placé dans une salle des états, dite salle de la Trève. Ainsi honoré et enrichi au delà de son talent véritable, Philippe Van Dyck mena une existence des plus heureuses. La

âgé

dignité de ses mœurs le fit nommer deux lois diacre de l'Église réformée. Ilmourut le 3 février 47:

de soixante-douze ans, emportant la réputation d'avoir été le dernier peintre de son pays, et l'on peut dire en effet qu'il ferma l'ère de décadence de la peinture hollandaise, considérée dans son originalité nationale.

CHARLES BLANC

Musée ou Louvre. — Sara présentant Agar à Abraham. Hollande, en 1715, pour être offerts au comte de Morville, Agar, entièrement nue, un genou appuyé sur un tabouret, ambassadeur de France. est placée devant lelitsur lequel Abraham repose. Celui-ci, | Le Musée pu Louvre a possédé pendant quelque temps le corps à moitié soulevé, la contemple avec admiration et | trois autres tableaux de Philippe Van Dyck : une Judith met une main sur son épaule. Ce tableau faisait partie de dont M. Guizot a parlé dans ses notices du Musée Laurent, la collection de Louis XVI; il est gravé par Jean Massard. | une Femme à sa toilette el une Dame qui joue de la guitare; Abraham renvoyant Agar et son fils Ismaël. — Abraham ces trois tableaux ont élé repris en 1815 et rendus au renvoie Agar de sa tente. Placé derrière elle, il a sa main | musée de la Haye. gauche posée sur son épaule, et de la droite il semble lui Musée DE LA Haye. — On y compte quatre tableaux du indiquer le chemin qu'elle doit suivre. Agar tient par la maitre : Une dame pinçant de la guitare, Une dame devant main son fils Ismaël tourné vers le jeune, Isaac, qui se sa toilette, Judith avec la tête d'Holopherne, Un homme réfugie auprès de Sara, sa mère, à moitié cachée par un tuillant une plume. piédestal. Fond de paysage. — Signé : P. V. Dyck: VextE PERREGAUx. — La Servante amoureuse. Nous Musée Royaz or Beucique. — Portrait d'une dame vêtuede | sommes chezun rô ur (dit le catalogue), où la servante

bleu. Gravé par Charles Porporati, collection de Louis XVI. | tient un coq par les pattes; un garcon arrête sa broche dent au moment où il allait y mettre une volaille. Bois cintré,

furent commandés à l'artiste par les Élats-Généraux de 27 centimètres sur 19, 2,460 fr. Hondel,

La note du Musée dit que ce tableau et le pré

ar

5566-U6, — ConsuiL. Lmprimerié CUÉTÉ

en (|

Entre un vase de fleurs de Van Huysum et un bouquet de Baptiste, il y a toute la différence du génie batave au génie français. Oui, quelque étrange que cela paraisse, il est facile d’apercevoir par ce coin gracieux le caractère propre à chacune des deux Écoles, et l’on peut saisir les nuances qui les séparent dans la seule manière dont leurs peintres ont traité les fleurs. Plusieurs fois nous avons eu occasion de le remarquer, lart français n'a regardé la nature que comme un personnage

secondaire, bien inférieur à l’homme et entièrement soumis à

sa grandeur. Le paysage ne fut longtemps pour nos maîtres que l'encadrement d'une seène historique ou le jardin des héros el des philosophes. Les sujets qu'on appelle de nature morte occupèrent rarement leurs pinceaux, et les fleurs, aux yeux

méme de ceux qui en firent l'objet d'une étude spéciale et leur

œuvre de choix, ne furent que le motif d'une décoration légère

et brillante, à jeter sur les panneaux des somptueuses demeures. La plupart de nos peintres n'y virent même

qu'un prétexte pour exercer lhabileté de la main par des touches libres, et la justesse de l'œil par la recherche des tons les plus fins. Les Hollandais, au contraire, ont toujours donné à la nature la première ace dans leur amour aussi bien que dans leurs tableaux. Tant qu'ils suivirent leur propre impulsion, je veux dire les conseils de leur tempérament et de leur climat, lout leur fut matière à chef-d'œuvre, Il leur arut que c'était bien assez de peindre les bords d'un ruisseau, de rendre une muraille pittoresque et verdoyante, d'exprimer la grâce d'une fleur, son élégance joyeuse ou austère, son caractère triomphant ou mélancolique, ses nuances légères, ses doux reflets. Le Gaulois peint les fleurs afin de réjouir l'œil de l'artiste ar le rapprochement imprévu de toutes les couleurs que fait vivre le soleil; le Hollandais s'adresse à l'amateur

des jardins et se propose de réveiller en lui les sensations qu'éprouve son âme à la vue des fleurs dont il sait

‘histoire, la famille, les variétés et les parfums; il veut donner sur sa toile des siècles de durée à la fraicheur de celle rose odorante qui ne dure qu'un jour. Baptiste n'arrange un bouquet de fleurs que comme un moyen d'arriver à quelque effet merveilleux; Van Huysum prend les fleurs pour le but même de sa peinture.

Le pays du monde où lon aime le plus les fleurs fut précisément la patrie de Van Huysum. I naquit à \msterdam en 1682; il était le fils aîné et il fut l'élève de Juste Van Huysum, peintre de fleurs, qui avait ait de sa maison une sorte de manufacture où l'on trouvait tout ce qui peut contribuer à la décoration des ippartements et des jardins. A la tête de cette espèce d'entreprise, Juste Van Huysum avait placé son fils ean, et, sous la discipline de leur aîné, travaillaient ses autres enfants, auxquels il avait également appris la veinture. Mais bientôt les pures occupations du métier fatiguèrent Jean Van Huysum, qui se sentait fait pour

atteindre aux délicatesses de l'art. Les ouvrages d'Abraham Mignon, de Verelst et de David de Heem furent

‘objet de ses études les plus attentives, et ces maitres lui enseignèrent à voir la nature, livre charmant el

umineux, mais dans lequel rarement on sait lire du premier coup. Celle imitation fut très-heureuse pour lui, arce qu'étant destiné à surpasser des peintres qui jusqu'alors avaient paru inimitables, il découvrit en eux es défauts qu'il importait de fuir; défauts légers en apparence, mais qui devaient offusquer un homme dont e rêve élait la perfection même. La nature observée de près, avec passion, et dans ses plus belles espèces, acheva le talent de Van Huysum. Voyant se dérouler tout un monde dans la seule étude des fleurs, il explora usqu'aux plus petits recoins de son domaine : oiseaux, papillons, guêpes, mouches à miel; il n'oublia, pour ainsi parler, aucun des satellites de la fleur. Il s’exerça aussi de bonne heure à imiter les consoles de marbre

qui servaient de support à ses corbeilles, les vases en terre cuite où devaient tremper ses bouquets, et les

as-reliefs qui rehaussaient les fleurs de ces vases, et les mascarons et les chimères qui en formaient les anses, Il S'arma ainsi de {toutes pièces pour aller à la conquête des roses.

Les Hollandais poussent à l'extrême le goût des collections. Ce goût est ce qu'ils appellent dans leur langue liefhebbery, mot qu'on ne saurait traduire en français que par celui de cwriosité. Les uns font des cabinets de coquillages, les autres collectionnent des médailles; tel marchand de fromages aura une bibliothèque de rarelés ou fera des folies pour des porcelaines de la Chine ou du Japon. Mais, à vrai dire, la plus grande curiosité des Hollandais est celle de la peinture et des fleurs. On juge par là si Van Huysum, déjà parvenu à éclipser Abraham Mignon, dut avoir du succès parmi ses compatriotes. Par un seul tableau il flattait leur double passion pour les fleurs et pour la peinture. Toutefois, un des premiers à rechercher ses ouvrages et à vanter son talent, ce fut lenvoyé de France, le comte de Morville, qui lui commanda quatre lableaux, deux pour le due d'Orléans et deux pour lui-même. Cette haute protection mit Van Huysum en vogue, attira sur lui l'attention des grands personnages étrangers, et dès lors, dit Descamps, on paya chacun de ses tableaux jusqu'à 1,200 florins de Hollande. Sa réputation s'étant ainsi répandue bien vite au dehors, tous les princes l'Allemagne, tous les souverains de l'Europe furent jaloux de posséder des Jewrs de la main d’un peintre qui avait pour atelier les jardins des plus riches fleuristes d'Amsterdam et de Harlem ; le roi de Pologne, le roi de Prusse, l'électeur de Saxe, le prince de Hesse, lui en demandèrent qui furent payés des prix considérables, et un homme qui élait alors en Europe presque autant qu'un souverain, sir Robert Walpole, fit venir quatre tableaux de Van Huysum pour en orner son palais de Houghton-Hall, dans le Norfolk: de là le goût passionné des

Anglais pour ce peintre, d'ailleurs si charmant, car il est permis de penser qu'à cette époque l'initiative d'un

grand seigneur, en fait de peinture, pouvait plus pour la renommée d’un artiste étranger que son génie même !.

Il faut le dire cependant, l'admiration soutenue de tous les connaisseurs de l'Europe ne saurait être un signe trompeur, à supposer même que limitation et la mode y fussent pour quelque chose. Une pareille unanimité de suffrages ne fut jamais la récompense de la médiocrité. Van Huysum était vraiment arrivé,

dans la représentation des fleurs, aussi près qu'il est possible de la perfection, et c’est de lui qu'on peut

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