‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 189 sur 239 · LE PÉCHEUR · texte numérisé non relu

LE PÉCHEUR

« la folie de peindre des paysages, et quand ses occupations le lui permettaient, il y consacrail volontiers

« son temps. Célait bien en pure perte, car il ne faisait alors rien que de mauvais. M. de Voyer à apporté

l'inventeur de la manière noire, c'est ce qu’affirme Horace Walpole, et il est curieux de savoir comment, suivant lui, Robert de Bavière fut amené à sa découverte.

« Prenons le prince dans son atelier, dit Walpole, barbouillé, mal peigné et peut-être avec une chemise sale, Le jour dont

je vais parler, il ne s'était certainement pas rasé et poudré pour faire sa Cour à miss Huguës, car je parle des temps où il s'était

« de son voyage de Hollande quelques dessins de ce peintre, et entre autres des études de fleurs coloriées

« légèrement avec des couleurs à eau. F y trouve plus de vérité que dans ses tableaux ; il y a moins d'ouvrage et « de peine, deux choses qui n'ont engagé à donner la préférence à Baptiste, indépendamment de ce que ce

« dernier compose en plus grand maitre et met plus d'intelligence dans son elair-obscur et dans la distribution de

ses masses. Les deux tableaux de fleurs que M. de Morville avait apportés en France de retour de son ambassade

«en Hollande, et qui sont des plus beaux de Van Huysum, sont maintenant chez le marquis de Governet… »

Personne aujourd'hui ne souscrirait, je crois, à la rigueur d’un tel jugement, ni à la préférence que Mariette accorde sans hésiter à notre Baptiste. Maintenant surtout que les tableaux de Baptiste, même ceux de nos musées, ont poussé au noir el sont devenus arides, les amateurs qui n'auraient point vu les quelques chefs-d'œuvre bien conservés de ce maitre, seront surpris de le voir placer au-dessus de Van Huysum. Nous-même, sans adopter cette appréciation, émanée d'ailleurs d’un homme qui fait autorité dans les arts. nous voulons seulement ici en chercher la raison et l'expliquer. Mariette a parlé cette fois moins en amateur qu'en peintre. Si l'on doit faire passer la peinture avant les fleurs, c’est-à-dire l'exécution avant le sujet, il est certain que Baptiste est supérieur à Van Huysum, qu'il surpasse par la maestrie de la composition, par la

distribution des couleurs et le jet des groupes lumineux. Que si l'on peint les fleurs pour l'amour des fleurs

retiré à Bruxelles, après la catastrophe de son oncle. Sortant ce jour-là de bon matin, il remarqua une sentinelle qui, à une certaine distance de son poste, était occupée à faire quelque chose à son arme. — Que fais-tu là? demanda le prince. Le soldat répondit que la rosée tombée pendant la nuit avait rouillé son fusil et qu'il était en train de le gratter et de le nettoyer (scraping and cleaning it). — Le prince, s’approchant et regardant de près, crut voir quelque chose comme une figure empreinte sur le canon, avec d'innombrables petits trous très rapprochés l'un de l’autre, comme un ouvrage damasquiné sur or ou sur argent, et r à la mode, il aurait grondé le pauvre garçon et lui aurait donné un schelling, mais le génie fécond en expériences puisa dans ce

dont la sentinelle avait déjà gratté une partie. On sait ce qu’un officier ordinaire aurait diten pareil cas. Si c'eût été un officie

simple fait la conception du mezzo-tinto. De ce qu'il venait de voir le prince conclut que l’on pouvait trouver le moyen de couvrir une planche de cuivre d’une grenure composée de fines aspérités, qui donnerait sans doute à l'impression une épreuve toute noire, et qu'en graltant plus où moins certaines parties, il serait facile d'y pratiquer les demi-teintes et les clairs. Il communiqua aussitôt cette idée au peintre Walleran Vaillant, qui était son pensionnaire, et ensemble ils se mirent aux

expérience

Après quelques tätonnements, ils inventèrent un rouleau d'acier dentelé comme une râpe, qui produisit en effet sur

le cuivre la grenure, c’est-à-dire le fond noir qu'ils cherchaient, et sur ce fond, gratté ou bruni à volonté, ils trouvèrent aisément

toutes les gradations de la lumière. »

Tel est le récit de Walpole Il en résulte que Robert de Bavière aurait inventé le procédé de la manière noire à l'époque où il s'était retiré à Bruxelles, c'est-à-dire après la mort de Charles I‘, et conséquemment après l'année 1649. Mais nous avons vu plus haut que déjà un oficier au service de Hesse-Cassel avait publié une gravure en manière noire représentant le portrait de la landgravine Amélie-Élisabeth, laquelle gravure porte la date de 1643. Il est donc impossible d'admettre que Robert de Bavière ait été l'inventeur du procédé qu'un officier bavarois avait trouvé avant lui, à moins de supposer, ce qui est invraisemblable. que le prince ignorait la découverte de Louis de Sieghen.

Horace Walpole, qui ne fit, comme on sait, que mettre au jour et en ordre les manuscrits de Verlue, assure que ce dernier tenait cette version de M. Killigrew, de Somerset, qui lui-même la tenait du graveur Evelyn. Il est certain que d’autres écrivains ont attribué Pinvention de la manière noire à sir Christophe Wren, qui l'aurait communiquée au prince Robert. Quoi qu'il en soit, ce genre de gravure à de précieux avantages, Indépendamment de la poésie qu'elle prête à certains sujets, la manière noire offre une méthode plus expéditive, et, à ce sujet, le peintre-écrivain Gérard de Lairesse raconte qu'il a préparé en une heure, en se promenant dans son jardin, une pelle gravure en manière noire représentant un satyre, et qu après en avoir fait tirer une

épreuve, il l'a terminée en une autre heure.

En France, la manière noire n'a jamais passionné les artistes ni le public. Cela tient sans doute à ce que la peinture, dans

notre École, à toujours eu quelque chose de positif, et s’est rarement livrée aux fantaisies rembranesques. Avant l'apparition.

récente encore, du romantisme, notre art n'eût jamais vu éclore ces fantastiques inventions, ces effrayantes rêveries de Martynn,

auxquelles se prête si volontiers la manière noire, naturellement vague, vaporeuse et poétique. La précision du burin convenait

mieux au caractere de l'art français. Aussi, c'est surtout l'Angleterre qui à su tires parti des procédés de la manière noire, et ce

sont ses graveurs qui ont illustré cette manière, Après Robert de Bavière, les plus habiles maîtres en ce genre ont été Abraham

Blooteling, George White, qui le premier imagina de combiner l'eau-forte avec la manière noire, Mac Ardell, Thomas Frve,

Richard Earlom, Valentin Green et Reynolds. Nous aurons occasion de consacrer une notice à quelques-uns d'entre eux,

notamment à Richard Earlom et à Reynolds. CH. BL.

JEAN VAN HUYSUM (1682). 13 elles-mêmes, et si lon considère combien est précieux en un pareil sujet cet extrême fini qui poursuit jusqu'aux beautés imperceptibles de la nature, Van Huysum alors l'emporte évidemment sur Baptiste.

On peut dire au surplus que chacun de ces maitres a eu par excellence le /atre qui convenait le mieux

à sa manière de comprendre les fleurs, et particulièrement à la destination de ses tableaux. Facile, libre

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