‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 52 sur 239 · SAINT BRUNO EN PRIÈRES · texte numérisé non relu

SAINT BRUNO EN PRIÈRES

der Cabel se rapproche des bons paysagistes de son pays, d'autant plus qu'il excelle à dessiner les arbres, à nuancer l'expression des feuilles, à débrouiller les plans de la campagne, à l'accidenter heureusement pour le plaisir des yeux, et à semer sur le devant du tableau ces belles plantes, étudiées avec soin,

contrastées avec art, qui forment la plus agréable avant-scène du paysage. Dessinateur élégant et cor-

rect, Cube] tire de son talent laut le parti que l'on en peut tirer; il a

it de jolies figures à l'ombre de ses plalanes, il mène boire à ses ruisseaux des troupeaux de vaches et de moutons: il précise la forme des rochers, il introduit dans les plans éloignés des fabriques en ruine dont l'assielle el la pers-

peetive sont irréprochables. D'où vient donc qu'avec tant de qualités diverses, Van der Cabel n'est pas

si

au premier rang des paysagisies hollandais ? Cela vient de ce qu'il n'a pas une manière de voir qui lui

soit propre. Or, rien n'est plus triste, en peinture, que l'absence d'originalité. Mieux vaudraient cent

fois les représentations de la chambre obscure ou celles, bien plus étonnantes, de la photographie, que

des paysages arrangés froidement au moyen d'études rapportées. La nature toute simple, prise même

au hasard, comme la saisirait l'œil d'un instrument d'optique, a bien plus de charme qu’elle n’en saurait

avoir quand on la regarde avec les lunettes d'autrui.

les

it tout sur place, en pleine campagne; quant aux figures et aux animaux, il les

arbre

plantes, les rochers,

abel, chose étrange ! ne peignit rien sans avoir consulté la nature : les

les fabriques, il fais

dessinait Loujours d'après le modèle; cependant son paysage, si vrai, si charmant dans le détail, est

lactice el froid dans l'ensemble. Ses pâtres s'appellent Tityre, Mélibée ou Corydon, comme on l'avait sur-

nommé lui-même. Ses arbres frémissent au souffle des vents de la fable, ses campagnes sont habitées ieux de la métamorphose, et de temps à autre, on y rencontre des mausolées couverts de

ers d'Ar-

cadie. Quelquefois, Van der Cabel imite Salvator, mais seulement dans sa manière tranquille. Taniôt il

par les

mousse et de lierre, semblables à celui que le grand Poussin a placé sur le chemin des ber

ione, tantôt il pense aux Carrache ou à Mola, et son

s'inspire des vives pastorales de Benedetto

tableau représente alors, au lieu du théâtre des églogues virgiliennes, la retraite sauvage des anacho-

rèles chrétiens, la solitude où saint Jérôme faisait pénitence, l'affreux désert tout hérissé de rochers

aigus et de sapins alpestres, où saint Bruno se consumait en prières. Mais le sentiment d'idéalilé qui

est répandu dans les pay s de Cabel est un sentiment d'emprunt, qui ne va pas droit à l'âme du

spectateur, parce qu'il ne vient pas directement de l'âme du peintre.

Considéré comme graveur, Van der Cabel me parait sans reproche. Il est impossible d'avoir une main

plus sûre et plus ferme, une touche plus légère ; il est difficile de mieux graver les terrains, les plantes, les écorces, de mieux exprimer les différences de feuillages. Ses eaux-fortes, habilement conduites et bien mordues ne visent point aux brillants effets du clair-obseur, ainsi que Bartsch l'a fait observer ; ce sont de simples dessins qui ont tout le caractère d'une improvisation savante, et qui se composant

d'études bien faites, agencées avec art, pourraient servir eux-mêmes de fonds inépuisables aux inven-

lions décoratives d'un paysagiste.

CHARLES BLANC

RECHERCHES ET INDICATIONS

Adrien Van der Cabel a gravé à l’eau-forte cinquante- Nous ne trouvons point de tableaux de Cabel dans les cinq pièces, qui ont ëlé fort bien décrites par Adam cataloc dessins fut vendu 1 Bartsch, dans le tome IV du Peintre-Graveur. à la vente Lempereur, en 1773. C'était un pay fini, à l'encre de Chine et au pinceau, avec figures et ani-

livres

es de vente. Un de sc

re très

tableaux de Van der Cabel sont rares «

maux en a point au Louvre ; mais il y en aund la Van der Cabel a signé ses tableaux du monogramme hèque de Munich ; il représente une contrée | ci-après : vec une maison de pierre sur le devant.

'RIMERIE DE CUARLES HÉRISSEY

. À ke, 0 use / peer 5

LUDOLF BAKHUIZEN

NÉ EN 1631. — mont Ex 1709

| - : — —— , Avant d'être un grand peintre de marines, Ludolf : ou Louis Bakhuizen élait un calligraphe renommé.

Jusqu'à l’âge de dix-neuf ans, il avait tenu la plume sous son père, qui élait secrétaire des Elals. Ayant quitté Embden, sa ville natale, pour aller s'établir à Amsterdam, sa belle écriture le fit rechercher, et comme il entendait à merveille la tenue des livres, il entra chez M. Barthelot, fameux négociant d'Amsterdam, pour y remplir ces prosaïques fonctions. Du reste, la

| calligraphie était alors, en Hollande, une profession 1 qui s'était presque élevée à la dignité d'un art, et ce qui le prouve, c’est que les maitres d'écriture étaient les amis des plus grands artistes. Rembrandt à gravé

deux fois le portrait du célèbre écrivain Coppenol, qu’il I PE 1 Visscher a

a par cela même immortalisé, et Corneille

7 fait, du portrait de ce calligraphe, le sujet d'une de ces belles estampes qu'il gravait avec tant de génie d’après son propre dessin. Il suffit au surplus d'avoir vu les exemples d'écriture que les Hollandais conservent aujourd'hui encore, pour comprendre qu'on à

pu jusqu’à un certain point considérer ces objets comme rentrant dans la dépendance du dessin. En 1852,

à la belle vente de portraits hollandais que fit un savant libraire d'Amsterdam, M. Frédéric Müller, nous eûmes sous les yeux quelques pages autographes de Coppenol, et en vérité ces morceaux de calligraphie nous firent un plaisir inattendu. Autant doivent paraitre insipides ces spirales insignifiantes qui ont la prétention de modeler jusqu'à des figures humaines, ces paraphes ronflants que nos maitres d'écriture muliplient sans raison et dans lesquels ils enchevètrent leurs majuscules et enroulent leurs culs-de-lampe, autant il est curieux de suivre la marche élégante d'une plume sûrement maniée, et de reconnaitre dans la forme des lettres l'accent d’une personnalité, et je ne sais quelle manifestation du caractère même des pensées que l'écriture exprime. La fermeté, la douceur, le gracieux abandon d'un tait de plume peuvent se rapporter à l'intention de la prose ou traduire le sentiment de la poésie que

le calligraphe tracera sur le papier, et par ce côté l’on peut dire que l'écriture est un art.

Pour en revenir à Bakhuizen, sa belle main le conduisit à écrire autre chose que des lettres de l'alphabet. Il se mit un jour à dessiner à la plume les navires qu'il voyait stationner dans le port d'Amsterdam, et bientôt il se trouva qu'il les dessinait fort bien, non seulement avec une fidélité scrupuleuse jusque dans les moindres dét

mais avec ces vives et souples indications de hachures qui annonçaient

éjà un graveur. Ce qui est surprenant, c'est que les premiers dessins de Bakhuizen trouvèrent des acheteurs empressés et qu'il arriva en peu de temps à vendre jusqu'à cent florins une de ces marines dont le principal mérile était l'imitalion précise d'un modèle immobile, comme l’est un vaisseau à

l'ancre ou un bäliment en construction dans le chantier. Ces succès l’enhardirent, et il prit la résolution

‘apprendre la peinture, ainsi que le lui conseillaient ses amis. Il entra done dans l'atelier d'Everdingen

qui, le voyant habile dessinateur et impatient de peindre, lui mit la palette à la main. Bakhuizen apprit

n fort peu de temps la pratique d’un art dont il avait pressenti les secrets, et il fut bien étonné quand

il vit son premier tableau jugé digne d'être payé dix florins. D'autres se seraient crus des maitres et

ès ce jour auraient dédaigné l'élude : Bakhuizen n'en fut que plus assidu au travail. Il voulut mériter l'honneur qu'on lui avait fait de rechercher ses premiers ouvrages et savoir à fond ce dont il ne savait

encore que les rudiments. Everdingen lui avait enseigné le métier de peintre et montré ce que lui-

même il entendait si bien ; mais ce paysagiste ne peignait que des torrents et des chutes d'eau, et c’élait la mer, la grande et terrible mer que Bakhuizen avait l'ambition de représenter dans ses lableaux.

Le genre des marines était cultivé alors, à Amsterdam, par un artiste qui est inconnu en France,

parce que ses œuvres y sont fort rares et que son nom ne se trouve dans aucune de nos biographies,

Henri Dubbels. Cet habile homme, dont nous avons vu des marines admirables au musée d'Amsterdam

et à celui de Copenhague, excellail à peindre la mer blonde du Nord, venant expirer sur le sable du

rivage en minces lames d'argent. Dubbels l'observait ordinairement à l'état de calme. Il se plaisait,

comme Van Goyen, à creuser sa toile jusqu'à des profondeurs infinies, et à faire sentir, par les dégra-

dations de la touche, le degré d'éloignement des navires. Ses ciels couverts, mais lég; ses eaux d’un ton gris de perle, doucement ondulées par la brise ou par le mouvement de la marée basse, sont tels que les auraient rendus le magique pinceau de Teniers, s'il eût été peintre de marines. Nul doute que Bakhuizen, devenu l'élève de Dubbels, n'ait beaucoup profité à son école. Toutefois il erut sentir que la nature l'instruisait encore mieux que son maitre et lui parlait plus éloquemment. Lorsque, du rivage, il regardait les nues amoncelées, le ciel sombre, et les vaisseaux entrer dans le port, menacés par l'orage grondant, il était surpris de voir son tableau tout fait; il comprenait qu'en présence de la mer, le peintre est dispensé d'inventer l'arrangement de ses drames, et qu'il lui suffit d’avoir des yeux, de la mémoire, et une âme ouverte aux fortes impressions que produisent les grands dangers.

Bakhuizen allait donc chaque jour s’enivrer du spectacle de la mer, et, pour l'avoir continuellement

devant les yeux, il avait choisi sa demeure dans le quartier d'Amsterdam qui regarde le Golfe qu'on

houleuse ; il l’observait avec plus

nomme l'Y. Mais à l'inverse de Dubbels, il préférait la mer agit

LUDOLF BAKHUIZEN (16314) 3

de passion, lorsque, soulevée par les ouragans, elle ballottait les plus grands vaisseaux et se brisait

sur la côte avec un bruit sinistre. Alors, afin de la mieux voir, il s'embarquait dans une chaloupe, il S'avançail hardiment assez loin pour effrayer les matelots qui le conduisaient, et là, sans écouter leurs prudents conseils, avec une intrépidité et un sang-froid que le seul amour de l'art peut inspirer, il étudiait les mouvements de la lame et ses tons changeants, il dévorait du regard les vagues menaçantes qui le couvraient de leur écume, les nuages déchirés par l'éclair, les vaisseaux penchés sur l'abime, et l'horizon lointain, lantôt éclairé par une lueur blafarde, tantôt perdu sous ces teintes obscures el lourdes, dans lesquelles se confondent le ciel et l'eau. Pénétré de la sublime horreur de ces terribles

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