‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 192 sur 239 · A TUM · texte numérisé non relu

A TUM

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ole Hollandurse. Emblemes, Pontures 772 vale CA

Qui s’attendrait à trouver des Boucher et des Vanloo dans cette Hollande dont l’art avait été si remarquable durant tout le grand siècle, par sa simplicité et sa bonhomie? Des mythologies dans la patrie d'Ostade! Du maniérisme là où florissaient naguère Van der Helst, Brauwer et Paul Potter! D'où vient celte

MA métamorphose? Elle vient de ce que les peintres AK ; 5 se 4 ; NN hollandais ont dépouillé leur caractère national, de ce

qu'ils ont quitté leur pays pour regarder ailleurs que

chez eux. Il n’y a pas loin, cependant, de la Hollande

au Brabant; mais, comme dirait Pascal, trois

F r = HIS TE SES

degrés d’élévation du pôle ont suffi pour changer la physionomie de l’école. Simple, naïve et forte de ce

côté de la rivière, elle est devenue débile et empruntée sur l’autre bord.

Jacques de Wit, né à Amsterdam en 1695, ne resta en Hollande que jusqu’à l’âge de treize ans. Envoyé à Anvers chez son oncle, Jacomo de Wit, négociant en vins du Rhin et grand amateur, il reçut sa véritable éducation d'artiste dans celte ville, où il eut constamment sous les yeux les grandes peintures de Rubens et de ses disciples. Son premier professeur à Amsterdam avait été Albert van Spiers, « peintre en portraits el

en histoire ;» à Anvers, il se mit sous la direction de Jacob Hal, dont les leçons lui profitèrent ; mais son vrai maître fut Rubens. De là cette manière facile, brillante, agrandie qui le distingue de tous ses compatriotes. À seize ans, 4 térait des dessins au crayon rouge des magnifiques tableaux de Rubens qui

décoraient alors l’église des Jésuites d'Anvers, sans se douter qu'il conservait ainsi pour la postérité les

souvenirs de ces superbes morceaux consumés par les flammes en 1719. À dix-huit ans, l’Académie d'Anvers le nomma premier, où comme on disait, prince de cette Académie, et elle lui en délivra le diplôme.

I ne manquait plus à de Wit, d’après les idées du temps, que la consécration d’un voyage à Rome. et il le désirait avec ardeur; mais son oncle lui fit observer qu'il était trop jeune pour entreprendre un tel voyage, et il s'y opposa avec tant d'autorité, que le jeune artiste dut obéir à un parent auquel il devait le bienfait de son éducation. Il voulut du moins retourner à Amsterdam, et Jacomo de Wit le laissa partir.

À peine arrivé avec son litre de prince de l’Académie d'Anvers, — il n'avait alors que vingt ans, — ilse

vit entouré d'amateurs, recherché, sollicité de toutes parts et surchargé de portraits à faire. Mais le portrail bourgeois, dans sa monotonie inévitable, ne lui offrait qu'une carrière très-bornée à parcourir, et il s’en dégoûla bientôt. Son esprit, nourri de lectures classiques et tout entier au souvenir de Rubens, son esprit rêvait un champ plus large et s'élevait à l'ambition de pendre les dieux de la fable antique et les héros de

l'histoire. I] lui fallait pour cela un Mécène : il le trouva dans la personne de Jacob Kromhout, seigneur de

euwerkerk, célèbre curieux et grand bâtisseur. De Wit possédait parfaitement ce qu’on peut appeler la rhétorique de l’art, je veux dire ce riche répertoire de phrases pittoresques et décoratives qui est le lot des artistes les mieux doués dans les époques de décadence. Savant dessinateur, il aimait à faire montre de son savoir; il se plaisait particulièrement aux raccourcis, aux figures qui plafonnent, et il était impatient d'essayer ses forces dans cette fastueuse peinture qui avait illustré à Jamais Rubens, son modèle le plus admiré, le plus vénéré.

Jacob Kromhout fut le premier qui comprit les véritables apütudes de Jacques de Wit en lui donnant à décorer des trumeaux, des dessus de porte et des plafonds. En ce genre, les débuts du peintre furent si brillan

que la décoration des palais ou des opulentes maisons devint une mode qui, d'Amsterdam, se répandit rapidement dans toute la Hollande. Pendant que de Wit travaillait pour le bourgmestre Gérard Arnold Asselaer, pour la veuve Van der Dussen, pour la veuve Trip, des commandes lui venaient de Harlem, de Leyde, de Rotterdam, et il pouvait à peine suffire à tant de travaux. Ses compositions se remplissaient, comme par enchantement, d’allégories banales d'intention, mais fort habilement exécutées : de figures convenues et apprises par cœur, mais maniérées avec élégance. Ici l’on voyait deux enfants occupés à souffler des bulles de savon, et auprès d’eux un sceptre, une couronne et la tête du Laocoon antique, pour exprimer que le temps ne respecte pas plus la beauté que la puissance et Ja vie. Là, pour recommander aux peintres de joindre l'amour de la nature à l'étude des statues grecques, il symbolisait la

peinture par deux génies, dont l’un brove des couleurs, tandis que l’autre copie attentivement la Vénus de

Médicis. Ces sujets emblématiques, puisés à toutes les sources, mais surtout empruntés à l’iconologie

lamande, se multipliaient à l'infini sous sa main. Les Amours, les Saisons, les Muses, les Déesses et les

lieux, les Vertus et les Vices venaient comme d'eux-mêmes s'arranger, se grouper, se draper dans ses

ableaux. Avant deles peindre il les dessinait à la sanguine ou à la pierre noire; quelquefois il les Javait

à l'encre de Chine ou en couleurs. Aussi trouve-t-on en Hollande, et dans certaines collections allemandes,

de nombreux dessins qui étaient les projets, les premières pensées de ce que de Wit a exécuté en peinture,

vendant les quarante années qu'a duré sa vie d'artiste.

Vers 1730, il adopta une manière de peindre, ou, pour mieux dire, un genre qui était nouveau en Hollande et qui fil fureur : c'était l'imitation en grisaille des bas-reliefs sculptés. Gérard Dow, Miéris avaient introduit

déjà ces sortes d’imitations, à litre d’acce

res intéressants, dans leurs précieuses petites peintures, au

bas de cette jolie fenêtre qui encadre ordinairement leurs scènes naïves, mais on n'avait

encore jamais

employé le camaïeu à représenter la sculpture en trompe-l’œil. Jacques de Wit excellait dans cet art, ou, si l’on veut, dans cette pratique de l’art, car il n’y faut guère que l'adresse du praticien et quelques recettes qui s'apprennent aisément, quand on a d’ailleurs du métier. Les plus beaux échantillons de son talent, en fait de peinture monochrome, se trouvent à la Haye, dans la célèbre Maison du Bois, qui était alors la villa du stathouder, et qui est située à peu de distance de la ville. De Wity peignit, sur les trumeaux et audessus de la cheminée, des sujets emblématiques et des groupes d'enfants. Ses figures d'enfants sont joufflues,

dodues, morbides, et rappellent de loin ceux que le ciseau de François Flamand et le pinceau de Rubens

TARNER HO TEND

GÉNIES DE L'AIR (d'aprés une eau-forte du Maitre

firent entrer dans le domaine de l’art, en les substituant aux petits Hercules dont Michel-Ange et Raphaël avaient lontemps fourni le type à tous les peintres italiens; mais les enfants de Jacques de Wit sont déjà bien dégénérés; ils seraient reçus comme des bâtards dans la grande famille de Rubens; ils sont moins aimables el moins vrais que ceux qui remplissent les tapisseries de François Lemoine et de Boucher, les toiles de Vanloo, les bacchanales en terre cuite de Félix La Rue et de Clodion. Le Boucher hollandais manque de caractère dans ses airs de tête, il est rivé au ponsif; mais il faut dire que, pour l'usage purement décoratif qu'il en fait, ce ponsif n’est pas, à beaucoup près, aussi fastidieux, aussi blâämable qu'ille serait dans une peinture d'histoire ou d'expression. Ce qui est merveilleux, c’est le degré d’illusion auquel il arrive dans ses camaïeux. S'il ne donne pas la vie à ses figures toujours un peu froides, il leur donne du moins un relief trompeur, et il me souvient, à cesujet,que Gersaint en a parlé, en son style vif et naïf, à la dernière

page de son calalogue Lorangère. « M. de Withe, dit-il, est le meilleur peintre en histoire qu'il y ait

aujourd'hui dans la Hollande. Il s'amuse quelquefois à peindre des morceaux qui imitent le bas-relief en

plâtre, et qu'il rend d’une façon à méprendre, quoique l’on ait presque les yeux dessus. Il a peint surtout une frise dans une des salles de l'hôtel de ville d'Amsterdam, qui se trouve placée à côté d’une autre qui est véritablement de relief, et qui trompe si bien les plus clairvoyants, qu'ils ont peine à déméler la véritable d'avec celle qui en est limitation‘. » Il faut noter que Gersaint écrivait ceci en 1744, alors que les camaïeux de Jacques de Wit étaient dans toute leur fraicheur, puisqu'ils furent découverts en 1738 ?,

Les peintures dont parle Gersaint, exécutées à l’ancien hôtel de ville d'Amsterdam (aujourd'hui le Palais-Royal) ne sont que les accessoires d’un grand morceau que les Hollandais admirent beaucoup, et qui est vanté dans tous les livres, dans tous les guides du voyageur, Les Septante vieillards choisis par Moïse

réunis autour du tabernacle ; c'est le chef-d'œuvre du maître, ou plutôt, c'est son œuvre capitale. Elle est

peinte, non plus en grisaille, mais en couleurs, et elle mesure quinze mètres de long sur six mètres et plus de hauteur. Placé dans la chambre du Grand-Conseil, où délibéraient les bourgmestres et les échevins de la cité, ce tableau flattait leur amour-propre par une allusion aux vénérables juges que Moïse avait élus parmi le peuple d'Israël. Qu'on se figure des Juifs, comme on les représentait au dix-huitième siècle, des Juifs de théâtre assez semblables à ceux que de Troy mit en scène lorsqu'il peignit pour les Gobelins l’Ærstoire d'Esther en sept tableaux, des Juifs sans individualité dans la physionomie, sans aucun accent dans la race, sans autre ca

ictérisation que leurs turbans orientaux et leurs longues robes ; qu'on les imagine habilement

groupés en une ordonnance tranquille, noble et cependant pittoresque, et l’on aura une idée de cette vas

e machine que la gravure a d’ailleurs fidèlement reproduite en enchérissant encore sur la froideur de l’original5.

Il est juste d'ajouter qu'il ne fallait rien moins qu'un très-grand peintre, un Rubens, un Rembrandt, pour donner à un spectacle aussi monotone du mouvement, du jeu et quelque ressort.

La salle du Grand-Conseil est oblongue et quadrilatère ; deux superbes cheminées s'élèvent sur les côtés nord et sud. À droite et à gauche de ces cheminées, Jacques de Wit peignit des scènes de la Bible, telles

que le sacrifice d'Abraham, la vision de Jérémie, Joseph qui fait acheter du blé en prévision de la disette,

et le prophète Élisée qui refuse les présents de Naaman le Syrien. Puis, au-dessous de ces morceaux bibliques, les divinités de la Fable symbolisaient le Commerce, la Sagesse, la Concorde. Mercure faisait pendant aux prophètes; mais les bourgmestres du grand-conseil n'y regardaient pas de si près, et ils n'estimaient rien tant que les sculptures feintes de M. de Wit, luttant de vérité avec les véritables sculptures. [ls admiraient surtout, ces braves gens, la frise postiche dont parle Gersaint et les enfants qui ortent la bordure des cartouches; et de fait, la saillie en est si parfaitement imitée, qu'ils semblent ne pas enir à la muraille.

On ne finirait point si l’on voulait énumérer tous les ouvrages de Jacques de Wit, soit en peinture à la façon ordinaire, soit dans le genre du trompe-l'œil. Il en orna les églises catholiques aussi bien que les temples protestants, les hôtels de ville aussi bien que les maisons particulières. Il décora l’église francaise à Amsterdam, et à Delft, l’église des Jansénistes au Béguinage; il travailla pour la veuve Mecerman, à Leyde ;

our la veuve Abraham Bernards, à Harlem; pour M. Nicolas Kalf, à mi-chemin de Harlem à la mer: pour

e bourgmestre Scheepens, à Rotterdam; pour l'hôtel de ville de la Haye, pour M. Blanck, pour M. Jacob Vosterman, et presque toujours on lui demandait de préférence des camaïeux. Quelquefois il prenait plaisir

à imiter les reliefs en terre-cuite et les sculptures en bois, comme il le fit à l’église catholique francaise.

! Catalogue raisonné des diverses curiosités du Cabinet de feu M. Quentin de Lorangère, par E.

F. Gersaint. Paris, chez Jacques Barois, quai des Augustins, à la ville de Nevers. M.pcc.xLiv.

* Ou peut se faire une idée de ce genre de peinture en trompe-l’œil, en allant voir, à la Bourse de Paris, les sculptures feintes si bien exécutées, dans les compartiments de la voussure, par M. Abel de Pujol, aujourd'hui membre de l'Institut.

? Cette gravure se trouve dans la Galerie des peintres flamands, hollandais et allemands, publiée par Lebrun en 1789-91. Elle

est reproduite dans la présente biograpnie.

Marié en 1724 avec Cornélie Van Neck, de Wit n’eut pas d'enfants, et celle circonstance explique en partie l’immensité de ses travaux. La douceur de son caractère, son esprit orné, la réputation colossale dont il Jjouissait alors dans son pays et dans toute l'Allemagne, les vers qu'on lui adressait de toutes parts et qu’on faisait imprimer en son honneur, attiraient chez lui les amateurs d'élite, tels que Lambert ten Kate, Van der Schelling, Gerrit Braamcamp, et tous les princes de l'Europe qui venaient visiter le stathouder en sa Maison du Bois. Lui-même il était un curieux, et l’on citait sa collection de dessins comme l’une des plus belles. On n'allait point chez lui sans demander à voir ses dessins à la sanguine d’après les peintures de Rubens aux Jésuites L:

d'Anvers ; mais les dessins qu'il montrait n'étaient que des répétitions à l’aquarelle avec un titre richement |

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