‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 48 sur 239 · LA JEUNE FEMME MALADE · texte numérisé non relu

LA JEUNE FEMME MALADE

De retour à Dordrecht, Hoogstraten y ouvrit une école et partagea son temps entre la peinture,

l'enseignement et les belles-lettres. On peut croire, au surplus, d'après la rareté de ses tableaux, du moins

en Hollande, qu'il s'occupa beaucoup plus d'écrire que de peindre. En effet, dans les musées publics de la

Hollande, que nous avons tous visités, et plus d’une fois, nous n'avons vuque deux morceaux de Hoogstraten : le Grand Portique, de la Haye, et la Æemme malade, de la galerie Van der Hoop, à Amsterdam. Le premier de ces tableaux représente le vestibule d’un palais à colonnes, dans lequel se promène une dame élégamment vêtue de soie jaune, qui lit une lettre et qui est précédée de son épagneul. La dame, rejetée au troisième

plan, parait petite en proportion du cadre, qui a deux mètres et demi de hauteur, de sorte qu'il y a tout

ensemble trop d'importance pour un tableau d'architecture, et W'Op peu pour une scène familière, artiste n'ayant pas bien su s'il voulait peindre un Pierre de Hooch en grand ou un Terburg colossal. Faute d'avoir sacrifié la figure au fond ou le fond à le igure, il a manqué son effet: mais il a prouvé, du moins, qu'il savait manier une brosse et qu'il n'avait pas été pour rien l'élève de Rembrandt. Pierre de Hooch semble avoir préoccupé Hoogstraten, car il l'a imité de nouveau, mais Cn l'afaiblissant, dans le tableau de la Femme malade, composé à la facon de Jean Steen. Pâle et penchée, la Jeune femme est ainsi plus charmante

Jeut-être qu'elle ne le serait en pleine santé. Le médecin aux urines fait son inspection obligée, mais derrière

a malade, de manière à n'être pas vu d'elle, et à cette nuance délicate, on reconnait un peintre lettré, un

1omme du monde. La jupe bleue de la dame, légèrement glacée de jaune, tire sur le vert et S'harmonise par cela même avec son Corsage paille. L'habit noir du docteur, tranchant avec la blancheur du tablier et de la cornette, sert pour ainsi dire à épicer le clair-obscur du tableau : un tapis rouge le réchauffe et

des courtines vertes le terminent en reposant le regard, qui, enfin, S échappe par un escalier conduisant à

des pièces supérieures.

Houbraken s'est complaisamment étendu, comme on devait s'y attendre, sur la manière dont son maitre enscignait ; il nous a raconté en détail les espiégleries que les écoliers renouvellent partout et dans tous les temps. [nous à ditla douceur de Samuel, son indulgence, comment il corrigeait toujours sesélèves le crayon à la main, et combien étaient sages ses conseils. Ce qu'il recommandait sur toute chose, c'était la recherche de l'expression. Pour apprendre à ses disciples la théorie du geste, ilavait monté chez lui un petit théâtre où il leur faisait jouer et mimer soit des pièces de sa composition, soit les scènes historiques qu'il avait prises pour thèmes, et il leur enseignait la pantomime en les donnant ainsi en spectacle les uns aux autres. Il ne cessait de dire que le peintre doit raisonner toutes les parties de son œuvre, n'y rien mettre dont il ne puisse rendre compte, n'y introduire jamais des accessoires inutiles où des figures de remplissage. Ces leçons orales, Hoogstraten les a Consignées dans un livre très rare et très recherché en Hollande, qui a

pour titre : Zntroduction à la haute école de peinture, où le Wonde visible. L'auteur en avait écrit un autre,

qu'il appelait le Monde invisible, mais cette seconde partie de l'ouvrage, dont Houbraken avait vu le

manuscrit, ne fut jamais imprimée. La remière, le Monde visible, fut ubliée à Rotterdam en 1678, , | [

et celte année même, Hoogstraten mourut dans la ville où il était né.

CHARLES BLANC

DePMEeRRNEe ms NUAIRA\S INT RECHERCHES ET INDICATIONS Le titre hollandais de l'ouvrage de Hoogstraten est : Musée DE RorTrerbAM. — On Y conserve quelques dessins Inleyding tot de Hooge Sehoole der Schilder kousl, anders der du maitre. Zichtbare Waerelt. Rotterdam, 1678 : in-4°. GALERIE DU BELVÉDÈRE, À VIENNE. Vue de la place inté- Descamps a si mal traduit et si mal compris Houbraken, rieure du Palais impérial, prise du côté de la Cour des

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