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MIÉRIS ET SA FEMME

connut aussi les convenances du clair-obseur, et, par exemple, quand il peignit une courtisane qui, la tête renversée sur des coussins, dort profondément, laissant voir une blanche poitrine sous son casaquin ouvert, et au fond de la chambre une vieille duègne qui reçoit de l'argent d’un cavalier dont le chapeau est rabattu sur

n'avait soin d’y remédier, en les rentrant au burin, cela ferait une chair qui semblerait galeuse.» Ainsi disposés dès l’eau-forte, les points ronds ont un certain brut pittoresque qui, mêlé avec la propreté des points longs que l’on ajoute au burin, produit un excellent effet.

Pendant que de savants maîtres enseignaient ces théories et les faisaient imprimer, quelques artistes se tenaient à l'écart et

les yeux, il réserva toute la lumière pour la jeune femme endormie et rejeta dans l'ombre l’action de la duègne, comme il convenait au clair-obseur de la morale et à celui du tableau. Mais, sous le rapport de la

touche, Terburg et Metsu nous paraissent supérieurs à Miéris. Sans doute, le faire de ce peintre est

sans s'inquiéter des règles déjà consacrées, se contentaient de dessiner des chefs-d'œuvre sur le cuivre. Jean Morin, élève de

Philippe de Champagne, faisait revivre tous ces beaux et graves portraits de Jansénistes que son maître venait de peindre d’un

pinceau si austère et si ferme; d'une pointe fine, hardie, irrégulière, mais singulièrement expres

sive, il pointillait les chairs et les modelait avec une force, un relief, une vie qu'on ne retrouverait nulle part au mème degré, si ce n’est dans les eaux-fortes de Van Dyck. De son côté, Jonas Suyderhoef, négligeant aussi la froide régularité des tailles, et ne s’occupant que de peindre sa gravure, attaquait, mordait, grignotait son cuivre, reproduisait les empâtements et les fiers rehauts de Rembrandt, la franche manière de Hals, la touche d’Ostade, tandis qu'un autre artiste, également supérieur aux règles apprises, Wenceslas Hollar, imitait avec l’eau-forte et la pointe le fini du burin, les effets estompés de la manière noire, et gravait ces belles planches que les amateurs recherchent avec tant de zèle, et dont les plus admirables représentent des églises, des paysages, des animaux, des fourrures, des insectes, par exemple : la Cathédrale d'Anvers, l'Abbaye de Westminster, les Chasses et les Pêches, d'après

Barlow, la Taupe morte, le Lièvre, les Manchons, etc.

C’est une époque bien brillante pour la gravure que le dix-septième siècle. Ici, Corneille Bloemaert déploie le talent encore inconnu de ménager une dégradation insensible entre la lumière la plus piquante et l'ombre la plus forte, et de varier les tons suivant la distance des plans. Là, c’est Gérard Édelinck qui, appelé en France par Colbert, vient y enseigner la manière

précieuse, savante et fière qui caractérise ses chefs-d’œuvre devenus classiques. Artiste de génie, poss

dant au plus haut point le dessin et la taille, c'est-à-dire l’art et le métier, il reste original même en imitant; il exprime diversement les diverses

beautés de Raphaël, de Léonard de Vinci, du Corrège, de Philippe de Champagne, du Guide, de Lebrun et de Jouvenet, et à

la manière dont il traduisit les belles qualités de ces maitres, on dirait qu'il les a lui-même possédées. Quel beau temps pour les graveurs encore une fois! Tandis que Rembrandt se renferme dans son atelier pour y rèver ses mystérieuses, ses fantastiques eaux-fortes, tandis que le prince Robert, neveu de Charles Ier, débute par des chefs-d’œuvre dans le maniement de la manière noire dont il est le second inventeur, la gravure au burin poursuit sa marche grave etsolennelle. Nanteuil, d’une main correcte, ingénieuse et délicate, donne une seconde vie aux portraits de tous les personnages du grand siècle, fait étinceler dans leurs yeux l'esprit, la dignité, la bienveillance, fait respirer et sourire leurs bouches, plisse élégamment leur collerette, et boucle

leur chevelure tombante. Masson renouvelant et dépassant encore les fantaisies de Goltzius, commande à son burin les évolutions

les plus capricieuses, les plus singulières, mais aussi les plus expressives; Corneille Wischer, dans un tout autre sentiment qu'Édelinck, lui dispute le premier rang ; les Audran illustrent leur art et leur nom : l’un d'eux, Gérard Audran peignant, pour ainsi dire, avec l’eau-forte et le burin, les magnifiques Batailles d'Alexandre de Charles Lebrun, nous fait douter si le graveur n’a pas surpassé le peintre

La précision de la gravure en taille-douce convenait mieux au

actère de l’art français que le vague de la manière noire.

Aussi, durant le dix-huitième siècle, c'est encore le burin qui domine. Si Demarteau invente, non pas la gravure à la manière

du crayon, déjà inventée par Jean Lutma, mais l'art de l’imprimer avec de la sanguine et du crayon noir broyé à l'huile, la gravure au burin n’en conserve pas moins la prééminence : les amateurs de cette époque la recherchent et la paient fort cher. Ils vantent la finesse de Lebas, la science profonde et sentie de George-Frédéric Schmidt, les grâces de Larmessin, l’admirable variété de Pierre Drevet, l’inimitable éclat des estampes de Balechou, la souplesse curieuse de Wille et ses beaux satins et ses tapis et ses lustres et tous ces objets qu'il grava d’une façon si originale et si vive, d’après Netscher, Terburg, Schalcken ou Miéris.

Mais, sur la fin du dix-huitième siècle, il arrive un artiste épris d'amour pour la grâce, un peintre mélancolique et tendre, qui s'appelle Prud’hon. Pour graver ses divinités endormies sous les ombrages, ses zéphyrs souriants, ses amours, la gravure ne voulut se servir ni des tailles régulières, ni de l’eau-forte, ni du travail de la pointe, tel que l'avait imaginé Lebas. Il fallut une manière spéciale pour interpréter la peinture de Prud’hon, ses tons clair de lune, ses contours suaves, son procédé fondu et harmonieux. Employée avec un rare talent par Copia d'abord, ensuite par Roger, son élève, la gravure au pointillé se trouva parfaitement adaptée à la manière de cet autre Corrège. in, la gravure dut naturellement s’en

Cependant l'influence de David et de Regnault ayant fait revivre l'importance du dl ressentir. Aussi l’époque impériale est-elle remarquable par l’extrème pureté du burin employé presque sans mélange. C'est

alors que Bervic fait merveille dans les célèbres estampes de l'Éducation d'Achille et de Déjanire ; alors la gravure classique est remise en honneur. A tous les procédés de la période révolutionnaire, à la fine pointe de Duplessis-Bertaux, au pointillé de Copia, aux aqua-tinte qui avaient popularisé les spirituelles caricatures de Carle Vernet, on voit succéder la perfection des tailles académiques, renouvelée des Édelinck, des Drevet, des Poilly. La poitrine du centaure Nessus est modelée par Bervic,

l'auteur du Laocoon, au moyen de travaux précieux et rares qui plaisent à l'œil par leur élégance, par leur curieuse symétrie,

précieux; il imprime à chaque objet son caractère; il rend la chair, la soie, l’hermine, le velours, le marbre, | l’ébène, toutes les étoffes, toutes les substances, et il semble d’abord que c'est la perfection même. Toutefois si on rapproche Miéris de Terburg et surtout de Metsu, on sent tout de suite qu'il y a encore un

A. PAGUIER. D. F 1$

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