‹ Histoire des peintres de toutes les écoles. Ecole hollandaiseChapitre 90 sur 239 · LÉ CHARIOT DE LA FÉKRME · texte numérisé non relu

LÉ CHARIOT DE LA FÉKRME

de chalumeau, ni de jeune fille le front ceint d'une guirlande de feu car celte espèce de gens ne viennent pointaux champs pour causer ensemble ou pour s'amuser, mais pour s'occuper de leurs travaux ou veiller à

leur bétail. Il est donc plusdans l’ordre deschos ‘informer

s qu'il faille demander où estle berger que d’avoir? de ce que sont devenues les brebis. Les enfants des villageois se livrent aux amusements de leur âge, comme par exemple à cueillir des fleurs, à dénicher des oiseaux, à glaner. Dans les orgies ainsi que dansles fêtes champêtres, il ne faut point faire paraître des personnages d’une certaine condition, à moins que le sujet ne le demande ou qu'ilsne soient placés à quelque distancecomme simples spectateurs de l’action qui se passe. Onne doit pointsurtout yintroduire des personnes âgées, particulièrement deshommes, parce queles vieillards en général ne prennent aucun plaisir à ces sortes d'amusements. C’est agir contre la nature et la raison que

de choisir un site triste et lugubre pour représenter une fête joyeuse, ainsi que de peindre un événément malheureux ou mélancolique dans un site agréable, embelli de statues, de jets d’eau et autres ornements, si le sujet toutefois ne l'exige point. »

Le château d’Alberda Van Dyksterhuys, situé dans un endroit isolé, le plus pittoresque de la province de Groningue, fut souvent visité par Hobbema et lui donna pendant quelque temps l'hospitalité. Les plus beaux paysages du peintre ont été pris dans les environs de ce château et peints pour les seigneurs mêmes de Dy cestableaux étaientrestésignorés dansle manoir de cetteancienne famille, lorsqu'enl’année1829leur existence

sterhuys. Depuis cent soixante-dix ans qu'ils furent commandés à l'artiste parles châtelains d'Alberda,

fut révélée d’une manière assez curieuse. La société des beaux arts de Groningue ayant ouvert un concours de paysages, le plus remarqué de tous les concurrents fut un nommé Pierre Aïkens, qui aurait certainement remporté le prix si l'on n'avait bientôt acquis la certitude quele tableau présenté parluiétait une copie. Le président de l'académie de Groningue, M. Van Arnhem, ayant interrogé le jeune artiste dontil avait d’abord admiré l'ouvrage, sut de lui que l'original du tableau qui avait failli être couronné était un paysage d'Hobbema qui se trouvait au château d’Alberda Van Dyksterhuys, à quelques lieues de Groningue. Le nom d'Hobbema, qui à cette époque n’eût pas mêmeéveillé la curiosité d'un Parisien, fit dresser les oreilles de l'amateur hollandais, qui se vit aussitôt sur la trace de quelque merveilleuse découverte.M. Van Arnhem se rendit done au château d’Alberda, où il fut recu par le dernier rejeton de la famille de Van Dyksterhuys. C'était un vieillard aimable et poli, qui, en fait de tableaux, s'empressa de montrer à M. Van Arnhem une respectable série de portraits de famille. Mais pendant ce temps, l’académicien ne pouvait détacherses regards

dedeuxmagnifiques paysages d'Hobbemaqu'ilavaitapereus dèsl’entrée. L'urbanitéétaitune vertuhéréditaire

dansla maison d'Alberda Van Dyksterhuys, maisnonl'amour destableaux. Le vieillardconfessa qu'il attachait peu d'importance à ces peintures d'Hobbema, bien qu'il sût par tradition qu'elles avaient appartenu à son bisaïeul, qu'elles n'étaient jamais sorties du château etqu'ellesreprésentaientles plus beaux sites desenvirons. M. Van Arnhem, tout en avouant qu'il ne partageail pas cette indifférence, demanda négligemment si l’on voudrait s’en défaire et n'eut pas de peine à les obtenir. Il eut en effet les deux Hobbema au prix de 400 florins en donnant pour appoint deux autres tableaux. L'affaire terminée, M, Van Arnham se mit à la recherche des deux toiles qu'il devait fournir en échange ; mais ilapprit quelques jours après que M. Van

Alberda venait de mourir. Heureusement que le vieillard avait donné connaissance à son héritier du marché

conelu. Celui-ei s’empressa d'en écrire à M. Van Arnhem, se tenant prêt à remplir lesengagements du défunt, bien que dans l'intervalle unautre amateur, M. Goekinga, eût offert des deux Hobbema une somme beaucoup plus considérable. Par un sentiment de délicatesse, M. Van Arnhem alla trouver son concurrent, et ils convinrent d'acheter les tableaux en commun. Il en fut ainsi, et les deux acquéreurs, afin de sortir de l'indivision, envoyèrent leurs peintures à Amsterdam, où elles subirent l'épreuve des enchères publiques

et furent adjugées l’une pour 3,225 florins, l'autre pour 4,000. C'était environ le quart de ce qu'on les paierait aujourd'hui. Ces deux tableaux figuraient douze ans plus tard à la vente de M. Héris de Bruxelles, le premier sous le nom de l’Arbre renversé (c'est celui qui a été gravé ci-contre), l’autre sous le titre du Moulin à eau. Ce dernier, moins heureux de composition, manquait de poésie et d'imprévu ; mais l’Arbre renversé était un de ces chefs-d'œuvre auxquels on ne peut comparer que les plus admirables Ruysdael. Ce paysage représente la vue d'une vaste mare d'eau qui occupe en partie le premier plan; on y voit nager des nénuphars et lis

s'enfonce un cavalier; à gauche sont des bouquets de vieux chênes, dont un surgit du milieu de la mare,

ser des canards sauvages. À droite s'élève une forêt qui est séparée du petit lac par un chemin où

qu'il assombrit de son feuillage épais et rigide, et dans laquelle plongent ses racines noueuses, rabougries

et tourmentées: une de ces racines en se redressant a dépassé le niveau de l’eau et y forme comme un

pont de construction fortuite et bizarre. Le site est d'une mélancolie profonde. Il se peut sans doute que

la nature ait fait elle-même tous les frais de cette héroïque tristesse; mais il faut convenir qu'Hobbema l’a

comprise en poète et l'a rendue en peintre de génie. Un ciel orageux que traversent des nuages peu

éloignés de la terre achève l'élonnante impression de ce tableau.

HOBBEMA (1635). il

Heureux l'artiste qui dans un simple paysage a su faire passer tout son être, je veux dire la plus subtile portion de lui-même, non pas seulement son âme, mais son âme émue et portée par l'émotion jusqu'aux

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