‹ Histoire des pérégrinations de Molière dans le Languedoc: d'après desChapitre 2 sur 13 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

DIIIUISSON ET C**, EDITEURS, Rue Coq- Héron, 5

AVANT-PROPOS

UKPRis des nombreuses erreurs de dates el de faits qui fourmilleot dans les meilleures biographies de Molière, Bazin, auteiir de l'Histoire is XIff, entreprit, il y a js années, de soumetire à

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une analyse sévère toutes les assertions contradictoires dont l'existence de l'illustre • poëte a été si souvent T objet. Une fois armé de preuves irrécusables, M. Bazin fit la part de l'erreur et de la vérité , et consigna dans ses Notes historiques sur la vie de Molière le résumé de ses lumineuses recherches; puis, croyant être parvenu à la dernière limite de la précision , n'espérant plus rien trouver désormais qui put éclairer d'un jour nouveau la vie du grand comique, il jeta au public ces désolantes paroles :

<( C'est dans la Préface de Lagrange et )) Vinot, placée entête de la première édition )) dés Œuvres complètes de Molière (1682) ; » là et nulle part ailleurs que se trouvent en- » core aujourd'hui les seuls renseignements » certains que l'on puisse accepter, lés seuls )) peut-être, et cette conjecture est sérieuse, )) que Molière ait voulu laisser au public sur » sa carrière de cinquante et un ans! »

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Cette conclusion est ici trop absolue pour être vraie : — ainsi , en prenant rigoureusement à la lettre les paroles de M. Bazin, il serait désormais inutile de chercher à cornhier les nombreuses lacunes qui se trouvent encore dans les biographies de Molière, parce que Lagrange et Vinot ont tout dit; parce que Molière n'a pas voulu qu'on en dît davantage ! — ^ C'est complètement absurde.

Lagrange et Vinot n'ont pas comiu , bien s'en faut , tuus les détails de l'existence de leur maître et ami ; en ce qui nous coi>cerne, nous le démontrerons jusqu'à la dernière évidence ; voilà pourquoi leur Préface est si succincte. De son côté, Molière, habitué à l'éclat de la rampe , n'avait aucun motif pour rester dans l'ombre ; bien mieux, il ne pouvait que gagner à être complètement coimu de tous; pourquoi donc lui supposer l'intention d'avoir voulu se dérober au-

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public ? Point égoïste, préoccupé avant tout de son art, quelquefois aussi de ses chagrins domestiques, Molière ne songea pas à élever son piédestal^ voilà pourquoi on sait si peu de chose de ses commencements et de sa vie intime.

C'est donc à nous, si curieux aujourd'hui de connaître les moindres particularités de l'existence de nos grands hommes, qu'il appartient de fouiller avec ardeur partout où il y aura espoir de trouver des faits jusqu'ici ignorés. N'est-ce pas aux laborieuses recherches de M. B^ara (1821) que nous devons la véritable généalogie de Molière, la date exacte de sa naissance et les renseignements les plus positifs sur les principaux membres de sa famille? toutes choses laissées dans l'oubli par Lagrange et Vinot. Est-ce qu'à Nantes, est-ce qu'à Vienue en Dauphjné, est-c^ qu'à Lyon , on n'a pas recueilli des doeumenls authentiques sur Molière et ce-

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pendant ignorés de ses premiers éditeurs ?

Dans le cours de cet ouvrage , nous prouverons qu'il s en trouve ailleurs de non moins incontestables, et tout aussi inconnus de Lagrange et Vinot. Ne tenons donc aucun compte du nec plus ultra de M. Bazin, et marchons !

La carrière dramatique de Molière est concentrée dans l'espace de vingt-huit années (de 16i5 à 1673). En 1645, il faisait ses débuts sur V Illustre Théâtre, à Paris ; — en 1673, il. mourait sur le théâtre du Palais- Royal ! Ces vingt-huit années, en laissant de côté les. premiers essais faits avec les Enfants de famille, se divisent en deux époques bien distinctes : la première comprend les douze années que Molière passa en province de 1646 à 1658 ; c'est l'époque de son existence la plus difficile , la plus laborieuse et aussi la plus obscure ; — la seconde corn-

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prend les seize années passées à Paris ou à la cour, durant lesquelles le génie de Molière atteignit son apogée ; celte époque est suffisamment connue pour l'histoire personnelle de l'illustre comédien-poëte et aussi pour l'histoire de l'art.

La sollicitude des investigateurs doit'donc aujourd'hui se porter tout entière sur les douze années que Molière passa en province, où

De tréteaux en tréteaux, Ue bourgade en bourgade,

il donna d'incessantes représentations. Mais, pour intéresser, ces recherches ne doivent pas se concentrer sur la seule personne de Molière ; elles doivent aussi embrasser les divers essais scéniques qu'il tenfa . la durée et la direction de ses voyages, les artistes qui le secœidèrent , enfin tout ce qui fut en contact avec lui durant le séjour qu'il fit dans les différentes villes de France. C'est

A VA NT- PROPOS. ^ li

SOUS ces divers aspects, en nous limitant toutefois dans une seule province , que nous avons entrepris le travail que nous publions aujourd'hui.

Algnps-Vivps, 27 octobre IHÔT.

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