‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 68 sur 239 · GE VS · texte numérisé non relu

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Ce TO ne nas FRANCOIS MIÉRIS (LE VIEUX)

Gabriel Metsu nous a introduits déjà dans l'intérieur des apparlements du riche bourgeois hollandais. Nous savons comment les

dames s’habillent en leur négligé du matin, quelle robe de soie elles

meltentvers le midi, pour prendreleurleçon declavecin, etles v isites que leur fontalorsles militaires galants ou les jeunes cavaliers vêtus de noir. François Miéris va nous montrer une seconde fois ce monde élégant, ce renfort de la vie intime, ces meubles ouvrés, ces lustres polis, ces beaux verres où chatoient des liqueurs dorées ; il va nous peindre, à sa manière, avec certaines nuances qui lui sont propres, des mœurs qui cependant ne furent pas les siennes ; caril y eut cela de singulier dans l'existence de François Miéris, que sa peinture lraduisit des pensées délicates, quand ses habitudes ne l'étaient point. Ses œuvres, au lieu de trahir sa vie, la dissimulèrent. Ce peintre célèbre était fils d’un lapidaire. Il naquit à Leyde, le EAU T PT + 16 avril de l’année 1635. « Voyant son goût pour la peinture, dit Houbraken, son père le mit chez Abraham Torenvliet, fameux peintre sur verre et bon dessinateur. De là

il passa dans l’école de Gérard Dow, où en fort peu de temps il éclipsa ses compagnons et gagna par là l'affection du maître qui aimait à l'appeler le prince de ses disciples. Au bout de quelques années, le père de François Miéris le fit entrer chez Abraham Van Tempel, peintre d'histoire; mais il n'y demeura pas

longtemps, son goût naturel ne lui permettant pas de suivre une autre manière de peindre que celle de £ f !

Gérard Dow, manière extrêmement finie, qui demande une attention et des soins excess

C'était un homme d'un esprit ouvert et large qu'Abraham Tempel, à en juger par les tableaux que nous avons vus de lui à La Haye.Ses portraits en pied ont ane grande tournure, et il était fait pour inspirer à Miéris le goût de la peinture historique, mais ce qui prouve que l'élève de Gérard Dow avait tout de suite reconnu son propre tempérament dans celui de son premier maitre, c'est qu'il laissa échapper l'occasion qui s’offrait à lui d'agrandir son style, j'allais dire ses pensées. I retourna done chez Gérard Dow et continua de travailler sous ses yeux avec la modestie d'un élève, car l'influence de ce peintre était si grande sur l'esprit de Miéris que celui-ci recommençait à prendre ses conseils, bien qu'il fût assez habile déjà pour s'en passer. Cependant il y avait à Leyde des amateurs qui admiraient le disciple de Gérard Dow et lui exprimaient leur étonnement de ne pas le voir secouer la poussière des écoles, alors qu'il était lui-même passé maitre. C'étaient des amis, il est vrai, qui lui tenaient ce langage, entre autres les sieurs Wredenburg, Gérards, et le professeur Silvius, et il aurait pu se défier de leurs éloges, mais l'un d'eux, Silvius, ne s’en tint pas aux louanges, il déclara au jeune peintre qu'il retenait d'avance tous les tableaux qui sortiraient de sa main, ou du moins qu'il demandait à les avoir par préférence, au prix qu'en donneraient les autres amateurs.

Une proposition aussi flatteuse détermina Miéris à peindre désormais chez lui, et bientôt, grâce à l'amitié

de Silvius, il eut une éclatante occasion de se montrer. L'archidue Léopold Guillaume aimait passionnément

la peinture. Silvius lui persuada aisément de commander un tableau à François Miéris, lui promettant un chef-d'œuvre. Le peintre fit honneur à la parole de son ami. C'est alors en effet qu'il peignit le tableau si célèbre en Allemagne sous le nom de {4 Marchande de soieries (Die Seidenhandlerinn), et qui est vraiment un des bijoux de l'art. Tout ce que lui avait enseigné Gérard Dow, Miéris le mit dans cet ouvrage ; il sut rendre parfaitement les riches étoffes dans la variété de leurs nuances et de leur aspect: le taffetas, le satin, le velours; il sut ménager la lumière, comme il convient pour faire valoir les figures d'un intérieur et faire briller les objets les plus intéressants, tout en laissant le reste dans une ombre pleine de transparenceet de profondeur ; par les artifices de son pinceau, on y pouvait reconnaitre au premier coup d'œil les substances de diverse nature, le duvet des plumes comme le poli de l'acier; on y pouvait toucher du doigt le poil soyeux d'un épagneul aussi bien que la riche trame d'un tapis d'Orient. Miéris sut enfin donner aux acteurs d’une scène empruntée à la vie ordinaire toute la finesse d'expression nécessaire pour relever la simplicité d'un tel motif et ajouter du piquant à un intérêt aussi mince.

Le tableau destiné à l'archidue représentait donc un magasin de soieries tenu par une jeune femme gracieuse et d'une beauté ravissante. Un gentilhomme élégamment vêtu, portant des plumes à son feutre et une épée au côté, est entré dans ce magasin ; mais voyant au comploir une femme aussi belle, il ne peut s'empêcher delui passer délicatement la main sousle menton, avec l'affable impertinence d'un grand seigneur, et tandis que la jeune dame, un peu embarrassée, rougit en souriant et continue d'étaler ses pièces de soie, le

gentilhomme parait moins oceupé de la beauté des étoffes qu'ilest venu choisir que des grâces de la femme

qui les lui montre. Au fond du magasin, devant une haute cheminée, se tient un homme assis, qui est sans

doute le mari jaloux de la marchande. Il à saisi du coin de l’œil le geste du gentilhomme, mais n'osant faire

un éclat devant un aussi noble chaland, il se contente de menacer du doigt sa geste qui promet une scène pour la soirée. L’archidue fut ravi de son tableau: il proposer à Miéris une pension de mille riksdallers, s'il voulait se rendre à Vienr

cour où ses ouvrages lui seraient largement payés. Miéris refusa poliment, en «

n'osait pas déplaire à sa femme, à qui ce voyage ne souriait point.

Depuis lors, le peintre de Leyde se vit recherché par tous les amateurs. C'éta

au poids de l'or. On se disputait son temps. Le sieur Corneille Praats, dont le fi

trop jolie femme, par un e paya mille florins et fi 1e et y travailler pour la

onnant pour excuse qu'il

it à qui aurait ses travaux s était échevin de la ville

de Leyde, et qui avait lui-même pris quelques leçons de François Miéris, fit avec lui la convention de lui payer un ducat d'or par heure, pendant tout le temps qu'il mettrait à peindre un tableau qui représentait un Evanouissement de jeune fille. Miéris exécuta ce tableau dans la maison même de Corneille Praats, le init précieusement et n'y gagna pas moins de quinze cents florins. Le grand-duc de Toscane étant venu à Leyde, vit cet ouvrage eten fut si charmé qu'il en offrit à Corneille Praats trois mille florins ; mais l’heureux

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