PIERRE DE HOOCH OÙ DE HOOGHE
Is seraient bien étonnés, s'ils revenaient au monde, les biographes et les criliques du siècle passé qui ont dit de Pierre de Hooghe qu'il avait tenu un rang assez distingué au-dessous de Miéris et de Slingelandt ; ils verraient aujourd'hui nos meilleurs peintres, nos amateurs les plus illustres, ceux dont le goût fait loi, et les rares écrivains qui s'occupent d'art parmi nous, consiant et robuste,
dérer Pierre de Hooghe comme un maître puis de la famille de Rembrandt.
Par un singulier caprice de la fortune, presque aussi aveugle dans la distribution des renommées que dans celle des richesses, il est arrivé à Pierre de Hooghe ce qui dans le même temps arrivait à Hobbema. Son nom, inconnu aux historiens de l’art hollandais ou négligé par eux, tomba dans l'oubli et y demeura enseveli pendant plus d'un siècle. Si parfois quelqu'une deses peintures figurait dans
eur, les marchands s’empressaient de subs-
l'héritage d'un connai tiluer à son nom, car il signait ordinairement ses tableaux, celui de
quelque maître moins obscur enfin d'en tirer un prix plus élevé. C'est ainsi que plus d'une fois /es Conver-
sations de Pierre de Hooghe furent attribuées à Jean Van der Meer, de Delft; de sorte que l'obscurité même
de Pierre de Hooghe servait à l'y maintenir. Du reste, l'extrême fini qui était alors la passion la plus générale, et la plus flatiée, des amateurs hollandais, était un obstacle à la renaissance du nom de Pierre de Hooghe. Les adeptes de Gérard Dow et de ses imilateurs n'étaient guère en état d'apprécier ce qu'il y avait de vraiment magistral dans la manière de Hooghe. Il resta donc dans l'ombre malgré la protesta-
üon des quelques amateurs qui possédaient ses rares tableaux. Aussi, lorsque, vers le milieu du dix-hui-
tième siècle, Descamps fit en Flandre et en Hollande le voyage qui précéda la rédaction de sa Vie des Peintres, il eut beau voir des chefs-d'œuvre de Pierre de Hooghe chez M. Nicolas Van Bremen à La Haye et chez M. Braamcamp à Amsterdam, la prévention, plutôt encore que le défaut de savoir, les lui fit trouver bien inférieurs à ce qu'ils étaient réellement, et, revenu en France, il écrivit sur ce grand
maitre
je dis grand dans son cadre — les
ones suivantes, qui malheureusement ont fait autorité jusqu'au commencement de ce siècle, et même jusqu'à une époque plus rapprochée de nous, celle des célèbres ventes Héris de Bruxelles et Perrégaux :
Le mérite de Pierre de Hooghe dans son art nous fait regretter de n'avoir pu découvrir aucune particularité de sa vie. De ce qu'il l'a passée en Hollande, on en conjecture avec assez de probabilité qu'il y
avait pris naissance. Par sa manière de peindre, il paraît qu'il fut un des meilleurs élèves de Berghem. Par
ses premiers tableaux, on juge avec raison qu'il étudia ses principes dans cette grande école. Les ouvrages
qu'il fit depuis dans le goût de Metsu et de Miéris, prouvent que la prévention fondée des amateurs pour ces illustres artistes détermina de Hooghe à les imiter. Il réussit à marcher sur les traces de Metsu, de Miéris, de Coques et de Slingelandt, mais sans les atteindre. Ses têtes et ses mains ont quelquefois la
force de celles de Van Dyck. Sa touche est plus large que celle de Miéris et de Metsu ; mais ses tableaux
n'en attrapent jamais le fini précieux, Aussi nous gardons-nous bien de les placer sur la même ligne... » Telle est l'appréciation qu'ont répétée à l'envi tous les livres d'art, toutes les biographies, même assez récentes. Si toutefois l'on s'élait donné la peine de regarder les tableaux du maitre que l’on jugeait
si légèrement sur le témoignage d'autrui, on aurait vu qu'il y avait bien peu de rapport entre sa manière et
celle de Miéris et de Metsu ; que Pierre de Hooghe a le plus souvent regardé ailleurs; que s’il a traité quelquefois, comme eux, des petits sujets familiers, des intérieurs bourgeois, des collations, et s’est plu,
comme eux, à peindre des cavaliers bien mis en tête à Lête avec des femmes élégantes, à côté d'une table
où reluisent les verres de Bohème et les plats d'argent niellé, chargés de fruits, il a conservé un caractère propre et surtout un faire très original, même dans la peinture de ces petites scènes, et n’a ressemblé
à aucun de ses rivaux où il devait le plus facilement ressembler à tous. Maintenant, que Pierre de
Hooghe ait été l'élève de Berghem, cela n’est pas impossible assurément; mais qu'il faille en juger par
sa manière de peindre, comme dit le bonhomme Descamps Lce qu'on ne saurait admettre à moins
de n'avoir jamais vu de sa vie un Berghem. Il semble en vérité que ces anciens biographes se servent
au hasard des mots du la
se. Les jugements qu'ils portent sur les peintres sont pour la plupart si peu justes ou si mal exprimés qu'on les croirait sortis de leur cerveau comme sortent les numéros d'un ürage au sort, el pour comble, les livres absolument dénués de tout sens critique sont précisément ceux qui ont le plus de vogue, ceux que l'on copie le plus souvent et auxquels on fait l'honneur de les piller ou de les traduire dans toutes les langues. On ne saurait croire le chemin qu'ont parcouru ainsi les niaiseries les plus fortes, grâce au nombre des plagiaires qui, à défaut de scrupules, n'ont pas même eu le peu d'intelligence qui pourrait y suppléer.
On ne sait rien touchant Pierre de Hooghe, ni le lieu ni l'année de sa naissance, ni le lieu ni l’année
de sa mort. Il est à croire néanmoins, d’après la physionomie de son nom, qu'il était Hollandais. Par les costumes dont il habillait ses personnages et par les dates qu'il a mises à quelques-uns de ses tableaux, il est évident aussi qu'il florissait de 1660 à 1670. On voit dans Descamps, et dans certains livres modernes plus consciencieusement faits, notamment dans la biographie très abrégée de Balkema ,
! Voyez aussi ce que dit à ce sujet John Smith dans son Catalogue ruisonn'e of the works of the most eminent dutch, flemish and french painters, London, 1833.
que Pierre de Hooghe naquit en 1643; mais, comme l'a très bien fait observer l'auteur de la"récente Notice des tableaux exposés dans les galeries du Louvre (seconde partie), il n’est pas vraisemblable qu'un peintre dont les meilleurs ouvrages portent le millésime de 1658 ait pu naître en 1643, car il faudrait supposer qu’il atteignit dès sa quinzième année à l'apogée de son talent. Il est donc raisonnable de reporter vers l’année 1635 la naissance de Pierre de Hooghe. Que s'il y avait maintenant à tirer de sa
PiDE: HOGGE P M JACOUE D
D GAUCHARD.SE