‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 43 sur 239 · JEAN · texte numérisé non relu

JEAN

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LINGELBACH

NÉ EN 1625. — monr vers 1680

Si l'Arioste n'eût pas vécu un siècle avant Lingelbach, on croirait qu'il a voulu décrire un tableau de ce maître, lorsqu'il a écrit : « Le guerrier arriva sur les bords de la Saône; il trouva la rivière couverte d'une infinité de bateaux qui avaient apporté des provisions. On avait ensuite chargé ces provisions sur des chariots ou des bêtes de somme pour les conduire avec une escorte dans les lieux où l'on ne pouvait aller par eau. Les bords de la rivière étaient remplis d'une multitude de bétail, et les conducteurs de tous ces vivres s'étaient mis en différentes maisons pour y passer la nuit. »

Les ports de mer, les débarquements de marchandises, les transports de vivres, sont en effet les sujets les plus familiers à Lingelbach. Cependant il est vrai de dire que sa fortune de peintre se compose des emprunts qu'il fit tour à tour à Philippe Wouwermans, à Nicolas Berghem, à Karel Dujardin, à Wynants, à Jean-Baptiste Weenix, et qu'ainsi les chasses,

les paysages, les animaux, les foires, les places publiques,

exereèrent son talent aussi bien que les ports de mer. Pour peu que l'on soitinstruit des différentes manières

des peintres de la Hollande, on reconnait de prime abord la part qu'il convient de faire à chacun d'eux

dans les tableaux de Jean Lingelbach. A l'instar de Wouvermans, il se fait seigneur châtelain, peint des haltes et des retours de chasse, amène les veneurs à l'auberge ou les arrête au coin d'un bois. À l'exemple de Jean-Baptiste Weenix, il se plait à représenter des ports de mer qu'il sait peupler de figures en mouve-

es

ment et embellir de fabriques d'une architecture variée. Comme Berghem, il fait souvent des paysag

remplis d'animaux, sans oublier jamais d'ennoblir le äturage par quelque ruine, fontaine, aquedue, , il met en scène des charlatans,

obélisque, are de triomphe. Comme Karel Dujardin et François de Paula-Fe des joueurs de gobelets, des prédicateurs napolitains amassant la foule en un jour de foire : tout ce que l’on voit si fréquemment dans l'ancien Forum romain, sur les places et dans les ports de l'Italie ; quelquefois,

par une ressemblance éloïgnée avec Albert Kuyp, Lingelbach retrace des vues d'eau, des bords de rivières

animés par des groupes d'hommes, de chevaux et d'animaux de toute espèce. On connait de Jui des

sujets rustiques, des paysans en gaité, buvant, fumant et Jouant aux cartes, dans le goût d'Adrien Van

Ostade, et enfin des opérateurs de village qui rappellent ceux du spirituel Corneille Dusart.

Qu'il ait ainsi parcouru les divers genres de la peinture hollandaise, cela s'explique dans Lingelbach par ; il était venu fort

sa qualité même d'étranger. Allemand d'origine, né à Francfort-sur-le-Mein en 162

jeune en Hollande et en avait fait sa patrie adoptive. Mais n'ayant d'ailleurs apporté avec lui aucune prédi-

lection marquée, je veux dire aucune vocation pour telle ou telle spécialité de l’art, il explora presque en l d F Ï

entier à lui seul le domaine que tant d'autres s'étaient partagé. Il en est de Lingelbach comme d'Ostade et

de Gaspard Netscher, qui sont regardés partout comme faisant partie de l'école hollandaise, bien qu'ils soient nés l'un à Lubeck et l'autre à Prague. Nous l'avons dit à l'occasion de ces maitres, ce n'est pas le lieu de la naissance qui décide du classement des peintres dans telle ou telle école; c'est plutôt le caractère, l'esprit général de leurs œuvres, le sentiment que l'éducation leur donne, la tournure de leurs idées,

leur manière. Cela est vrai surtout de ceux qui ont quitté jeunes leur pays natal, et c'est ainsi que

Philippe de Champagne, né à Bruxelles, est néanmoins sans conteste de l'école française.

Il semble que Lingelbach ait senti ce qu'il lui manquait d'initialive, et qu'il ait voulu racheter ce défaut d'invention première par la richesse inattendue des accessoires, et se faire pour ainsi dire une personnalité avoir parcouru la Hollande, il passa en France, Y

avec des impressions de voyage et des souvenirs. Apr ravailla quelque temps et partit de là pour l'Italie : c'était son rêve. etil esta remarquer que cet irrésistible désir de voir l'Italie n'est guère venu qu'aux peintres secondaires de la Hollande. Les grands peintres s'en assèrent bien, tels que Rembrandt. Kuyp, Ruysdael, les deux Ostade, les deux Van de Velde, Pierre de Hooghe… Arrivé à Rome, Lingelbach s’empressa de faire une provision d'études, de meubler son porteeuille et sa mémoire de tous les objets qui pourraient trouver place dans ses tableaux futurs, Il n'eut pour cela qu'à se promener dans les rues de Rome et aux environs. il rencontre. ici, un charlatan assisté de

Polichinelle et du signor Pantalone, attendant, d’un air grave et sombre, un emplâtre sur l'œil, une fiole à

a main, que ses bouffons aient fini la parade ; là, il se heurte à une troupe de masques enterrant le carnaval, ou à la boutique en plein vent d'un marchand de gimblettes qui les fait tirer à la loterie. Un artiste ne fait pas un pas, dans une ville comme Rome, qu'il ne trouve à butiner. Lingelbach s'arrèêtait volontiers

devant les scènes les plus familières de la vie: il dessinait tel groupe formé par le hasard au pied d’un

obélisque ;il faisait à la hâte le croquis d'un palefrenier qu'il voyait venirsur la place d'Espagne, menant boire ses chevaux dans le bassin de la fontaine ; il observait la tournure d'un savetier raccommodant au soleil la Chaussure des passants ; il observait le geste du citadin marchandant à une villageoïse le chevreau qu'elle

apporte dans un panier; il épiaitles mouvements et l'expression des gens du peuple de Rome, dont la con-

versation est toujours si fortement mimée. Tout lui semblait digne de servir de matière à ses études, pourvu qu’il y découvrit cette qualité que nous appelons pittoresque et qui tient souvent à un contraste de pose, au jeu singulier d'une physionomie ou simplement à un coup de soleil donnant sur trois figures. En un mot, rien ne passait inaperçu pour lui de ce qui pourrait un jour frapper le regard des autres. « Les énieux, et quelquefois critiques et

« traits de son pinceau, dit le bonhomme Descamps, sont toujours ing

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« malins. Il caractérise le charlatan et le peuple qui l'entoure. Un certain air imposant et fourbe est « répandu sur la figure de l'Esculape, et l'ironie ou l'admiration sur quelques figures plus frappantes « de l'auditoire. »

Ce n’est pas tout. Dans sa promenade à travers la ville et la campagne de Rome, il copiait un à un tousles édifices de la cité antique, il étudiait soigneusement et curieusement les fontaines, les arcs de triomphe, les

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