‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 51 sur 239 · IMP+ POITEVIN ET CIE, UE DAMIETTE · texte numérisé non relu

IMP+ POITEVIN ET CIE, UE DAMIETTE

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NÉ EN 1631, — monrT EN 169$

| Adrien Van der Cabel est un de ces peintres | hollandais qui, à l'exemple de Gérard de Lairesse, | abandonnèrent la naïveté de l'école antérieure | pour courir à la recherche du style. La fin du dixseptième siècle et le commencement du dix-

huitième, furent marqués dans les Pays-Bas par

une tendance de tous les paysagistes à imiter la

manière du Poussin, de Claude et de Guaspre. Les uns adoptèrent cette manière italienne, parce qu'ils

s'inspirèrent des gravures el des tableaux pussi-

nesques, el aussi des eaux-fortes de Benedetto Cas- Q

tiglione ou de Salvator Rosa; les autres, parce qu'ayant voyagé dans leur jeunesse en ltalie, ils y firent

leur éducation de peintres. Au nombre de ces derniers se distingue Adrien Van der Cabel.

Le nom de ce peintre était ori

inairement Van der Joow, qui signifie corde; mais son maitre ayant

trouvé ce nom de mauvais augure ou tout au moins mal sonnant, lui persuada de le changer en celui

Kabel qui veut dire edôle. Il était né à Ryswick en 1634, et il fut le disciple de Jean Van Goyen, qui de

Leyde, élait venu se fixer à la Haye. Cet habile homme, ce peintre charmant ct profond que nous n'avons pas hésité à mettre sur la ligne de Jacques Ruysdael, était propre à former un paysagiste, mais non pas dans le sens où Van der Cabel s’est développé et s’est fait un nom. Tout au contraire, Van

Goyen n'enseignait qu'une chose, la contemplation de la nature; mais ce n'est là pour un paysagiste

u'une bonne méthode à suivre, ce n'est pas encore tout le secret. Pour étudier la nature, il faut des yeux de peintre, ou plutôt des yeux de poète, c'est-à-dire qu'il faut une âme, et c'est un don que de voi

la réalité même la plus vulgaire. Van der Cabel apprit chez son maitre tout ce qui s'apprend, le talent

étudier les choses et le talent de les rendre, mais il n'apprit pas l’art incommunicable de les sentir. Descamps, qui écrit d'après Houbraken et Campo Weyerman, dit que Van der Cabel, quand il se crut en état de vivre de son lalent, se mit en route pour l'Italie, mais qu'il n'alla pas plus loin que Lyon, où

il mourut. Or, nous savons, à n’en pas douter, que Van der Cabel alla jusqu'à Rome, qu'il y fut reçu

ans la bande académique des peintres flamands, allemands et hollandais, et qu'on le surnomma s de Vire

que déjà ses paysages avaient la teinte virgilienne qui les caractérise d'une manière si frappante, et

Corydon le spirituel. Ce nom d'un des bers

ile, donné à Van der Cabel, pourrait faire croire

‘pendant il est naturel de penser que c’est seulement durant son séjour à Rome que le peintre hollan-

ais prit ses allures classiques, et qu'il emprunta aux illustres Français dont le style dominait alors en

llalie, Poussin, Claude et le Guaspre, ces intentions de poésie dont tous ses table

ux portent l'empreinte si évidente. Toujours est-il qu'Adrien Van der Cabel diffère tellement de son maitre, que jamais on ne

soupçonnerait en lui un élève de Van Goyen. Autant l’un est naïf et simple, autant l'autre se manière.

Celui-ci trouve la poésie sans la chercher, dans le sentier qui mène au prochain village ou sur les bords d'un canal qui va se perdre au loin dans un horizon brumeux ; celui-là affecte la grandeur, recherche les sites les plus nobles, les arrange selon les lois d'une pondération connue et savante, ct il poursuit la poésie dans les bois comme Pan poursuivait Syrinx, mais la nymphe lui échappe et il ne saisit que des arbres et des roseaux. Non, rien n'est plus opposé au naturel exquis, à l'adorable bonhomie du batave Van Goyen, que le style factice de l'arcadien Van der Cabel.

On ne sait pas combien de temps ce paysagiste demeura en Italie, mais il est certain qu'il était de

retour en France à l'âge de trente-neuf ans. « J'ai une de ses gravures, dit Mariette, qui fait preuve que,

dès l'année 1670, il était à Lyon. » C'est à Lyon, en effet, que Van der Cabel se fixa, et qu'il mit en

œuvre les dessins innombrables et les innombrables études qu'il avait faites à Rome, tant d'après

nature que d'après le Guaspre et Salvator. Ces études devinrent des peintures, ces dessins des eauxfortes, et à voir le nombre de ses ouvrages et le soin qu'il apporta presque toujours à leur exécution, particulièrement quand il les gravait, on devrait penser qu'il eut une vie rangée et laborieuse : ce fut le contraire. L'existence de Van der Cabel fut désordonnée, décousue et malheureuse. « Il aurait vécu honorablement, s'il avait été moins crapuleux, » dit le bon Descamps, dans un style auquel M. de la Palisse ne trouverait certainement rien à redire. « Malgré le gain considérable que lui procurait son talent, ajoute ce biographe; il était trop souvent réduit à emprunter; ce peu de conduite el son ivrognerie l'ont exposé à plusieurs aventures quelquefois dangereuses et toujours honteuses. Il fut mis en

prison et n'en sortit qu'à force d'argent. Voilà la vie de ce peintre, ou plutôt l'histoire abrégée de ses

vices ; nous en passons les détails, qui ne sont ni intéressants ni exemplaires. » Pour nous, qui cherchons dans la vie des peintres beaucoup moins des exemples de vertu que des modèles de l'art, nous

avons à juger Van der Cabel, non pas d'après ses aclions, mais d'après ses œuvres.

En tant que peintre, cet habile artiste ne mérite pourtant pas toute la renommée qui s’est attachée à son nom. Inégal, comme devait l'être un homme en proie à l'ivrognerie et aux intermittences de la misère,

il a fait de bons et de mauvais tableaux, mais il n'en convint jamais, et ceux de ses ouvrages qu'il avait

négligés, élaient précisément ceux qu'il défendait avec le plus de zèle, laissant parler l'acheteur sur les

tableaux qu’il avait soignés et qui se défendaient eux-mêmes. Souvent sa peinture tombait dans un ton

rembruni que l'on attribue à l'emploi de mauvaises couleurs. et qu'il faut attribuer à un parti pris

d'imiter les paysagistes italiens, toujours plus sombres que les flamands. Mais ous ses (ableaux ‘n'avaient point cel aspect monotone et triste, et ceux où l’on peut lire clairement sa manière, se distinguent par les qualités de l'exécution. La touche en est large, facile et libre, la couleur en est vigoureuse, sans

dureté, et la présence de l'air y est rendue par la vaguesse du pinceau. Dans ces morceaux rares, Van

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