LA FEMME AU PERROQUET
degré au-dessus d'un tel fini. Le plus difficile en peinture n’est pas de finir, si l’on entend par cette expression la fonte des couleurs, le poli qu'on obtient avec de la patience et un blaireau, l’extrême soin donné à tous les détails et une certaine propreté de pinceau qui n’est égayée par aucune négligence, par
et aussi par cette marche savante qui fait sentir partout les méplats de la chair, la présence des os et des tendons. Jamais la recherche du procédé matériel n'avait été poussée plus loin; jamais aussi tant de métier ne s'était trouvé réuni à plus de sentiment; car, si l’on admirait ces tours de force de Bervic, ces lignes brisées régulièrement, interrompues par des points d’une parfaite rondeur, et semblables aux grains inégaux d’un chapelet, c’est que la justesse du modelé ne souffrait en rien de ces coquetteries, de cette ostentation du métier.
aucun laissé. Plusieurs maîtres Hollandais ont interprété de la sorte ce qu'on appelait alors le beau fini et c’est ainsi que l’a compris trop souvent le vulgaire des amateurs. Mais finir, c'est précisément dissimuler le fini, c'est mettre à son ouvrage la dernière main en cachant la peine qu'il a coûtée, je veux dire en l’animant par des touches expressives qui lui prêtent un air de franchise et de liberté. Finir, c’est ôter par des coups de pinceau légers, spirituels, éloquents parfois, cette propreté fade, cette uniformité qui communiquerait au spectateur l'ennui qu’elles ont dû procurer au peintre. Finir, c'est caractériser un plan, nuancer un contour, donner enfin aux objets essentiels d’un tableau, par exemple aux méplats du
visage ou à l'expression d'une main, ce dernier accent qui est la vie.
CHARLES BLANC
Les triomphes du burin se continuèrent sous la Restauration; un moment ils furent troublés par l'invasion du romantisme, amenant avec lui la fantaisie, la couleur. Le Naufrage de la Méduse fut gravé à la manière noire par Reynolds; bientôt après’ la Patrouille de Smyrne fit penser à Rembrandt; on s’informa des méthodes de ce grand peintre plutôt que de son génie ; les innovations, les variantes, les procédés expéditifs faisaient fureur; mais, au milieu de ce mouvement, la tradition des maitres illustres était continuée par les Desnoyers, les Tardieu, les Richomme. Le premier, s'attaquant à Raphaël, l'avait rendu avec un sentiment admirable dans la Belle Jardinière ; le second avait pris rang parmi les maîtres par son beau portrait du comte d’Arundel, d'après Van Dyck, et par la Communion de saint Jérôme, où il avait conservé toute la puissance, toute l'expression dun Dominiquin, le troisième avait osé se mesurer avec Édelinck lui-même dans l'interprétation d’un chef-d'œuvre de Raphaël, et n'avait été vaincu que par le prince de la gravure. Il fallut un graveur à l’austère M. Ingres; il le trouva aussi pur, aussi savant et aussi maitre qu'il le pouvait désirer dans M. Calametta, artiste romain naturalisé français, dont la taille fière s'assouplit, quand il le faut, à des travaux tendres et d'un goût exquis, aujourd'hui fondateur d’une grande école de gravure à 3ruxelles, qui sera pour lui une seconde illustration. M. Forster fit faire au burin des évolutions merveilleuses et se signala par une grande habileté d'exécution.
Quant aux élèves de Bervic, ils se dispersèrent; les uns, comme M. Prévost, surent mêler avec beaucoup d'adresse et de bonheur les divers procédés qui pouvaient mener à bien les colossales planches de l'œuvre de Léopold Robert; les autres, tels que M. Henriquel Dupont, restèrent plus fidèles à la manière qui les avait mis en renom.
sut allier au plus haut degré le respect de la tradition avec les caprices de l'indépendance. Plein
L'auteur de Gustave Was:
d'esprit, plein de sentiment dans ses élégantes façons de couper le cuivre, M. Henriquel Dupont montra qu'on pouvait se jouer mème de la gravité du burin. Tantôt il discipline ses tailles el entame sa planche comme ferait le doyen d'âge de l'Académie ;
tantôt il les disperse en un point lumineux, sauf à les raccorder comme bon lui semble, sans être embarrassé le moins du monde des accidents qu'il rencontre sur son chemin. A l'écart, enfin, se tient un artiste qui, pensant que dans la gravure le dessin est tout et le métier peu de chose, se sert indifféremment ou d’un simple badinage de pointe ou d’une taille savante, demeurant, sous toutes les formes, un dessinateur de premier ordre; je veux parler de M. Mercuri, auteur de la Sainte Amélie et des Moissonneurs.
C'est à ce point qu'en est aujourd’hui la gravure en France, et, il faut le dire, à travers toutes les influences qu’elle a subies elle est encore supérieure à celle de toutes les nations de l'Europe, malgré le mérite éminent des Toschi, des Jesi et des Longhi. Cultivée par les maîtres dont nous venons de parler, la gravure est un art vraiment précieux, qui popularise les œuvres du génie,
et sans lequel la peinture ne pourrait vivre longtemps. Avant qu'il n'existe plus dans le monde une seule épreuve de Marc
Antoine, les fresques de Raphaël auront péri peut-être ou se seront écroulées avec les murailles qu’elles décorent. Car c’est la
gravure qui donne aux chefs-d'œuvre l'étendue et la durée, c’est sur l’airain du graveur qu'est buriné, pour un grand peintre,
le brevet de son immortalité
CHARLES BLANC
RECMERCRES ET INDICATIONS.
Un maître qui n’a vécu que quarante-six ans, et qui à fini avec tant de soin ses ouvrages, n'a pu en produire un trèsgrand nombre. Smith, dans son Catalogue raisonné of the most eminent dutch, flemish and french peinters, compte 156 peintures connues de Miéris. Nous allons indiquer ici les principaux musées ou cabinets de l’Europe où se trouvent ces précieuses peintures.
Musée pu Louvre : Quatre tableaux de Miéris, fort mal expertisés aux époques de 1810 et de 1816.
Une femme à sa toilette. Elle est servie par une négresse. Estimée sous l’Empire 4,000 francs; sous la Restauration, 5,000 francs.
Deux femmes vêétues de satin prenant le thé, dans un salon orné de statues. Tableau d’un fini désespérant. 800 francs et 2,500 francs.
Intérieur d'un ménage. 4,500 francs et 3,000 francs.
Portrait d'homme. Signé : F. Van Miéris. 4,000 francs et 3,000 francs.
Il n’est pas douteux qu'aujourd'hui ces tableaux de Miéris atteindraient dans une vente publique un prix dix fois supé— rieur à celui de cette expertise.
BELvÉDÈRE À VIENNE : Une jeune femme malade à laquelle un médecin tâte le pouls. Petites figures jusqu'aux genoux. Signé : Fransz Miéris f. 1656.
Le Magasin de soieries. Une femme montre des étoffes à un cavalier qui lui caresse le menton. Signé : F. Van Miéris, 1660,
Piacoraëque pe Munrcu : Seize Miéris, parmi lesquels on remarque son portrait où il s’est coiffé d'un bonnet rouge paré de plumes d'autruche. Une dame jouant avec son perroquet, une autre avec son chien, un Déjeuner d'huîtres, et enfin le célèbre tableau connu sous le nom de la Femme malade, un de ses 'chefs-d'œuvre. On y voit une dame évanouie devant son médecin. C’est un sujet que Miéris a traité plusieurs fois, ainsi que la femme au perroquet et celle au chien.
Gazertæ DE Drespe : On y compte douze tableaux du maître. Nous citerons dans le nombre : la Diseuse de bonne aventure. C'est une adorable chose. Une courtisane vètue de satin mauve écoute non pas précisément la bonne aventure, mais les propositions d’une duègne. Cette courtisane est d’une beauté et d’une grâce incomparables. — Le Drouineur. C’est une composition de plusieurs figures. Un jeune mihtaire fumant sa pipe. Un Atelier de peintre. Miéris y est représenté avec sa femme, dont le portrait est ébauché sur une toile. Autre Atelier de peintre. L'artiste, une palette à la main, est à côté d’un visiteur qui examine un tableau com-
mencé.
Musée D'AmsrERDAM : Une dame assise, occupée à écrire une lettre. Un valet attend ses ordres.
Une dame pince de la guitare à la lueur d’une lampe.
Musée RoyAL DE LA Haye : Le Peintre et sa femme. — Portrait d'Horace Schuil, professeur de botanique à Leyde. Un enfant qui fait des bulles de savon.
L’Ermrace A SainT-PÉrenssour@ : Le Lever hollandais. Une femme qui se lève reçoit les gentillesses de son petit
chien. Le Peintre et sa femme en grisaille.
GALERIE DE LEUCHTENBERG : Une femme tient une cage ou-
verte sur une table et rend la liberté à un oïseau. — Une dame se promène sur la terrasse d'un jardin accompagnée par un cavalier qui tient son chapeau à la main et suivie d’un petit chien. Peint sur bois et signé : F. Van Müiéris, 1675. Ces deux tableaux ont été gravés à l’eau-forte par Muxel.
GALERIE DE FLORENCE : La Dormeuse. — Le Jeune homme au bocal. — Un vieillard offrant de l'argent à une jeune femme. — Le Portrait du peintre.
Musée DE Monrrgcier : L'Enfleuse de perles. Une jeune dame assise devant une table couverte d’un riche tapis; à gauche, dans la demi-teinte, une jeune camériste.
Cherchons maintenant les beaux Miéris qui se trouvent dans les plus célèbres cabinets.
Cozcecrion sir Roperr PEec : Une femme assise donne à manger à son perroquet. (est le tableau célèbre sous le nom de Corset rouge. Ce tableau a passé par les cabinets Gaignat et Praslin. Il fut acheté par sir Robert Peel 305 guinées, 7,930 francs.
GALERIE BripGewaTer : Une jeune femme à sa toilette vêtue d’une casaque de satin bleu noue son bonnet sous son menton.
Un intérieur. On y voit une rieuse et un enfant à côté d'elle.
Le Portrait du peintre. Il est tiré des collections de Saint- Victor et Pourtalès. Nous le croyons douteux, d’autant que M. Vaagen ne le cite point et que le même tableau se trouve à Munich.
La reine d'Angleterre possède, dans le BuoxnGuAm PALAcE, quatre Miéri
Un enfant faisant des espiègleries, daté de 1663. Une répétition de cette peinture se voit à La Haye.
Une femme au perroquet. C’est encore un corset rouge comme celui de Munich et de sir Robert Peel.
Un fumeur. Une jeune fille lui présente un verre de vin. Figures à mi-corps.
Miéris et sa femme. Le peintre tire les oreilles d’un petit chien qui est sur les genoux de sa femme, sur le devant est la mère du petit chien.
Cozrecrion Ta. Hore: Un gentilhomme coiffé d’une barrette brune à plumes bleues, en habit de soie vert olive; devant lui un bocal rempli de vin, un violon sur l'appui de la fenêtre. Une jeune fille vue de dos inscrit la dépense. Ce tableau est daté de 1660. C’est un des chefs-d’œuvre du maître.
GALERIE DU MARQUIS DE Bure à Sutonhouse. La Lettre découverte. Une mère reproche à sa fille en pleurs une lettre qu’elle vient de saisir.
Les dessins de François Miéris sont très-rares. Ils sont extrèmement finis. On connaît de lui des études de têtes des— sinées à la pierre noire avec le plus grand soin. Souvent elles ité des chairs, le rendu es tableaux.
sont lavées à l'encre de Chine; la v des étoffes
François Miéris a eu pour élèves Pierre Lermans, Karel de Moor et ses deux fils Jean et Guillaume Miéris, ce dernier appelé le jeune Miéris. Il y avait encore, au siècle dernier, un petit-fils du vieux Miéris, qui était élève de son père Guillaume,
?y remarquent comme dans s
et qui est auteur de plusieurs ouvrages dont lui-même fit passer la liste à d'Argenville à qui nous l’empruntons
Description des Sceaux épiscopauæ et des Monnaies des évêques d'Utrecht.
Histoire des Princes de la maison de Bavière, de Bourgogne et d'Autriche qui ont été souverains dans les Pays-Bas. Trois volumes in-folio, avec plus de mille médailles dessinées par l'auteur, d'après les originaux, et gravées par les plus habiles
graveurs.
Chronique de Hollande par un clerc des Pays-Bas. Leiden, 1740, 1744.
Chronique d'Anvers. Leiden, 1743, 1744.
Dissertations sur le droit féodal en Hollande. Leiden, 1748. In-8.
Le Grand Livre des Chartes des Comtes de Hollande. Leiden, 1753. Quatre volumes in-folio.
Les Priviléges et coutumes du pays de Delfsand, etc.
Les graveurs qui ont reproduit les ouvrages de Miéris sont assez nombreux. Voici ceux qui valent la peine d’être mentionnés, avec l’indication des morceaux qu'ils ont gravés :
Bary. La Femme ivre endormie.
Le Lever hollandais, le de
nière, la Méridienne hollandaise.
3asan. Déjeuner hollandais, l'Ou-
vrière en dentelles, l’ancienne galerie de Brubl, la Jardi-
Blooteling. Le Portrait de Miéris en manière noire
Greenwood a gravé dans cette manière le Portrait de Miéris
et de sa femme avec un pelit chien.
Igonnet. La Pourvoyeuse flamande.
Migneret. La jeune Fenvme faisant l'aumône.
Haïd. Le Trompette attendant ses ordres, du cabinet Burghauss: le Chirurgien, du cabinet Kiesow à Augsbourg.
Vilain. Le rence
jeune Homme au bocal, de la galerie de Flo-
Wille a gravé, comme étant de Miéris, la Tricoteuse hollan— daise, qui a été quelquefois attribuée à Netscher. L'Observateur distrait, du cabinet de Paten, la Cuisinière hollandaise.
Nous relevons ici pour les amateurs, dans les divers cata
logues, e sont élevés les plus beaux Miéris
dans les
es prix auxquels ventes publiques.
Vente GaicnarT. 1768. On y présenta trois Miéris: Une jeune femme malade et son médecin. Tableau peint sur bois, cintré du haut. Prix : 2,760 livres. — Une dame en désha-
billé cramoisi, garni d’hermine blanche, avec un jupon couleur paille. Elle donne une gimblette à son perroquet. le fameux Corsel rouge, qui est aujourd'hui dans le cabinet de feu sir Robert Peel. Il fut adjugé pour 3,100 livres. Il est peint sur cuivre. — Un fumeur à mi-corps, tenant d’une main un vidrecome, de l’autre sa pipe. Il est accoudé sur une table et porte un chapeau orné d’un plumet. Prix : 84 livres.
VENTE Ranpon pe Borsser, 1777. Une belle femme écrivant sur un tapis de velours cramoisi. Un jeune homme attend ses ordres, un chien dort sur un oreiller. Prix : 8,100 livres.
VENTE PRINCE DE Conti, 1777. Un aveugle conduit par son chien et accompagné d'un petit garçon demande l’aumône à