FIN
Dans les cinq chapitres qui précèdent se trouve, soit au texte, soit dans les notes, rhistoire de la vie de Molière depuis le jour de sa naissance jusqu'au moment où il quitta la province pour venir s'établir définitivement à Paris (1620-1658) ; nous y avons môme introduit quelques faits intéressants et peu connus sur son exhumation en 1798. Afin de compléter cette étude biographique, nous réunissons, dans l'appendice qui suit, tout ce qui est survenu d'important à Molière, soit dans sa vie privée, soit à l'occasion de chacune des pièces qu'il fit représenter, à Paris ou à la cour, de 1658 à 1673, époque de sa mort. On y trouvera groupés des faits curieux que nous avons recueillis çà et là dans les meillejires éditions et notices biogra^)hiques de l'illustre poète.
on SONT IBIDlQViS DANS UN ORDBE CHBONOLOGIQUE , DE ifiÔS k 1673, IBS PRINCIPAUX ÉVÉNEireNTS DE LA VIE DE MOLIÈRE, AINSI QUE LES PREMIÈRES REPRÉSENTATIONS DE TOUTES SES PIÈCES, AVEC LES PAR- TICULARITÉS LES PLUS CURIEUSES QUI ONT SliBNALfi CES REPRÉSF.X- TAIIONS.
ai. octobre 1658. — Molière et ses comédiens, rehaussés du titre de Troupe de Monsieur, jouent devant Leurs Majestés dans la salle de^ gardes du vieux- Louvre : Nicomèâe, tragédie de Corneille , et le Docteur amoureux , farce des premiers temps de Molière, qui obtint le plus grand succès. A' la suite de cette représentation, le roi accorde à Molière la permission de jouer dans la salle du Petit-Bourbon avec la Comédien-Italienne.
3 novembre 1658. — La Troupe de Monsieur donne au public, dans la salle du Petit-«ourbon, V Étourdi et le Dépit amoureux, joués pour la première fois à Lyon et à Béziers. Ces deux pièces obtiennent un grand succès à Paris.
18 novembre 1659. — Les Phécieûses bidiculss sont représentées à la salle du Petit-Bourbon ; Molière y remplissait le rôle de Mascarille, qu'il joua d'abord sous le masque. Cette pièce, ^véritable charge à
fond de train contre le mauvais goût de l'époque , est la première que Molière ait composée pour Paris et la cour ; c'est aussi son véritable point de départ : c'est de là que son génie s'élapce dans la carrière qu'il vient de s'ouvrir et oix personne n'osa le suivre. — Lors des premières réprésentations des Précieuses, le-prix des places fut doublé; et la pièce se joua néanmoins pendiant quatre mois consécutifs!
ao janvier 1660. — Les Précieuses ridicules sont imprimées sans l'assentiment de l'auteur.
'iê mai 1660. — Sganarelle, ou le Cocu imaginaire, farce où se décèle l'homme de génie, est représenté à la salle du Petit- Bourbon et y fut joué quarante fois de suite. Molière y remplissait le rôle de Sganarelle. Un nommé -Neuvillenaine assista aux six premières représentations de cette pièce, l'apprit par cœur, la fit imprimer et la dédia à Molière.
n octobre 1660. — Molière et sa troupe jouent au Louvre devant le cardinal Mazarin malade et dans sa chambre à coucher. La représentation se composa de l'Étourdi et des Précieuses ridicules.
ao janvier 1661: — La salle du Petit-Bourbon ayant été démolie, Molière et sa troupe sont installés dans la salle du Palais-Royal, construite autrefois par le cardinal de Richelieu. '
i février 1661. — Dox Gahcie de Na^^arre est représenté au Palais-Royal sans succès. Depuis, cëtlo pièce n'a jamais reparu sur la scène. Molière y remplissait le rôle de don Garcie, et fut médi<Trement accueilli. La chute de cette pièce Ht verser des
■ larmes de joie à BoursauU et Monlleury, antagonistes de Molière.
Ujuin 1061. — L'Ecole des Maris, imitée des Adelphes de Térence et de la DUcreta enamorada ôx^ Lope de Vega , est représentée avec un grand succès au Palais-Royal, et le 11 juillet suivant à Vaux, maison de plaisance du surintendant des finances Fouquet, en présence de la reine d'Angleterre et de Monsieur. Molière y remplissait le rôle de Sganarelle.
17 août 1661. — LES FACHEUX , avec un prologue de Pelisson , sont représentés à Vaux , en présence de rouis XIV et de toute la cour ; — le 26 de ce mois, à Fontainebleau , avec la scène du Chasseur , indiquée par le roi ; — le 4 novembre, au Palais-Royal. Molière y jouait le rôle d'Eraste ; c'est la première pièce à tiroir qui ait paru sur la scène française.
9Q février 1662. — Molière contracte mariage avec Ârmande Réjart, âgée de dix-sept ans, sœur cadette ou plutôt fille de Madeleine Réjart. Molière avait quarante ans, et, après ce mariage, il continue à vivre sous le même toit avec Madeleine Réjart , son ancienne maîtresse, et mademoiselle de Rrie, sa maltresse actuelle. Quel enfer )
96 décembre 1668. — L*Écol£ des Femmes est représentée sur le théâtre du Palais-Royal avec un grand succès :
pièce qu'en plusieurs lieux on troaàe Mais où pourtant va tout le monde;
Molière y remplissait le rôle d'Xrnolphe, vieillard jaloux et amoureux ; c'était lui-même.
1er janvier 1663. — Boileau adresse à Volière des siances en forme de compliment sur sa nouvelle - comédie; on remarqua .surtout celle-ci : *
Que tu ris agréablement !
Que tu badines savamment I Celui qui sut vaincre Numance, Qui mit Carthage sous sa loi, Jadis, sous le nom de Térence.
Sut-il mieux badiner que toi?
6 janvier 1663. — L'École des Femmes est représentée au Louvre devant le roi. Le gazetier Loret dit que cette pièce
Fit rire Leurs Majestés > Jusqu'à s'en tenir les côtés!
Urjuin 1663. — La Critique de l'École des Femmes,
dirigée contre les détracteurs de Molière, tableau piquant de la. société de cette époque, est représentée au Palais -Royal ; — le 5 juillet suivant , chez la duchesse de Richelieu, à Gonflans, en présence de la reine.
16 octobre 1663. — L'Impromptu de Versailles,
cette fine raillerie des comédiens et des gens du monde, où Molière achève d'immoler ses détracteurs , est joué devant la cour ; — le i novembre suivant , au Palais-Royal. Molière y remplissait le rôle d'un marquis ridicule.
^janvier 1664. — Le Mariage forcé, adroite flatterie adressée au roi, à son épouse et à la reine-mère, est donné à Versailles. Molière y remplissait le rôle de Sganarelle , et Louis XIV y dansa la troisième entrée du ballet. — Le fô février, cette pièce est représentée à Paris.
28 février 166i. — I^e roi présente aux fonts baptis-
maux le premier-né de Molière et lui donne le nom de Louis. Le duc de Gréquy tenait pour le roi ; la maréchale de Plessy pour Madame , marraine.
8 mai 166i. — La Pbincesse d'Élide, ébauche improvisée d'après Moreto, adroite flatterie adressée au roi, à son épouse, à la reine-mère, est représentée à Versailles devant la cour. Molière y remplissait le rôle de Lysiscas, valet de chiens.
li mai 1664. — Les trois premiers actes du Tartuffe sont représentés à Versailles devant la cour ; le roi en défend la représentation devant le public, « jus- » qu'à ce qne la pièce soit achevée, et examinée par » des gens capables de la juger avec discerne- » ment. » Nous all<ms suivre sans aucune interruption toutes les phases de cette pièce si justement célèbre :
— Le 30 juillet suivant, les trois premiers actes du Tartuffe sont joués à Eontainebleau , en présence du cardinal-légat , qui les approuve ; — le 25 septembre, ils sont représentés à Villers-Cotterets, en présence du roi et des reines ; — le 29 novembre , la pièce entière est représentée au Raincy , à huis clos, chez le prince de Coq dé. Le 9 novembre 1665, elle est encore représentée chez M. le Prince. Ce fut ensuite à qui , parmi les grands seigneurs , pourrait obtenir une lecture du Tartuffe : des magistrats instruits, des prélats éclairés, la célèbre Ninon, obtinrent cette faveur :
Moli^ro avec Tartuffe y rloii joutT son rôI»',
a dit Boileau dans sa satire du dîner ridicule. Enfin, le 5 août 1667, le Tartuffe est représenté au Palais-Royal sous le titre de V Imposteur ; leprin-
m APPENDICE.
cipai personnage portait le nom de Panulphe:— Le 6 août, M. de Lamoignon , premier président du parlement de Paris, défend de jouer cette pièce le lendemain. — Le 7 , Molière envoie deux de ses camarades, Lagrange et La Thorillière, au camp devant Lille, où se trouvait le roi, pour lui remettre un placet , afin d'obtenir la levée de l'interdit. Le roi ne donne que de vaines promesses. — Le 11 août, un mandement de l'archevêque de Paris défend à toutes personnes de voir représenter, do lîre ou d'entendre réciter la comédie de V Imposteur.
— Le ao septembre 1668,- la pièce entière du Tartuffe est foiiée à Chantilly, en présence du prince de Condé, de Monsieur et de Madame :
Et Molière y montra son nez ; C'en est, je pense, dire assez !
— Le 5 février 1669 , le Tartuffe est enfin joué devant le public au Palais-Royal; Molière y remplissait ie rôle principal ; et ce jour-là même il écrit au roi : « Je suis, par celte faveur, réconcilié avec les » dévots! » Cette pièce fut jouée pendant deux mois consécutifs, faisant des recettes fabuleuses. — Le 22 mars, le Tartuffe est imprimé; — le 10 août, il est représenté à Versailles devant le roi , et très applaudi. —Monfleury, comédien de l'bôtel de Bourgogne et rival hostile de Molière, publie un pamphlet dans lequel il critique avec aigreur le Tartuffe , et finit ainsi sa satire :
Molière plaît assez ; c'est un mauvais plaisant!
Il divertit l€ monde , en le contrefaisant
Ses grimaces souvent causent quelques surprises;
Toutes ses pièces sont d'agréables sottises.
Il est mauvais poète et bon comédien.;
Il fait rire, et/do vrai, c'est tout ce qu'il fait bien!
Les comédiens de l'hôtel de Bourgogne donnèrent, en outre, une pièce satirique intitulée : la Critique du Tartuffe,
15 février 1665 — Don Juan ou le FesUn de Pierre est
joué au Palais-Royal, à la grande colère des dévots en général et du prince de Conti en particulier. €ette satire , dirigée contre ies plus hauts personnages, est, une de nos premières comédies à caractère, et peut-être n'en est-il pas au théâtre de plus fortement dessiné que celui de don Juan. Molière y jouait le rftle de Sganarelle. Cette pièce, grâce à la cabale, n'eut que quinze représentations et ne fut pas reprise du vivant de^ l'auteur. — A, Rochemont publie un libelle abominable contre cette pièce et contre Molière , avec permission du lieutenantcivil î... Thomas Corneille a mis D&ii Juan en \;prs.
Août 1665. — Molière et ses camarades entrent au service du roi et prennent le titre de Troupe du Roi.
15 septembre 1665. — L'Aiuour médecin , agréable intermède, est représenté à Versailles devant le roi ; impromptu fait, appris et joué en cinq jours. Cette pièce était dirigée contre les principaux toiédecins de la cour. Elle e^t représentée le ffî ù Paris.
4 juin 1666. ^ Le Misanthrope, chef-d'œuvre de la scène comique noble et de bon ton, spirituelle protestation d'un honnête homme contre les vices do la société, est représenté au Palais-Royal ; Molière y remplissait le rôle d'Alceste , c'est-à-dire lui-même. Le Misanthrope fut retiré après la troisième représentation ; deux mois après, il obtint un grand succès. Un gazetier contemporain disait :
Iti4 APPENDICE.
Après son MitarUhrope, il ne faut pius voir rien ; C'est un chef-d'œuyre inimitable !
6 août 1666. — Le Médecin bial&rê lui , excellente farce, est représenté sut le théâtre du Palais-Royal, et y obtient un succès populaire.
2 décembre 1666. — Mélicebte, pastorale héroïque très médiocre, tirée de l'histoire de Timarète et de Sésostris , dans le roman de Cyrus, fut représentée à Saint-Germain. Molière y remplissait le rôle du berger Lycarsis ; Louis XIV dansa le ballet. Baron parut pour la première fois sur la scène dans le rôle de Myrtil.
5 Janvier 1667. — Le SiciLiETi ou V Amour peintre, comédie-ballet représentée à Saint-Germain pour remplacer Mélicerte et une pastorale comique , cri-^ tiquée par Benserade et dont Molière n'était pas content. Le roi , Madame , madame de Montespan , mademoiselle de La Vallière , dansèrent dans le divertissement final. Molière remplissait le rôle de don Pedro.
17 avril 1667. — Molière est atteint d'une grave maladie qui le tiept deux mois éloigné du théâtre ; il ne s'y montra que le 10 juin dans le rôle de don Pedro du Sicilien. — H paraît qu'il fut bientôt de nouveau malade et hors détat de jouer, puisque, le
' 31 décembre 1667, Robinet écrivait dans sa Gazette :
Veux-tu, lecteur, ftre ébaudi?
Sois au Palais-Royal mardi ; Molière , que l'on idolâtre Y reoioote sur son théâtre!
Novembre 1667. — Boursault fit jouer" à l'hùlel de Bourgogne une petite comédie dirigée contre Mo-
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Hère et inlitulée : Le Portrait du Peintre ou la Contre-Critique de t École des femmes. Molière dédaigna cette attaque.
13 janvier 1688.— Amphitryon, où la force triomplie de la morale, comédie imitée de Piaute, mais avec une grande supériorité, est joué sur le théâtre du Palais -Royal;"— le 16, aux Tuileries; Molière y remplissait le rôle de Sosie , valet d'Amphitryon.
iS juillet 1668 — George Dandin, farce presque tragique imitée de deux Nouvelles de Boccace , est représenté à Versailles devant le roi ; Molière y remplissait le rôle de George Dandin. Le 9 novembre, cette pièce est jouée au Palais-Royal.
9 septembre 1668. — L'Avare, imité de YÀulularia de Piaute et de diverses pièces italiennes , qu'il a toutes surpassées , est représenté sur le théâtre du Palais-Royal. Cette comédie, l'un des chefs-d'œuvre de Molière , fut d'abord jouée sans succès , et retirée après les premières représentations. Racine eut la faiblesse de la critiquer; mais Boileau la loua hautement. Le 16 septembre , V Avare est joué chez Monsieur; le 5 novembre, devant le roi Molière remplissait le rôle d'Harpagon.
5 octobre 1669. —Monsieur de Pocrceaugnac, farce imitée des Facétieuses Journées , est représenté à Chçimbord devant le roi et la cour ; le 15 novembre, au Palais-Royal. Molière y remplissait le rôle de Pourceaugnac; XuUi s'en chargea une seule fois pour avoir l'occasion de se réconcilier avec le roi.
i janvier 1670. — Le Boulanger de Chalussay dirige, sous la forme d'une comédie en cinq actes et on
KKi APPENDICE.
vers, un pamphlet des plus violents cuntre Molière ; il avait pour titre: Elamire Hypoeondre^ ou les Comédiens vefigfés. Molière n'y répond pas.
Février IWO. — Les Amants uagnifiques, comédieballet , imitation de la comédie héroïque de Von Sanche de Corneille, est représentée à Saint-Germain. Le roi en avait donné le sujet» et y dansa avec les attributs de Neptune et d'Apollon. Molière y remplit le rôle de Gliti^as, plaisant de cour.
M octobre iÇÎÙ. Le Bocbgeois gentilhosiiie, excellente comédie, farce désopilante, critique de l'étiquette asiatique, est représenté à Chambord en présence du roi ; — le 13 novembre , à Saint-Germain; le 23 du même mois, au Palais-Royal. Molière y remplissait le rftle de ^. Jourdain.— « Le Misan- » thrope est admirable, a dit Voltaire, le Bourgeois » gentilhomme est plaisant! »
2 février 1671. — Psyché, tragédie-ballet, est représentée aux Tuileries pour l'inauguration de la nouvelle salle des machines ; Molière y remplissait le rôle de Zéphyre. Psyché est représenté, le 24 juillet, au Palais-Royal, et y obtint trenteîhuit représentations consécutives. Dans cette pièce , Molière eut pour collaborateurs Pierre Corneille, Quinault.et LuUi pour la musique.
24 mai 1671.— Les Fourberies de Scapin. Cette pièce,
imitée du Phormion , 4e Térénce , et de la Sœur ,
de Rotrou, est représentée au Palais-Royal; Molière
y jouait le rôle de Scapin , au grand déplaisir de
Boileau, qui a dit :
Dans ce sac ridicule où Scapin s'enirëloppe , Je ne reconnais plus l'attteur du Misantkrcpe !
APPENDICE. m
Décembre 1671. — La Goutbsse d'Esgarbagnas ,
ballet-comédie avec intermèdes, simple ébauche où sont attaquées les prétentions des dames de province, est représentée à Saint -Germain pour fêter l'arrivée de Madame. En juillet 1673, la Comtesse «PEscarbagnas est~]ouée au Palais -Royal. Le titre de cette pièce est composé de deux noms qui appartiennent à deux apanages nobiliers de France : Escarsi, dans la Marche, et Bagnas, en Languedoc
11 mars 1072. — Les Jembies savantes, seconde édition des Précieuses, comédie où se déploie toute la maturité du génie, sont représentées sut le théâtre du Palais-Royal; Molière y remplissait le rôle de Chrysale, bQn bourgeois, qui critique avec bonhomie Gotin, Ménage, etc.
10 février 1673. — Le Malade imaginaire , comédie bien conçue, satire piquante et vraie, farce des plus amusantes, est représentée sur le théâtre du Palais- Royal; Molière y remplissait le rôle d'Argan. M. Adolphe de Puibusque-, dont le Languedoc s'enorgueillit à bon droit, fait, à propos du Malade imaginaire et des autres pièces que Molière dirigea contre les médecins , la réflexion suivante , pleine de justesse et qu'aucun commentateur avant lui n'avait faite. Nous la trouvons mentionnée dans son Histoire comparée des littératures espagnole et française y ouvrage qui , quoique couronné par rinstitut, est trop peu connu parmi nous : « Mo- » Hère! que ne te doit pas l'art de guérir? Toi seul . »> désintéressé dans toiw ses débats , pouvais lui »» donner l'essor qu'il a pris en l'arrachant de vive »> force à l'idolâtrie de ses erreurs ! Tu as ouvert à
» la médecine un avenir qu'elle ne voyait pas ; tu » l'as contrainte à se débarrasser de tout l'attirail » qui entravait sa marche pour courir de progrès » en progrès ; et , si une pratique simple développe o aujourd'hui les enseignements variés et positifs de » nos écoles , c'est à toi que doivent s'adresser les » premiers hommages de notre reconnaissance î » — Avant M. de Puibusque, Harmontel seulement avait dit : « Le Malade imaginaire, auquel les mé- » decins doivent plus qu'ils ne pensent »
17 février 1673. — A la quatrième représentation du Malade imaginaire, Molière éprouva une rupture d'un des vaisseaux de la poitrine et ne put achever de prononcer le mot juro dans la cérémonie. On le transporta chez lui , et il expira, à dix heures du soir, entre les bras de deux sœurs de charité à qui il donnait asile.
18 février. — Le curé de Saint-Eustache refuse d'enterrer et de laisser enterrer Molière ; le 21 février , l'archevêque de Paris accorde enfin la permission de l'inhumer, le soir, sans cérémonie, dans le cimetière Saint-Joseph, situé rue Montmartre; — . le peuple essaie de s'opposer à cette inhumation ; — la veuve de Molière l'apaise en lui distribuant de l'argent. Tous les amis du défunt assistaient au convoi, tenant un flambeau à la main.
La Fontaine, le P. Bouhours, Chapelle, l'évéque d'Avranches, firent l'éloge de Molière; on préfère généralement celui que Boileau a consigné dans sa septième Êpitre, adressée à Racine :
Avant qu'un peu de terre , obtenu par prière , Pour jamais sous la tombe eût enfermé .Molière,
àPPëNDICK. 169
Mille de ses beaux traits aujourd'hui si vantés Furent des sots esprits h nos yeux rebutés.
Mais sitôt que d'pn trait de ses fatales mains La Parque l'eut rayé du nomlire des humains , On reconnut le prix de sa muse éclipsée :
L'aimable comédie, avec lui terrassée, En vain d'un coup si rude espéra revenir Et, sur ses brodequins, ne peut plus se tenir !
La veuve de Molière épousa , peu de temps après la mort de l'illustre poète, un comédien médiocre, appelé Guérin Destriché. — La flUe de Molière, la seule enfant qui lui restât des trois qu'il avait eus, se laissa enlever par M. Rachet de Montalant, qui vécut longtemps avec elle à Argenteuil, après l'avoir épousée.
l IN DK L APPENDICE.