IV AVANT-PROPOS
formé que Gelse au sujet des chrétiens, ou mieux armé pour les combattre, et qu'il ait montré dans les livres qu'il composa contre eux plus de souplesse et de largeur d'esprit.
Dans l'histoire des origines chrétiennes, c'est une date mémorable que celle où les lettrés, les maîtres et les guides naturels de l'opinion, prirent pour la première fois la plume contre [les chrétiens. Cela veut dire apparemment que la question chrétienne était née, que le christianisme avait monté au point où finit le dédain et où commencent les alarmes, qu'à la surface de la société il apparaissait déjà comme une force avec laquelle il fallait compter.
Où avait échoué la puissance publique non encore découragée, il est vrai, et plus souvent indifférente que décidément hostile, la moquerie et le raisonnement pouvaient peu, sans doute. Mais qui dira que l'emploi n'en fut pas légitime ? qui dira qu'il ne fut pas légitime d'user des armes pacifiques de l'esprit pour réfuter et ramener les uns, avertir et éclairer les autres, arrêter, s'il se pouvait, la contagion d'une doctrine réputée dangereuse, et défendre les mœurs, les usages et les
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institutions menacés? Rien de plus juste que d'opposer les idées aux idées et de combattre l'ignorance et Terreur par la lumière et la discussion. Les raisons s'échangent, le temps décide.
Dans cette lutte, cependant, la partie n'était pas . égale. La vertu, la science, l'éloquence et la dialectique ne manquaient pas du côté des chrétiens. Ils avaient la foi invincible et l'ardeur brûlante des convictions plus chères que la vie, et des raisons de cœur que les arguments de la raison n'ébranlent point. Ils avaieiit le prestige que donnent l'oppression gratuite et les violences injustes courageusement supportées. Mais ils étaient hors la loi, seuls exclus du bienfait de la paix et de la sécurité communes, condamnés d'avance et sans merci. C'était, semble-t-il, faire odieuse besogne que de toucher même de la plume des hommes à terre, que d'essayer de confondre, de bafouer et de flétrir une doctrine, dont la loi, sans phrase et presque sans forme de procès frappait les adhérents. La rhétorique laborieuse de Fronton, les railleries les mieux aiguisées de Lucien et la subtile exégèse de Gelse, venant au secours de la force. brutale, fournissant des motifs et des considérants aux sentences capitales, ressemblaient à