LA FLOTILLE
yeux l'immense et continuel mouvement de navires qui se lait en cet endroit du fleuve. Aussi quelle connaissance approfondie de tous lesusages nautiques, des moindres formalités de la mer! Quelle exactitude et que de charme dans l'observation de ces détails! On peut dire de Van de Velde, au sujet des vaisseaux, ce que
l'on ditde Ruysdael au sujetdes arbres. De même que le grand paysagiste ne met point le feuillé d'un frêne sur
de Velde the elder for taking and making draughis ot seafights ; and the like salary, of one hundred pounds pet eannum unto W. Van de Velde the younger, for putting the said draughts into colours, for our particular use; our will
« and pleasure, and we do hereby authorize and require you, to issue your orders for the present and future establishment
<of the said salaries to the afore said W. Van de Velde and W. Van de Velde the younger, {o be paid unto them and
« either of (hem, during our pleasure, and for so doing these our letters shall be your sufficient Warrant and discharge Given unde our privy-scal at our pallace of Westminster, the 20t day of february in the 264 year of our reign. Anecdotes of painting in England. London, 1762-63. — Charles IL ayant commencé à dater son règne de l’année 1649, où
périt Charles Ie", la vingt-sixième année, dont il est parlé ici, doit être prise pour 1675.
les branches d'un tilleul, de mème l'excellent peintre de #arines n'atlacherait pas les voiles d'une goélette à la mâture d'un brick. C'est faire, pour ainsi parler, tout un cours de navigation que de parcourir l'œuvre de Van de Velde.
Ici c'est une frégate en partance*. Le vent parait fraichir, mais la mer, quoiqu'un peu agitée, déroule dans l'immensitésesrassurants horizons. Un vaisseau à trois ponts est à l'ancre. Surle second plan une frégatearmée,
toutes ses voiles dehors, s'apprête à £
sers fait
1er le large. L'ancre est levée; un ponton couvert de pass
force de rames vers la frégate, qui n'attend pour partir que leur arrivée. Au loin apparaissent des navires
e différentes grandeurs, qui vont se dérober à la vue. La frégate qui fait l'objet du tableau est dessinée et
einte avec une complaisance rare en ses menus détails. Et cette complaisance, qui serait déplacée dans
a représentation d'une tempête, devient ici une qualité charmante ; car si vous êtes, comme le peintre, un
es spectateurs de la rive, si vous n'avez aueun ami, aucun intérêt de cœur sur la frégate qui va s'enfoncer
ans les profondeurs de l'espace, il est naturel que vous admiriez toutes les beautés des navires, les sculp-
tures dont il est orné à l'avant, l'ordre qui rès
ie partout, le poli des mâts, les agrès, le cuivre de la carène
ui étincelle en reflets d'or; en un mot, tout le harnachement de ce coursier de bois et d'airain qui, avant
e traverser les mers, s'est lustré et fait beau pour le départ. — Là c'est un superbe yacht de l'amirauté,
culpté aux armes d'Amsterdam, portant pavillon amiral à l'arrière. Il passe entre deux vaisseaux de guerre
ui le saluent d'un coup de canon et auxquels il rend le salut. Van de Velde imite ici parfaitement la vapeur
anche de la poudre. On la voit glisser sur la surface plane des eaux et promener sa masse arrondie qui
“ontraste avec la ligne droite de la mer. De beaux nuages, en se mouvant dans le ciel, jettent sur l'Océan
es ombres mobiles, et y produisent des oppositions piquantes. Les artifices du elair-obseur venant ainsi
onner de l'animation à une scène où tout demeure tranquille, l'œil est réjoui, l'attention est éveillée, sans
ue l'âme du spectateur soit tirée du calme profond que le peintre a voulu lui inspirer. Mais tout à coup le soleil se couvre, la mer, si gaie tout à l'heure, commence à mugir: le vent gronde et
:s sombres et noirs semble unir l'eau et le ciel; voici venir du nord-ouest un
déjà une longue zone de nu ouragan furieux. Nous sommes à l'entrée du Texel. Des navires grands et petits luttent contre la violence du vent, ets’elforcent de gagner le port. Parmi ces vaisseaux passe un paquebot éclairé par une lueur instantanée
du soleil et éclaboussé parles vagues écumantes. Un autre rayon intermittent du soleil fait voir les côtes unies
e la Hollande, dontle ton gris et délicat faitopposition aux sombresecouleurs dureste; eticila touche du peintre est d'accord avec le caractère du sujet. Ge n'est plus l'exécution complaisante et perlée des tableaux qui représentent des calmes, c'est un pinceau plus frane et plus large qui déchire les nuages, blanchit les voiles, exprime hardiment l'écume des flots et s'agite enfin comme la mer
IL faut le dire, cependant, c'est par exception que Guillaume Van de Velde à peint la tempête ; encore l'a-t-il
représentée de préférence quand elle estsur le point d'éclater. Ce sont plutôt les approches de la tempête que la
tempête elle-même, et peut-être est-ce bien là le côté le plus poétique, parce que l'imagination du spectateur s'échaulTe alors et se remue pour terminer la scène. Ainsi, dans un des huit tableaux que renferme le cabinet de sir Robert Peel, on voit une mer fortement soulevée sur laquelle un nuage suspendu très bas jette des ombres noires, quimenacent d'une façon terrible de pauvres barques de pêcheurs, et qui, suivant la remarque de M. Waagen, rappellent fortement ce vers d'Homère : £t du haut des cieux la nuit plongea sur la terre. On ne peut se défendre d'un grand sentiment d'anxiété à la vue de ces frèles bateaux agités entre le nuage qui
descend et les vagues qui montent. Mais, encore une fois, Van de Velde sort de sa nature quand ilreprésente la
tempête; il est plus fidèle à son humeur en peignant la mer calme. C'est devant ces tranquilles plaines qu'il se plait à mettre en œuvre les simples éléments deses grands effets, la ligne de l'horizon, les nuages formant comme des chaines de montagnes et la voilure de quelques bâtiments. D'autres ont cherché dans leurs compositions à remplir l'espace; Van de Velde, lui, cherche à le peindre. Ouvrir l'immensité dans une toile de
chevalet, dérouler l'infini sur une surface plane, telle est sa préoccupation, ou plutôt tel est son génie, Pour
‘ Ce tableau faisait partie de la vente Héris de Bruxelles ; on le nommait, au catalogue, le Zuiderzée.
Pour cela il a passé sa vie sur l’eau ; il s'est fait un atelier des mouvantes chaloupes qui le conduisaient en
pleine mer pour voir de près calfater le vaisseau de Ruyter!, ou sur lesquelles il descendait la Tamise pour aller rendre sa visite presque quotidienne à ses amis familiers, les flots de l'Océan. Aux yeux de Guillaume Van de Velde, la mer n'est point le personnage classique et convenu que l'on peut se représenter par un dieu vénérable à la barbe limoneuse ; c'est l'Océan tel que la nature le fit, avec toutes les passions d'un
être animé, avec toute l'irritabilité d'un monstre aveugle, avec la sensibilité et les apparences de la vie.