LES SEPTANTE VIEILLARDS CHOISIS PAR MOISE REUNIS AUTOUR DU TABERNACLE
historié, car les originaux, au dire de Van Gool, lui avaient été achetés, dès son arrivée à Amsterdam, par la très-noble demoiselle Van Ankeeren. Quelques-uns furent gravés par lui à l'eau-forte avec cette liberté, L! cel esprit qui n'appartiennent qu'aux peintres-graveurs, et qu’on appelait, dans ce temps-là, du ragoit. Cependant, comme le temps lui manquait pour mener à fin ce long ouvrage, il le fit terminer sous sa direction par Jean Punt. Mais il grava lui-même, au nombre de douze, les planches in-folio d'un petit traité qu’il avait composé sur les proportions du corps humain et qu’il publia en hollandais avec la traduction française en regard. Les proportions qu'il adopta étaient celles qu'avaient enseignées Léonard de Vinci, Jean Cousin, Paolo Pino, Armenini, de Piles, Stella et autres. Au surplus, voici comment il s'exprime : « Ne pouvant m'empêcher de prendre parti à l'égard des différentes idées au sujet de la meilleure « hauteur des figures humaines, je me suis déterminé pour la stature de huit têtes ou neuf visages un « tiers pour toutes les personnes d’un âge mûr, aussi bien pour l'Hercule que pour la Vénus et Apollon,
« en comptant sept huitièmes de la hauteur de la tête pour un visage.
« Charmé de ce premier point, qui est le principal (savoir la stature de huit têtes), par le milieu que j'ai « pris entre la hauteur excessive de Michel Angelo, qui la pousse le plus souvent à dix têtes et davantage, « même quelquefois jusqu'à douze, et entre la faille courte de sept têtes et demie que Gérard de Lairesse « donne aux hommes, quoiqu'il accorde la hauteur de huit têtes aux femmes, je n'ai trouvé aucune difficulté
« à me fixer à ladite stature de huit têtes, ayant pour exemple les anciens et très-fameux maîtres ?/ne el
« Vitruve, et après eux Charles Vermander et Giovanno Bolognese, qui ont bien voulu transmettre à la « postérité leur choix et leur goût à cet égard, sans que je veuille prendre parti ni imposer la loi contre ceux « qui ont précédé ou suivi les susdits grands maitres, ou contre toute autre manière de mesurer que celle « que j'ai adoptée, comme ci-dessus; ni aussi contre les modules de J.-C, Le Blon, ni contre les proportions « que l’on trouve chez Albert Durer et ailleurs, quoique, sinon tous, du moins la plus grande partie des « écrivains fixent le visage à une si petite partie de la tête, qu’un corps de huit têtes est bien de la hauteur « de dix visages, au lieu de neuf et un tiers, suivant mon système, lequel, sauf correction, me paraît le « plus recevable, non-seulement par sa conformité particulière avec les membres et parties, comme entre
« autres, que le bras, depuis l’épaule jusqu'à l'extrémité des doig
est de la longueur de quatre de ces
visages, la cuisse et le tronc de trois, mais aussi par plusieurs autres proportions que le Créateur a voulu
« observer dans ce chef-d'œuvre et l'y entretenir constamment, »
Parlant ensuite des estampes qu'il a dessinées et fait graver par Jean Punt, de Wit continue en ces termes:
« Le lecteur aura la bonté d'y remarquer les particularités suivantes : 1° Dans le cas de la mesure par huit
« têtes, que les lignes qui coupent la hauteur en huit parties égales coupent plusieurs parties principales; que 290Par
« rapport à la mesure par visages qu'on suppose être un visage de la hauteur des sepl-huitièmes parties de la
« Ja hauteur de la figure est égale à sa largeur quand elle a les bras étendus horizontalement...
« tête, que le front est compté comme faisant partie du visage, auquel certainement il appartient, quoique
« plusieurs ne prennent le visage qu'à la moitié du front, à l’imitation des antiques, qui ordinairement laissent
« tomber les cheveux jusqu’à la moitié du front; que, de plus, les extrémités entre les doigts (la longueur que « mesurent les deux bras étendus horizontalement) ont la longueur de tout le corps, ce qui revient à neuf « un tiers visages semblables, car chaque bras étant long de quatre visages, il en reste encore un et un
« liers, ou deux tiers de chaque côté de la fossette de la gorge. »
La seule différence qui se remarque entre les proportions de Jacques de Wit' et celles de ses prédécesseurs, c'est qu'en donnant huit têtes à la hauteur de l’homme, il ne lui donne que neuf faces et un tiers (au lieu de dix), parce qu'il allonge le front au point de ne compter que pour un huitième l’espace compris entre la
naissance des cheveux et le sommet de la tête.
De Wit mourut à Amsterdam le 12 novembre 1754 et fut enter
5 dans la vieille église (Oudekerk). Avec lui, on peut le dire, fut enterrée aussi l'ancienne école de Hollande. Lorsqu'il débuta dans son pays, le caractère de la peinture y était changé déjà par l'influence d’un artiste qui était allé, lui aussi, chercher ses inspirations à l'étranger : c'était Gérard de Lairesse. Comme de Wit, Lairesse n’avait pas émigré bien loin ; il avait pris des leçons de Bertholet à Liége; mais là, on lui avait appris à préférer le style à limitation, et Nicolas Poussin à Ruysdael. Jacques de Wil suivit la même voie que Lairesse, parce qu'il avait puisé aux mêmes sources, c'est-à-dire à l’école flamande, que le génie catholique avait si profondément distinguée de l'école hollandaise, façonnée par le génie protestant. Certes, c'est une école admirable que celle-ci; mais
combien peu elle à duré ! Au seizième siècle elle avait imité la décadence italienne; au dix-huitième, elle
! Teekenboek der Proportien van't Meugchelyke lighaam geënventecrd en geteekem door Jacob de Wit en int Kooper gebragt door Jan Punt. Proportions du corps humain inventées et dessinées par Jacques de Wit, gravées par Jean Punt (en 1747).
A ce sujet, nous nous permettons de renvoyer nos lecteurs au travail que nous avons publié dans la Gazette des Beaux-Arts du 15 août 1860, sur les proportions du corps humain, notamment sur le Canon de Polyclète dont nous avons retrouvé le clef,
perdue depuis plus de 2,000 ans.
JACQUES DE WIT (1695). 7 donne le spectacle de sa propre décadence. Elle n’a done qu'une belle époque, le dix-septième, et elle ne s’y montre virginale que pendant soixante-dix ou quatre-vingts ans, car il n’y a que cet intervalle entre Rembrandt, dont le génie éclate vers 1636, et Jacques de Wit, dont le talent est proclamé en 1712. Ainsi,
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