FLEURS
et fière, la touche de Baptiste S'adaptait à merveille aux dessus de porte, aux panneaux de salle à manger. aux trumeaux des grands palais du style Louis XIV, c’est-à-dire à une peinture qui devait être vue de loin. Au contraire, Van Huysum, travaillant pour les amateurs de Hollande, qui voulaient avoir non pas des bouquets de couleurs Seulement, mais des bouquets de fleurs, se fit une manière aussi délicate que ses modèles, une touche suave, caressée, ferme et fine, soumise à loutes les variétés de la plante, et pouvant
rendre le lisse ou le plucheux d’une feuille, la transparence du moindre pétale, le velouté de l'iris, le soveux
d'une rose : c'est-à-dire qu'il peignit pour être vu de près. Il y a des objets qu'il est agréable d'approcher aussi bien dans l’art que dans la nature. C’est pour cela que la figure d’une jeune fille, un fruit, un oiseau, un papillon, et les corps délicats, polis et doux au toucher, comme la soie, le marbre, les plumes, ne font plaisir en peinture que lorsqu'ils sont exécutés d'un pinceau propre, châtié, fini. Longtemps on eut l'habitude, chez les Italiens surtout, de traiter les tableaux de nature morte d'une façon large, hardie et en manière d'ébauche. Le peintre comptait alors sur la distance à laquelle on verrait son œuvre, pour la terminer en apparence, et l'on ne peut nier que la perspective de la touche ne fût en général très-bien observée dans ces sortes de représentations. Mais il faut convenir que ces vives pochades à pleine pâle, toutes régalantes que les trouvent certains amateurs, n’ont pas eu le don de plaire aux hommes de goût, et la preuve c’est
qu'on en rencontre partout et à vil prix. Qui n'aime à voir de près un œillet, une branche de lilas, une
verveine? et n'est-il pas pénible d'être forcé, par la manière str
passée du peintre, de se tenir éloigné d’un bouquet où tout est si frais de coule wr, si délicat de formes, si fin à l'odorat, si suave au foucher? Aussi Van Huysum at-il fait beaucoup de peintures au lavis, et ce sont les plus charmantes, celles que Mariette admirait le plus, celles que l'on paie encore aujourd'hui le plus cher, non-seulement à cause de leur rareté, mais aussi parce qu'elles font mieux revivre la fraicheur de la nature’. Quant à sa peinture à l'huile, elle
à tout ensemble les qualités d'une solide aquarelle et le défaut d'une peinture sur porcelaine, fine, limpide .
très-légèrement empâtée, unie et lisse; elle semble avoir été ébauchée au lavis sur des panneaux préparés à la
colle, et terminée à l'huile par des glacis légers. Les couleurs, encore brillantes et inaltérées, témoignent du soin qu'il prit de les purifier, de les choisir, de manière à rendre durable la beauté des plus mobiles et des plus fugitives créations de Dieu.
Les Hollandais tiennent en grande estime les paysages de Nan Huysum, et on les leur voit bien souvent payer aussi cher que ses fleurs. EL cependant ces paysages, à vrai dire, ne sont que des pastiches du Guaspre, des imitations de Glauber, des réminiscences du Poussin et de Claude. Van Huysum vivait dans un temps où l’école de Hollande faisait retour au style étranzer. Les amants naifs de la nature, les Karel, les Van de Velde, les Paul Potter, les Ruysdaël même, ces grands peintres à qui la vue d'une chaumière ombragée, le plus humble
ruisseau el quelques maisons suffisaient pour inspirer un chef-d'œuvre, avaient fait place à des pays
dominés par la préoccupation historique. Le grave Gérard de Lairesse, maître érudit et trop littéraire pour être un peintre de premier ordre , avait amené dans les pâturages familiers de la Hollande les nymphes et les demi-dieux du Poussin. L'antique dryade était venue visiter les bocages où ne s'était promenée encore que la fermière accorte et court-vêtue de Berghem. Mais ce classique bâtard ne pouvait avoir le charme et le succès des productions émanées de la naïve impression des maitres. Aussi, pour avoir composé ses paysages avec l'érudition puisée dans les estampes (car il est bien certain qu'il n'avait pas vu de ses yeux les contrées historiques qu'il affectait de peindre), Van Huysum, qui, d'ailleurs, louchait si bienles diverses feuilles des arbres, ne fit que des ouvrages sans chaleur et sans ressort, qui n'ont, en dépit de tout, ni le pittoresque de Berghem, nil'agreste de Ruysdaël, ni le caractère imposant des Guaspre et des Genoels. Et si les Hollandais en font (ant de cas, cela tient à ce que, dans l'œuvre d'un homme célèbre, la rareté passe bien souvent avant le mérite.
Il faut donc en revenir aux bouquets de Van Huysum, el d'avoir été le plus grand peintre des fleurs, cela doit bien suffire, je crois, à la gloire d'un artiste. Pour ce qui est des fruits, on lui reproche de leur avoir donné plus d'une fois les apparences de la cire et le poli de l'ivoire. Il faut avouer, en effet, que dans celle partie de l'art, Van Huysum est au-dessous de David de Heem. Ses péches sont trop fermes, ses prunes ne provoquent pas la soif, et ses raisins laissent à désirer un peu plus de maturité, d’or et de soleil. I
réussit mieux les grappes de groscilles rouges, et ces intérieurs de grenade. partagés par des cloisons
! Les amateurs ont admiré au Salon de 1851 les belles fleurs peintes à la gomme par M. Jules Grenier. Il n'est pas un peintre qui n'ait cru qu'elles étaient peintes à l'huile, tant il y avait de transparence et de solidité tout ensemble. Cet exemple mérite
d'être cilé à l'appui de notre opinion, que les fleurs ne s'imitent bien qu'au lavis.
membraneuses en petites loges remplies de pepins, rubis étincelants qui réjouissent la vue et, pour ainsi dire, la désaltèrent.
Fruits ou fleurs, et le plus souvent il lui arriva de les mélanger, Van Huysum se plaisait à peindre ses tableaux sur des fonds clairs, et ceux-là sont ceux que recherchent les amateurs. QI] n'y a point de couleur,
dit Lairesse, qui ne fasse bon effet sur le blanc, quoique à la vérité ce soient les plus sombres qui y paraissent
les plus belles. » En tenant ses fonds légèrement gris, Van Huysum pouvait enlever aisément les fleurs claires
ou les fleurs vigoureuses de ton, et il avait encore cet avantage que ce fond neutre, mais lumineux, lui
fournissait des reflets pour les modèles foncés qui
s’y projettent.
Van Huysum eut trois frères qui se distinguèrent dans la peinture : Juste, mort à vingt-deux ans, peignait les batailles en grand et en petit avec une facilité étonnante et sans modèle, tout de génie et de goût. Jacques, mort à Londres, copiait à s’y tromper les ouvrages de son frère Jean. Il en composait lui-même, d'après
nature, qui sont recherchés. Le troisième, nommé Jean, vivait encore en 1773, année où Descamps publia
le quatrième volume de la Vie des Peintres. Van Huysum mourut le 8 février 1749, laissant trois enfants, et bien qu'il eût reçu toute sa vie des prix considérables de ses tableaux, il mourut pauvre.
CHARLES BLANC
TT INDIGATIN
Le haut prix des tableaux de Van Huysum tient à plusieurs estimée 4,000 francs; les tulipes, narcisses, etc., dans une causes : d'abord à leur extrême fini, car il est d'observation corbeille posée, comme les précédentes, sur une table, que les amateurs paient ordinairement la peinture en pro- 8,000 francs; le bouquet de fleurs dans un vase à bas-reliefs
portion de ce qu'elle paraît avoir coûté; ensuite à leur représentant des jeux d'enfants, 12,000 francs, et le nid
beauté, puisqu'il est certain que dans la spécialité des fleurs d'oiseau, 6,000 francs. Aujourd'hui ces tableaux vaudraient
et des fruits, Van Huysum n’a jamais eu de rivaux; à leur deux fois au moins l'estimation qui en fut faite en 4810. rareté enfin, car on n'en comple guère qu'une centaine de Musée D'AMSTERDAM : Grappes de raisins, melons, prunes, connus en Europe. Le peintre, du reste, les vendait lui- | grenades, framboises, sur une console de marbre. C'est un même fort cher; aussi ne comptait-il dans sa clientèle | ouvrage exquis. d'acheteurs que le comte de Morville et le duc d'Orléans, Beaux fruits raisins, pêches, prunes, pommes, etc., un l'électeur de Saxe, le prince de Hesse-Cassel, le roi de Polo- pampre, un rameau de framboises, entremélés de quelques gne, le roi de Prusse, l'électeur palatin, le stathouder. fleurs et insectes. Ce morceau, provenant de la collection De tous les musées de l'Europe, Le Louvre est celui qui Van der Pot, fut acheté 3,610 florins en 1808. possède le plus grand nombre de tableaux de Van Huysum, Musée DE La Haye: Deux pendants. Une pêche, deux et ils sont tous des plus beaux, il faut le dire. On en compte prunes, une petile branche de raisins et de groseilles jusqu'à dix : groupés sur une table de marbre. Une rose épanouie et Quatre paysages. Ce sont des compositions historiques | un bouton, un œillet et un convolvulus posés sur une dans le genre de Glauber, c'est-à-dire dans la manière qui console de marbre. Le papillon, connu sous le nom d'admidérive du Poussin et de Claude. Ils sont embellis de ruines rable, est sur le bouton de rose. Ouvrage d'élite. classiques. Les experts du Musée estimèrent sous l'Empire Musée pe Benin: Beau vase de fleurs, parmi lesquelles
3,000 francs celui des paysages où l'on voit des jeunes filles | on remarque des roses, des tulipes, des pivoines, des soucis,
qui cueillent des fleurs pour en orner un tombeau, et seule- des fleurs de lis, etce.; le vase est sculpté d'Amours. Ce ment 300 francs chacun des deux autres, qui représentent : tableau est peint par exception d'un style large et libre. Il celui-ci les ruines d'un bâtiment abrité par un groupe est daté de 1722. Il est apprécié 6,000 à 7,000 francs. d'arbres, celui-là des baigneurs. Le quatrième ne fut pas Bouquet de roses, oreilles-d'ours, hyacinthes, pavots, expertisé. tulipes, ete., dans un vase simple. Sur la table de marbre est Deux tableaux de fruits et de fleurs, dont voici l'estima- un nid de moineau de haie avec quatre œufs, des boutons tion : l'un, représentant pêches, raisins, fruits, prunes, melon, de roses, un souci d'Afrique el un limaçon, Peint sur fond framboises et quelques fleurs sur une table, 8,000 fran obscur, Évalué 5,000 francs. l'autre 12,000 francs: et quatre de fleurs seulement, des GALERIE DE DRESDE : Roses rouges et blanches, iris. roses, des pieds-d'alouette, des anémones, des tulipes, des tulipes, etc., arrangées avec goût dans un vase posé sur une narcisses, des jacinthes, des oreilles-d'ours, des pavots, des console de marbre qui porte un nid de pinson avec trois tubéreuses, les unes placées dans des corbcilles, d’autres œufs. Peint sur fond clair. dans des vases de terre cuite ornés de bas-reliefs. Rien n’y Bouquet disposé dans un vase de terre cuite enrichi d'un manque, ni la fourmi, ni le papillon, ni le nid d'oiseau, ni bas-relief sur fond obscur. les gouttes de rosée. PiNACOTHÈQUE DE Municu : Deux pendants. Choix de rai-
La corbeille de fleurs, roses, pieds-d'alouette, ete., fut sins, pêches, et autres fruits mêlés de quelques fleurs, sur
une table. — Corbeille de roses et autres fleurs sur une table de marbre. } BELVÉ
hantillons admirables da maître.
A VIENNE : Deux tableaux de fleurs très-riches
de composition. Dans l'un, il y a un nid de pinson avec sept œufs, dont un a été cassé par un lézard; dans l’autre un nid de moineaux de haie contenant trois œufs. Évalué 7,000 à 8.000 francs.
ERMITAGE A SAINT-PÉTERSBOUR(
: Beau vase sculpté d'Amours, contenant roses, orcilles-d'ours, anémones, pavots, soucis d'Afrique. Sur la table, au pied du vase, un nid de pinson avec trois œufs, une rose épanouie, etc.; le fond représente un parc. Signé et daté de 1722. — Le pendant,
choix de fruits habilement disposés : raisins, péch
ere nades, abricots et prunes, parmi lesquels sont entremélés des pavots blancs et le souci; une poignée de groseilles rouges, une noix cassée, une autre entière sur le devant : à l'extrémité, un vase sculpté de nymphes contenant passe-rose,
roses et autres fleurs. Signé et daté 17
— Ces morceaux, sur fond clair et de la maniere la plus fine et la plus précieuse du maître, sont ceux qui avaient été faits par lui pour Robert Walpole, et qui sont si connus par les deux magnifiques estampes d'Earlom en manière noire, que nous avons
reproduites ici. Is sont estimés environ 20,000 fr. les deux.
GALERIE DE Duzwicn près de Londres : Bassin de porcelaine sur une table de marbre, contenant des pêches, un abricot
et des grappes de raisin. — Le pendar
tasse de porcelaine où sont groupés deux roses, des fleurs d'oranger et des œillets, dont un, panaché, est en partie détaché du bouquet : il y a un limaçon. Les deux tableaux sur fond clair. [ls furent achetés 2,300 florins à la vente Braamkamp en 1771.
Si nous parcourons maintenant les plus riches collections privées, nous y trouvons encore de beaux Van Huvsum, qui, ayant été pour la plupart achetés en vente publique, ont des valeurs connues.
Dans la GROSVENOR GALLERY, appartenant au marquis de Westminster : Groupe de fruits et de fleurs, raisin noir et blanc, tranche de melon, pêches, prunes, abricots, grenade ouverte, noix cassée, entremélés de fleurs, crêtes-de-coq, convolvulus, houx. Le fond est clair et représente un verger. Signé et daté de 1731. IL fut acheté 4,100 florins plus de 9,000 francs) à la vente de Braamkamp; à celle de Geldermester en 1800, il ne s'éleva qu'à 1,950 florins, et à celle de Watson Taylor en 1893, il fut payé 260 livres sterling.
BRIDGEWATER GALLERY : pelit bouquet composé de roses
blanches et rouges, tulipes, iris, soucis, dans un vase posé sur une table de marbre ; un limaçon chemine avec sa coquille. C'est un modèle exquis du maître.
Chez le prince de Lichtenstein, à Vienne : Deux pendants. Un bouquet de roses, jacinthes, pavot, tulipes, renoncules,
dans un vase; sur la table, une branche d'oranger avec un
fruit. — Groupe de fleurs dans un vase; sur la table, des pêches, des raisins et autres fruits. Évalué 12,000 francs.
GALERIE LEUCHTENBERG à Munich: Beau vase de fleurs avec des Amours. Il est gravé à l'eau-forte par Muxel
Collection du comte Germini, à Vienne: Riche assemblage de fleurs dans un vase de terre cuite orné d'Amours. Un nid d'oiseaux avec quatre œufs et des brins de renoncules
On compte jusqu'à quatre Van Huysum dans la collection du duc de Meklenburg Ludwigslut : 4° Splendide bouquet de roses et jacinthes disposées dans un vase au pied duquel est un monceau de roses et de Lulipes qui paraissent tombées du bouquet; sur fond obscur. — 2 Corbeille de raisins et de pêches posée sur un marbre où il y à des figues, des grenades, des cerises et des noix. Signé et daté de 1145006 tableau a été détérioré par le soleil. — 3° Le pendant : contenant roses, anémones, renoncules : un nid
vase
de pinson