À LA VENTE DE TALL
tableau de Berghem,— un Paysan accompagné de son chien
YRAND-PERIGORD, en 4817, un
courbé sous le poids d'un gros fagot, suit une villagcoise à cheval précédée de deux vaches, — fut poussé à 12,000 fr.
A LAV DE M. LapeyriÈre, en 4823, la ue d'un village de Hollande, beau paysage sorti du cabinet de M. de Tolozan, fut adjugé à 16,010 fr. Le Passage des montagnes s'éleva à 11,399-fr. E le Malin, autre paysage orné de figures. fut vendu 12,130 fr.
La Grande Chasse auæ cerfs, tableau gravé par Æ Aliamet, du cabinet de M, le chevalier Eranp, vendu en 1832, fut : à 15.001 fr.; un Port de mer, 6,610 fr.
L'Ancien Port de Gênes, celui-
adju
à mûme dont nous reproduisons la gravure, et qui, à la vente de M. le duc de Cnorseur.- PRasax, s'était vendu 17,601 fr., fut adjugé à celle du duc de Benny, en 1837, à 13,200 fr.
A là VEN DU CARDINAL FESCH, À RomE, 1844, le Passage des montagnes, paysage d'une belle exécution, fut vendu 9,185 fr.— Un Hiver, faible d'effet, 6,317 fr. et un Paysage pastoral, très-beau de qualité, 6.577 fr. —Le quaième, Vue dans la montagne, dans sa manière heurtée. n'atteignit que 6,250 fr.
VENTE SAN Doxato, 1868. L'Ancien Port de Génes, (ici gravé) adjugé pour 42,000 fr. à M. Dulaker, marchand de tableaux, à Londres.
Vente DecsserT, 1869. On y à vu figurer cinq Berghem. 1° le Rachat de l'Esclave : 2° une Place publique en Ttalie :
3° le Rendez-vous de chasse : 4° Paysage, soirée d'été:
le Passage du que.
Berghem a signé ses tableaux et presque toujours ses planches, tantôt Berchem, tantôt Berghem. Voici au surplus
la reproduction fidèle de ses signatures et monogrammes
” PF 630. NE Un.
Mcrchom. Fee:
CA
Crete 1 0 a
A0. CT) nina, = . VALLE
ni
EN 1625, MonT EN 1654
L'abbé de Lamennais écrivit un jour cetle page charmante: « Quelques peintres hollandais ont su prêter à la nature un langage indélinissable, qui touche, émeut, provoque la rèverie et l'attire doucement en des espaces infinis. Dites-moi par quelle mystérieuse magie ils nous reliennent des heures et des heures plongés dans une vague contemplation devant ce que la nature à de plus ordinaire et de plus simple en apparence? Une prairie avec un ruisseau el quelques vieux saules, une vallée que traverse un torrent grossi par l'orage, dont les derniers restes, où se jouent les feux du couchant, fuient et se dissipent à l'horizon; sur une grève déserte, une cabane au pied d'un rocher nu, la mer au delà, une me
agitée, et dans le lointain une voile qui s'incline entre
deux lames sous l'effort du vent: ne voit-on pas qu'ici c'est la pensée de l'artiste, sa vie intime
qui se communique à vous, s'empare de vous? C'est l'Art qui vous emporte, sur ses ailes puissantes
en des régions plus hautes que tout ce que peuvent atteindre les sens. Ne discernez-vous pas sous
la forme extérieure, dans les animaux de Paul Potter, une vie intime propre à chacun d'eux, une lation de leur nature essentielle, typique ? L'allure, la pose, Le regard, tout parle en eux !. »
manile
Il ya cent ans, une telle appréciation n’eût pas été.comprise, ou plutôt de telles idées ne seraient venues à personne. Les amateurs ne voyaient dans Paul Potter qu'un copiste fidèle de la nature, un peintre vrai jusqu'à la naïveté et habile à bien rendre ce qu'il avait bien observé. Il était réservé à notre siècle imbu de panthéisme de saisir dans les peintures des maitres hollandais cette délicatesse de sentiment qui se laisse voir chez eux dans la plus modeste de leurs créations, et de trouver aux
ges de Ruysdael, comme aux animaux de Paul Potter, je ne sais quel vague enchantement qu'on
pay peut appeler du beau nom de poésie. Tout ce qui a reçu le don de la vie, tout ce qui respire notre
soleil, a le droit de nous intéresser. Mais entre les natures inférieures et nous-mêmes il faut un
interprète, un homme simple qui se rapproche des êtres secondaires par sa naïveté, et s'élève au-
dessus de ses semblables par le génie. Il faut qu'un poète, qu'un grand peintre, vivant au milieu de ce monde obscur, en pénètre les idiomes inconnus, pour nous les traduire dans le noble langage de l'esprit, ou mieux dans le langage du cœur, pour nous les rendre sensibles par la couleur et le pinceau. IL faut, dis-je, que Bernardin de Saint-Pierre nous révèle les secrètes harmonies de la nature:
que Ruysdael nous émeuve au spectacle du ciel orageux et au frémissement des grands arbres tour-
mentés par le vent; que Paul Potter nous fasse entendre la plainte des agneaux et tous les mugissements du pâturage. Et alors, chose étrange ! celte nature qui nous avait parlé, qui s'était manifestée à nous par le truchement de ces hommes d'élite, il arrive qu'à son tour elle nous apprend à connaitre
leur génie; elle a servi à l'expression de leur sentiment, et par elle nous lisons dans leur âme.
’aul Potter, dit Descamps, était issu de la maison d'Egmont par sa grand'mère. Son grand-père
était receveur de la haute et basse Swaluwe. Ses ancètres avaient rempli les charges les plus hono-
rables de la ville d'Enkhuisen, où il naquit, en 1625, de Pierre Potter, peintre médiocre, qui, peu de
temps après, alla s'établir à Amsterdam pour y acquérir le droit de bourgeoisie. Le jeune Potter n'eut d'autre maitre que son père, qu'il surpassa dès qu'il eut appris les premiers éléments de son art. « Ce fut un prodige dont il n'y a peut-être pas d'exemple, ajoute Descamps: il fut dès quatorze ans un maitre habile: ses ouvrages, même de ce temps-là, figurent parmi ceux des plus grands hommes. » Après de nombreuses études faites à Amsterdam d'après les beaux tableaux dont cette ville était déjà remplie, Paul Potter quitta son père, peut-être pour demeurer plus libre de se former lui-même, et il alla se fixer à la Haye, où le hasard lui fit prendre un logement à côté de l'architecte Nicolas
Balkenende, qui était en réputation dans la ville. Ce Balkenende avait une fille charmante, dont
Paul Potter devint éperdument amoureux. La jeune fille, Nattée d'avoir inspiré une telle passion.
parut y répondre, si bien que le peintre la demanda en mariage. Le Vitruve hollandais, c'est ainsi que l'appelle Descamps, répondit avec dédain qu'il ne donnerait pas sa fille à un peintre qui ne peignail que des bêles. Mais l'artiste amoureux ne se rebuta point; il mit en mouvement les riches amateurs qui appréciaient son mérite, qui déjà lui achetaient fort cher ses modestes animaux, et le sieur Balkenende sut bientôt qu'un architecte, même de son rang, devait « se trouver honoré de la recherche ce en donnant sa fille
d'un pareil gendre ». L'architecte avoua son tort, et le répara de bonne g alkenende à Paul Potter: celui-ci avait alors vingt-cinq ans. À peine marié, il s'installa
\drienne : la Haye. Les principaux person-
dans une belle maison qui fut bientôt, pour ainsi dire, l'Académie d nages de la Hollande, les ministres étrangers: Maurice, prince d'Orange, les savants et les beaux-
esprits du temps se donnaient rendez-vous dans l'atelier de Paul Potter, qui les y attirait par son esprit orné, son aimable caractère et l'agrément de sa conversation. Ainsi entouré et bien venu dans
le monde, le peintre servit à son tour la réputation et la fortune de son beau-père, el vengea noblement
de la sorte les dédains qu'il avait essuyés au temps de son amour.
’our un peintre d'animaux, il n'est pas de contrée plus favorable que la Hollande, ni plus féconde en beaux modèles, je veux dire en modèles pittoresques. L'humidité du sol en fait une immense
prairie d'un vert tendre, où de nombreux troupeaux promènent leurs couleurs voyantes, leurs robes
! Lamennais, Esquisse d'une philosophie
PAUL POTTER (1625). c tachetées de tons contrastés ct harmonieux. Nulle autre part les couleurs des bœufs et des vaches ne sont plus variées et plus brillantes. S'il est vrai, comme l'a dit Bernadin de Saint-Pierre, que partout la nature oppose la couleur des animaux à celle du fond sur lequel ils vivent, cela est vrai surtout en Hollande. Pays monotone, dominé par un ciel presque toujours gris et triste, la patrie de Paul Potter arrèle et charme le regard par la vivacité et la richesse des tons que l'on remarque sur le pelage des troupeaux. Il me semble que la nature ait voulu ménager cette compensation aux habitants
d'une contrée sans éclat, sans accident, sans relief. Ce qui est certain, c'est que nous avons été
frappé, en parcourant la Hollande, des superbes taches que présentent les bêtes à cornes Tantôt sut une teinte grise s'enlèvent des parties claires entremélées de tons roux ; tantôt des poils blonds
servent de transition à des taches de feu étendues sur un fond blane, qui çà et là reparait à certaines