AVANT-PROPOS
Nous avons publié, il y a deux ans, une première série d'études historiques sur les persécutions que subit l'Église chrétienne depuis sa naissance ^ jusqu'à la fin du règne de Marc-Aurèle. Il s'agis- ^ sait uniquement, dans cet ouvrage, des violences ^ plus ou moins couvertes d'un voile de légalité qui ^ traversèrent sans les arrêter l'établissement et le 0 progrès delà société nouvelle.
Nous donnons aujourd'hui une première suite à ce livre dans une seconde série d'études auxquelles nous conservons le même titre général d'HisToiBE DES Pers]écutions DE l'Éqlise, mais dont le soustitre : La Polémique païenne à la fin du second siècle marque l'objet particulier.
Nous expliquerons très-rapidement ici cet ob-
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jet, et le rapport de cette seconde série avec la première.
C'est un préjugé généralement répandu que, dans l'Empire Romain, le christianisme naissant n'a rencontré que le mépris silencieux ou la violence déchaînée. Il est certain que c'est dans ce milieu qu'il grandit, entre le dédain des beaux esprits, les colères et les brutalités de la foule, les défiances armées et les coups de fo^ce du pouvoir. L'opinion, comme il arrive, avait suivi la loi et bientôt elle parut la dépasser. La loi pour le grand nombre est toute la morale, la mesure du bien et du mal, de l'honnête et du malhonnête. Le chrétien avéré étant déclaré coupable par le seul fait de sa profession de foi, chrétien devint au commencement synonyme de malfaiteur* Coupable de quoi ? Faute de réponses que la conscience seule ne fournissait pas et que le législateur n'avait pas pris la peine de formuler, les calomnies naquirent» L'ignorance fit éclore d'étranges rilmeursj et l'imagination populaire surexcitée, et travaillant sur l'inconnu, produisit d'odieux et infâmes récits qui avivèrent l'exécration commune. La tempête de haines aveugles et de fureurs fanatiques alla à tel point, en plusieurs
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occasions, que le pouvoir, dit-on, dût intervenir pour rappeler à la multitude qu'elle n'était pas plus maîtresse de condamner que d'absoudre et que le droit du glaive est chose d'État.
Les malheureux, plutôt frappés que jugés, mouraient avec un courage héroïque. Ils confessaient leur foi avec fierté, et allaient au supplice comme au triomphe. Plusieurs [d'entre eux, en même temps, écrivaient, se portaient ardemment les défenseurs de leurs frères opprimés, faisaient appel à la conscience publique, et contre la justice légale revendiquaient l'équité et le droit éternel. Quelques lettrés répondirent, et la guerre violente s'accompagna d'une guerre de plume. Chacun la mena suivant son humeur, son tempérament, son tour d'esprit, ses principes, sespréjugésetles cir* constances locales.
C'est cette guerre, dont plus d'un témoignage est venu jusqu'à nous, que nous entreprenons de retracer ici dans ses vicissitudes diverses, sans dépasser sensiblement l'époque où nous nous sommes arrêté dans le volume précédente Aussi bien, il nous paraît que le troisième siècle n'a rien ajouté d'essentiel à cette polémique. Il est douteux que Porphyre fût beaucoup mieux in-