‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 49 sur 239 · Samuel Van Hoogstraten · texte numérisé non relu

Samuel Van Hoogstraten

qu'il fait de cet unique livre de Hoogstraten trois ouvrages Suisses, au sud-est, si, dit-il, et fort recher- Unvieux juif (dit le Catalogue), un bonnet fourré sur la

distincts de son Traité sur la peintur

chés, ainsi que les deux livres intitulés : Le Monde éclairé et | tète, regardant par une fenêtre. Il est signé d'un mono- Monde avcugle. I est difficile de pousser plus loin la gramme formé des lettres et H entrelacées l'S tenant seu-

égèreté,sanscompterqu'ilsuffisait d'ouvrir un dictionnaire lement au premier jambage de l'H) et daté de 1€ Toile.

hollandais pour voir que zichtbure et ouzic ltbare signifient A la vente Van Ochtrune, en 1763 le tableau du Musée

visible et invisible, mais von pas éclairé el aveugle ! de la Haye, dont il vient d'être parlé, le Grand portique, Le Musée du Louvre ne renferme aucun ouvrage de Sa- | fut acheté, par le prince d'Orange, 115 florins.

muel Van Hoogstraten. | VENTE Dugors, À Paris, 1782, — L'intérieur d’un appar- Musée Van Der Hoov, À Ausrenpau. La Jeune Femme tement. Une jolie femme en corset citrou et jupon salin

malade. IL est signé des initiales S. V. H. Les fisures ont rouge, recouverte d'un tablier de mousseline ; elle caresse

environ 35 centimètres de hauteur. Nous avons fait graver un chien ; une table, un tapis de velours, 190 liv.

ce tableau pour la présente notice; voir à la page 3. VENTE BARON DE SAINT-J1 LIEN, 178%, — Le même tableau, Musée DE LA Haye. (Grand Portique où l'on voit une | On fait observerici qu’il est gravé dansla Galerie des Peintres

dame avec un épagneul. Dans le fond, une porte ouverte flamands de Lebrun. Dix-neuf pouces sur quinze. 130 liv.

laisse voir un serviteur, Signé S, v. H.

S393-00, — Comme. Imprimerie Bo. Cnéré

ecole Hoollundasse. Cussnes Natures mortes.

GUILLAUME KALF

Si l'on voulait donner une définition de l’art, on la trouverait aussi bien dans une cuisine deKalf que dans telsujet héroïque. En effet, l'art est aussi présent au fond de ce vase de euivre doré par la lumière, ou sur les bords de ce gobelet d'argent, qu'au milieu des graves compositions dont l'histoire et la philosophie ont fourni le sujet et la grandeur. Chose étrange et qui tout d’abord peut ressembler à un paradoxe! Celui-là est plus artiste qui n’a besoin pour faire un tableau de prix que d’un chaudron renversé et d’une botte de poireaux, que tel peintre nourri dans le sein des académies et capable de traiter, par exemple, avec des gestes convenus et des figures

banales, la continence de Scipion.

Quelle bonne leçon de peinture on pourrait aller prendre devant une simple cuisine de Kalf ! Et je ne parle pas seulement iei de la peinture proprement dite, de cette

touche vive, puissante el grasse qui est celle du maitre; je parle aussi des grandes lois de Ja composition

et du clair-obseur. Oui, les grandes lois du clair-obseur et de la composition se pourraient enseigner à beaucoup de peintres d'histoire en présence d'un de ces modestes tableaux où le peintre hollandais met en scène une chaudière écurée et quelques légumes, avec un rayon de soleil. Il serait plaisant de relire à ce propos la poélique de l'art et de prendre pour sujet de la démonstration humble mobilier de cette chambre rustique. S'il n’était pas malséant de parler latin dans une cuisine, je dirais gravement avec Dufresnoy :

Prima figurarum, seu princeps dramatis ultrd

Prosiliat medià in tabulà.….

Ge qui veut dire que la principale figure doit occuper le milieu de la toile et recevoir la plus vive lumière,

tandis que les autres figures doivent être éclairées en proportion de leur importance, par une habile

dégradation. Ici, quelle est la principale figure, quel est le héros de la scène? C'est une superbe chaudière qui réchauffe au soleil ses parois intérieures et brille de mille reflets caressants. La lumière qui fait chatoyer ce fond de cuivre est elle-même une lumière dorée qui à traversé une fenêtre aux vitres grasses, mélées de papier jauni. Vient ensuite un vieux tonneau qui sert d'appui à la chaudière el qui a une certaine physionomie atlachante. Il est impossible de ne pas s'arrêter aux moindres détails qui caractérisent ce vieux (onneau, un des personnages les plus importants du tableau de Kalf. Toute son apparence de vétusté intéresse : ses douves

un peu renflées, ses cercles de fer que la rouille dévore, l'herbe qui pousse çà et Jà dans les humides fissures

de la douve, et jusqu'aux insectes qui ont dû se loger dans la pourriture du bois. énorme chou, une terrine, une botte de poireaux, une écumoire, et quelques oignons à la luisante pelure, achèvent cette composition, avec un balai pittoresque, un linge posé sur le tonneau et une cruche d’eau d’où s’échappent les pousses d'une plante.

Voyez maintenant s’il est une seule des lois essentielles de la peinture qui ne soit observée rigoureusement : le tableau est riche de détails, mais il n'en est poiut surchargé ; l'ombre légère où l'on aperçoit la trappe du cellier, etcelle qui s'étend obliquement surle haut du mur. formentce qu'onappelle lerepos du tableau: l'ombre plus épaisse du fond de la cuisine, redouble la vivacité de la lumière principale etfail valoirles parties brillantes et préférées. Mais quoi ! j'oubliais la cuisinière et son chien que le peintre a jetés dans l'ombre du tableau, ne voulant pas sans doute que la nature vivante vint nuire à l'effet que devait produire son modèle de prédilection, la nature morte. Et du reste, il n’est pas un tableau de Kalf où le rôle principal ne soit réservé aux ustensiles de ménage. Avec un sentiment si Juste des principes de l'art, le maître se serail bien gardé d'avancer sur le premier plan des figures qui auraient divisé l'intérêt et fait tort à ses lumineux chaudrons, à ses légumes, à toute la modeste clientèle de son pinceau.

Guillaume Kalf naquit à Amsterdam vers l'an 1630, mais on ne sail pas au juste en quelle année il vint au monde. Il eut pour maître un nommé Henry Pot, bon peintre d'histoire et de portraits, dans l'atelier duquel il passa ses premières années. Les auteurs néerlandais ne disent rien de ses débuts ni de ses progrès; ils nous

apprennent seulement qu'en quittant son maitre, notre artiste quitta sa manière, et que, laissant de côté les

laits héroïques et les fictions, il placa sous ses yeux des choux, des fruits, un chaudron, et quelquefois aussi des vases plus précieux, Il restait des journées entières, rapporte Houbraken, devant un citron, une

belle orange, un manche de couteau en agate ou en nacre de perle. Les vaisseaux de la Hollande

m'apportaient pas, des régions lointaines, un seul coquillage dont il ne copiàt les formes étranges et les

res, des intérieurs de

splendides couleurs. Mais c’est dans Ja reproduction des sujets les plus vuls

cuisines, des celliers ou des chambres rustiques, avec leurs meubles et tous les accessoires qui s'y rattachent,

que Guillaume Kalf excellait : chaque objet, sous son pinceau ferme et léger tout ensemble, y brille de tons

si vrais et si fins que ses {ableaux sont dignes de prendre place parmi ceux des plus grands coloristes, parce

qu'ils offrent une application savante des grands principes de l'harmonie et du clair-obscur. «Ce maitre. « dit Lebrun, a été de tout temps très-recherché par les amateurs. Il était peu de collections à Paris où lon

«ne rencontrât de ses ouvrages. Boucher en élait fou. Je me rappelle avoir possédé, ajoute ce savant

GUILLAUME KALF (1630). 3

« appréciateur, un de ses tableaux qui pouvait entrer en comparaison avec les plus beaux d'Adrien Van « Ostade. »

A en juger par la simplicité de ses goûts et de ses contemplations, on serait porté à croire que l'intelligence

de Kalf devait être peu étendue; ce fut au contraire un des peintres hollandais les plus instruits et les plus

Page 1