‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 62 sur 239 · Un pays · texte numérisé non relu

Un pays

gros moucheron. Cette pièce est fort rare. Basan, qui la nous ne l'avons

mentionne, n'en dit pas autre chos jamais vue.

VENTE NEYMAN position très agr où des femmes viennent puiser de l'eau. Dessins de

1716. Deux paysages colorés. d'une com-

ble, dans lesquels on voit des fontaines

10 pouces sur 7. — 500 livres.

DE CHARLES HÉRISSEY

re)

— 4 G 1 774 { 4 s Cote Aollan USE. 402 -

NÉ EN 1633. — MonT EN 13101.

C'est la mer, c'est la mer; la mer calme et sereine, La mer aux premiers feux du jour,

Chantant et souriant comme une jeune reine, La mer blonde et pleine d'amour ;

La mer baisant le sable et parfumant la rive Du baume enivrant de ses flots,

Et bercant, sur sa gorge ondoyante et lascive,

Son peuple brun de matelots.

Guillaume Van de Velde le jeune a peint la mer avec amour, et c’est pour cela qu'il est un artiste si supérieur.

C'estpourcelaque deuxnationsde marins, passionnées pour

la mer, l'Angleterre et la Hollande, ont fait à Van de Velde la réputation d'avoir été le plus grand peintre de marines qui ait paru jusqu'à lui. Et, en effet, personne

n'avait aussi bien observé l'agitation des vagues, leur hrisement ou leur repos; personne n'avait mieux :

connu l'allure et les habitudes des marins, le gréement des navires et leur manœuvre et la variété de leur coupe, ce qu'ils ont de pittoresque quand ils sont groupés par le hasard, ou d'imposant quand ils sont isolés entre le ciel et l'eau, les lignes heureuses qu'ils présentent dans leurs raccourcis, lorsqu'ils se balancent lentement, prêts à fendre la mer. Personne n'a mieux senti le calme profond de l'Océan, ni mieux exprimé

l'inexprimable émotion que donne l'aspect des horizons à perte de vue, image de l'infini.

Un talent si consommé ne se montra pas tout à coup dans la famille «

le célèbre peintre d'animaux, et Guillaume le jeune étaient frères : celaest

il nous souvient d'avoir vu dans la galerie Bridgewater, chez lord Ellesm la mer, légérementagitée, éclairée par leslueursdusoir, est peinte par Guil figures sont de la main d'Adrien, ce qui semble confirmer la fraterni

exister entre ces deux artistes homonymes. Ce qui estcertain, c'estque le

du grand peintre de marines, était lui-même un dessinateur étonnant,

mots, puisque aussi bien c'esticiune occasion unique pour parler de lui. I

Comnie il aimait à voyager sur mer, dit Houbraken, il trouva moyen d

e Van de Velde. On eroit qu'Adrien, probable, et, pour ledire en passant, ere, une Plage de Scheveninque, dont aume, etdontles nombreuses petites é ou du moins la parenté qui à dû : vieux Guillaume Van de Velde, père dont il convient de dire quelques l'étaitde Leyde, oùil naquit en 1610.

‘entrer au service des États sur un

petit vaisseau léger qui sevvait à porter les ordres à la flotte. Connaissant à fond la construction des navires,

leurs agres, leur voilure, il entreprit de dessiner à la plume, sur du papier ou sur des toiles blanches, tous les vaisseaux de la rade, grands et petits, et il finit par réunir sur une seule toile des floites entières. Des qu'il entendait parler d'un combat qui allait se livrer, il s'embarquait aussitôt dans l'unique but d'assister à l'action et d'en représenter les mouvements avec plus de vérité. Pour utiliser ses talents et son courage, les États de Hollande firent équiper un brick avec ordre à celui qui le commandait de se porter sur tous les points que Van de Velde désignerait. On vit alors notre dessinateur courir bravement les périls d'un combat naval, aller et venir, se trouver au cœur de la flotte ennemie et regagner son poste. L'amiral Opdam fut

surpris de voir un homme exposer sa vie pour acquérir une autre gloire que celle des armes. Il fit diner

Van de Velde à son bord, et ce fut le jour même, deux heures après que Van de Velde se fut retiré, que le

vaisseau amiral sauta en l'air. En 1666, le dessinateur des États fut présent à la bataille navale que les

Anglais et les Hollandais se livrérent, en vue d'Ostende, sous les ordres de Monk et de Ruyter, bataille

terrible qui dura trois jours et où les deux flottes ne firent pas un mouvement qui ne fût dessiné par Van de

Velde avec une exactitude trouvée surprenante. Ces dessins, faits par ordre des États-Généraux, répandirent

un grand jour sur la manœuvre et la conduite de leurs officiers. Il parait mème que le bruit en vint jusqu'aux

Anglais. Charles IT appela Van de Velde à son service, et, après la mort de ce prince, il continua, sous

Jacques Il et pour sa cour, ces dessins officiels que les circonstances rendaient parfois doublement précieux Il mourut à Londres en 1693 et y fut enterré dans l'église Saint-Jacques, au quartier de Piceadilly.

Tel futle pére du peintre de marines dont nous éerivons l'histoire. La passion de celui-ci pour la mer et les vaisseaux, son érudition nautique étaient, comme on le voit, héréditaires. Guillaume Van de Velde le jeune naquit dans la même ville qu'Adrien, à Amsterdam, en 1633. Son vrai maitre futun peintre estimé, un graveui

, qui pratiquait le genre des marines. Le vieux Van de Velde n'avait pu

des plus habiles, Simon de Vlies enseigner à son fils queles éléments du dessin, carilnes'était adonnéque fort tardà la peinture etn'y avaitque wédiocrementréussi., Le choix qu'il fit de Simon de Vlieger était excellent; aussi les premières marines que le jeune homme envoya au vieux Guillaume, alors au service de la cour de Londres, étonnèrent toute la cour. Le roi Jacques ITen fut si content qu'il fit venir le jeune peintre à Londres en lui offrant une pension considérable. Dureste, comme la plupart des grands artistes, Guillaume Van de Velde atteignit tout de suite à ce hautdegré de perfection qui devaitillustrer sa mémoire. On a des tableaux signés de lui à la date de 1657, lorsqu'il était dans sa vingt-quatrième année, et même antérieurement à cette date, qui sont des ouvrages exquis, Sans aucun reproche, sans manière, de vrais chefs-d'œuvre où l'art est caché et la nature présente. Et, dès le principe, il laissa voirses préférences pour la représentation des calmes, de ces eaux tranquilles, aplanies, que font à peine sourire les haleines du vent, et qui, par un ciel pur, sous la clarté du soleil, ressemblent à un tapis de lumière

légèrement plissé sur ses bords

Avec bien peu de chose, Van de Velde faisait des merveilles. Sans disposer des nobles éléments que mettait en œuvre le génie de Claude Lorrain, sans avoir sous les yeux ces palaisitaliens dontles colonnädes avancées servaient de coulisse aux marines du grand peintre français, Guillaume Van de Velde savait repousser le fond de sa toile, et faire fuir l'Océan depuis le rivage jusqu'où l'horizon confine au ciel. Gette ligne plane de l'horizon opposée à des montagnes de nuages arrondis; la raideur des mâts et des haubans rachetée par la courbe des voiles plus ou moins enflées et par la cambrure des navires, telle est la simple combinaison qui

sufit à Van de Velde pour intéresser l'œil même de ceux qui n'ont jamais vu la mer. Si quelquelois un banc de

sable, un groupe de pêcheurs ou la tête d’une jetée en pilotis forme le repoussoir de sa composition, le plus souvent il ne commence sou tableau qu'au second plan, etne met au premier que les ondes un peu émues ou une bouée que ballotte la marée montante. de sorte que la plupart de ses toiles paraissent avoir été peintes, non pas du rivage, mais sur le pont d'un vaisseau à l'ancre. Eh bien ! avec des moyens en apparence si bornés, Guillaume Van de Velde a produit de ravissants tableaux, aussi piquants à l'œil que doux pour la pensée, etces tableaux font la joie de ceux qui aiment la peinture, les délices de ceux qui aiment la mer.

Le secret de ces impressions, c'est la vérité, la vérité poursuivie, rendue avec amour. Grâce aux plus persévérantes études, Van de Velde apossédéau plushautdegré possible chacunedes parties dontsecomposele

talent d'un peintre de marines. Les vaisseaux? il en connaissait à fond la manœuvre; il en savait par cœur les

Sabords, les poulies, les voiles, les cordages. Les distinguant au premier coup d'œil, lui-même, il les faisait

distinguer dans sa peinture par la diversité de leurs formes, oblongues, sveltes, ventrues ou aplaties, par la

différence de leur mâture etla grandeur des huniers, par les nuances de leurs voiles, tantôt d'un blanc écru, tantôtrembrunies et bistrées. Mais ce n'était pas seulement à ces détails qu’il les faisait reconnaitre, c'était à l'ensemble, à l'allure générale, au caractére, car iln'y à pas une seule espèce de navires qui n'en ait un bien tranché. Aussi comme il sentait, comme il exprimait bien la majesté des vaisseaux de ligne, l'élégance des frégates, la magnificence des yachts de l'amirauté, l’agilité des bricks, la coquetterie d’une goélette, la rudesse

d'un chasse-marée.

Les figures! Van de Velde les dessinait avec une naïveté charmante et les touchait avec beaucoup d'esprit. C'est mème un des côtés par où il est supérieur à Backuysen. Il avait si longtemps pratiqué les gens de mer! Il avait tant de fois observé leurs gestes, leurs mouvements, leur pied marin et cette attitude particulière que donne à la longue le continuel roulis des vaisseaux. Quant aux eaux de la mer, c'était à les peindre qu'il excellait surtout. La mer était pour Guillaume Van de Velde une maitresse adorée; il en aimaitles caprices, la mobilité fantasque, les caresses et la fureur. Cependant son humeur personnelle, son tempérament lui faisait

préférer les moments de calme. C'est alors qu'il imite les eaux de la mer avecun talent vraimentmagique, soit

w’elles présentent ces rides le

, cette faible oudulation qu'on appelle en Hollande Xabbeling, et qu'elles

‘ennent mourir à petit bruit sur le sable fin du rivage, soit que, plus agitées, elles soulèvent des franges d'écume qui se détachent avec des nuances nacrées sur le flane brun des navires. Ses eaux, transparentes el vraies, ne sont pas d'un ton cru de vertet de bleu comme celles de la Méditerranée; elles sont jaunâtres et blondes comme les mers du Nord: la teinte en est généralement froide, à moins qu'elles ne soient réchauffées jar un rayon doré du soleil couchant.

Ajoutons que ces belles marines de Guillaume Van de Velde sont couronnées par des ciels resplendissant(s de

umière, légers, argentins et vraiment séparés de l'œil par les plaines incommensurables de l'air. Les nuages

qui jouentnécessairement un si grand rôle dans ces sortes de tableaux, puisque de la forme que leur donne le

eintre dépendent l'agencement des lignes et leur agréable variété, les nuages, disons-nous, sont dans les tableaux de Van de Velde, d'une beauté rare. Non seulement les groupes en sont heureux, adroitement contrastés: non seulement la tournure en est bien choisie et ils ne sont jamais d'une bizarrerie insigniliante ; mais ils paraissent d'une admirable légèreté : on les voit se moux oir comme ceux qui traversent les paysages de Ruysdael et quand leurs bords éclairés franchement par le soleil les enlèventsur un fond d'azur, on croit sentir que ce fond va disparaitre sur un point, pour reparaitre bientôt sur un autre. Mais aussi quelle observation profonde, constante, et que de soins pour arriver à une telle perfection! « Personne, dit Gilpin® n'a mieux connu les effets du ciel ni ne les a étudiés avec plus d'attention que Van de Velde le jeune. Il n'y à que quelques années que vivaitencore un vieux batelier de la Tamise qui l'avait souvent conduit dans son bateau sur les différentes parties de la rivière, pour observer les apparences variées du ciel. Get homme racontaitque Yan de Velde sortait par toute espèce de temps, beau ou mauvais, etqu'il prenaitavec lui de grandes feuilles de papier bleu qu'il couvrait de noir et de blanc. Un artiste sentira facilement l'intention de ce procédé. Van de

Velde appelait, dans son lang

ge hollandais, ces expéditions going a showing, aller faire la revue du ciel.

Horace Walpole, dans ses Anecdotes sur la peinture, nous apprend que la pension donnée par Charles I à

Guillaume Van de Velde le jeune était de cent livres sterling, comme celle de son père. Un antiquaire,

M. Riwalson, trouva même, au siècle dernier, l'original du sceau privé qui établissait les pensions du père etdu ils, etcommuniqua ce précieux manuserità M. Vertue, quiavait rassemblé les matériaux avec lesquels Walpole a fait sonlivre. On y voit que Guillaume le père devait dessiner pour l'usage particulier du roi, moyennant cent livres par an, les batailles navales (sea-/ights), et que Guillaume le jeune était chargé de passer en couleur les

mêmes dessins, aux mêmes conditions. Les termes de cette ordonnance de comptant? semblent dire que le fils

! William Gilpin, Trois essais sur le beau pittoresque, Sur les voyages pittoresques et sur l'art d'esquisser le paysage. Traduit de l'anglais par M. de Blumenstein. Breslau, 1799. Cet opuscule est excellent et rare. 2 ]] n'est pas sans intérêt de rapporter ici les propres termes de celte ordonnance : « Charles, the second, by the

« grace of God... ele. Whereas wee have thought fit to allow the salary of one hundred pounds per annum unto. W. Vau

n'étaitoecupé que du coloriage des dessins du père; mais peut-être faut-il interpréterautrement ces expressions putling into colours, etcroire qu’elles serapportent au talent qu'avait Guillaume le fils de peindre des marines, quandle père ne savaitque les dessiner. C'esten l'année 1675, que fut constituée aux Van de Velde cette double pension, et cette date est précieuse, puisqu'elle nous indique à peu près l'époque où le peintre dut quitter Amsterdam pour venir s'établir à Londres. Il avait alors quarante-deux ans.

La résidence que le père et le fils s'étaient choisie à Londres était on ne peut plus favorable aux exigences

de leur art et d'accord avecleurshabitudes. Logés à Greenwich, surla Tamise, ils avaient sans cesse devant les

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