‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 123 sur 286 · Cont.Cels., VHl · texte numérisé non relu

Cont.Cels., VHl

2. neipciaevoi p.Yi^Êv twv utt* aùrcû XexôavTtav TcapeXÔiîv àêaoavtaTOv xal p.ocXia7a ev otç J'osai «v riai mjvgTÛ»; x|iLâ)v xxl Icu(5'aiû)v xaTTi'YopyiXsvai, — Cont, Cels,, V. 1.

qu'Origène, dans la polémique de Celse, n'a relevé que ce qu'il lui a paru sérieux, c'est-à-dire qu'il a laissé de côté nombre d'allégations, à son goût frivoles, sans portée ou étrangères à la question chrétienne. Nous ne prenons pas ce texte dans toute sa rigueur ; nous en tirons cependant deux observations. En premier lieu, quand nous considérons le grand nombre d'extraits du livre de Celse cités par Origène et dont plusieurs ont une petite valeur, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître la sincérité et l'exactitude du polémiste chrétien. En second lieu, il parait impossible de voir

ces extraitsjplus qu'Origène n'y a voulu mettre, à savoi] un choix.

Il est donc avéré qu'il y a dans les citations du livre de Celse qu'on trouve dans la réfutation d'Origène , nombre de lacunes dont plusieurs paraissent importantes, dont la plupart sont impossibles à mesurer et remplir, et par conséquent que la restitution de l'ouvrage entier n'est possible que dans les limites d'un très-large à peu près.

Nous ajouterons cependant qu'il n'est pas d'ouvrage, à notre connaissance, parmi ceux dont une réfutation seule nous ait transmis la mémoire, qui soit aussi peu mutUé, renferme un aussi grand nombre de fragments aussi bien suivis et dont on puisse en somme se faire une idée aussi exacte. Dans la plupart des polémiques, chacun se met à l'aise, use librement des tours et des artifices de la rhétorique, choisit ses points d'attaque, se resserre ou s'étend, couvre les arguments gênants du voile commode des prétéritions dédaigneuses, interprète au lieu de citer, et, sans en avoir l'air, désarme l'adversaire afin d'en avoir plus facilement raison. Les plus con-

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sciencieux mêmes se résignent mal à traîner comme un boulet les textes qu'ils combattent. Leur marche en serait retardée ; une composition qui n'est qu'un examen critique d'une suite de passages intercalés est presque illisible et ressemble plus aux notes et aux matériaux d'un livre qu'on prépare, qu'à un ouvrage composé. On doit savoir gré à Origène de s'être borné au rôle de rapporteur scrupuleux. S'il se fût préoccupé davantage de la question d'art et n'eût pas montré cette sincérité presque passive, nous serions réduits aujourd'hui à deviner l'ouvrage de Celse, tandis que malgré les vides que nous venons d'énumérer, nous le possédons dans ses parties essentielles et presque dans la teneur même de son texte.

A voir cette fidélité scrupuleuse , on peut s'étonner qu'Origène n'ait fait nulle part mention du plan et des divisions générales du livre de Celse. Les huit livres en effet entre lesquels se partage sa réfutation ne correspondent pas à autant de parties du Discours véritable. Il suffit pour s'en convaincre de considérer les derniers fragments cités à la fin de chaque livre d'Origène et ceux qui ouvrent le livre suivant. On verra partout, si ce n'est à la fin du premier et à la fin du second, que les fragments se suivent fort exactement, et parfois même qu'une citation faite à la fin d'un livre est reprise au commencement du livre qui vient après. On ne saurait même dire pourquoi Origène a partagé sa réfutation en huit livres plutôt qu'en quatre, en six ou en dix. En prenant l'ouvrage en bloc, et en le partageant en huit parties égales, on tomberait peut-être sur la division même d'Origène. A la fin du troisième livre, Origène écrit : « Mais notre troisième livre étant désor-

2l)4 LES PëRSÉCUTIUNS DE L'ÉOLISE.

mais assez long, nous le finirons ici, pour continuer dans le suivant de nous défendre contre les attaques de Celse. »

A la fin du sixième livre, Origène, après une citation de Celse, écrit de même : « Mais comme le sixième livre est assez long , nous le finirons ici pour commencer dans le suivant l'examen de ce que Celse avance... La matière est si ample et a besoin de tant d'éclaircissements que, si nous l'avions entamée, il aurait fallu ou l'interrompre ou donner à ce livre une longueur tout à fait disproportionnée à celle des autres, deux inconvénients que nous voulons éviter. » Le septième livre d'Origène finit de la même manière. «Celse ajoute : Mais c'est qu'il n'est pas possible de servir à la fois plusieurs maîtres, ce que nous examinerons dans le livre suivant ; car celui-ci qui est le septième est déjà d'une longueur raisonnable. » Ainsi c'est une règle toute matérielle qui a servi à mesurer les divisions de l'ouvrage d'Origène. L'auteur s'arrête et clôt chacun de ses livres, non lorsqu'il a épuisé un certain ordre d'idées, mais lorsqu'il a écrit un certain nombre de pages, de façon que chaque livre soit d'égale étendue, et que la loi des proportions des parties soit exactement observée. C'est une division tout artificielle, absolument étrangère à la nature des questions traitées. Quant à l'ordre adopté dans sa réfutation, Origène ne parait pas en avoir cherché d'autre que celui même que Celse avait suivi dans son livre. Lorsqu'il transpose ou déplace une pensée de son adversaire pour les besoins de l'argumentation, ce qui est rare du reste, il en avertit. Sa règle est de le suivre pied à pied sur tous les terrains où il le conduit, citant ou résumant un

texte, puis répondant, puis passant au texte qui suit, et de la sorte jusqu'à la fin.

Il est donc assuré que nous avons, avec une bonne part du texte de Celse, la suite continue des idées et des arguments qu'il avait mis en œuvre, et que si le plan et les divisions du Discours véritable nous échappent, ce n'est pas à Origène qu'il faut s'en prendre.

Mais ce plan et ces divisions nous échappent-ils en effet? Origène, au début de son troisième livre, nous dit qu'après son préambule, Celse introduit un Juif qui argumente d'abord contre Jésus, puis contre les Juifs devenus chrétiens, et qu'ensuite, laissant de côté toute prosopopée, Celse argumente de son chef contre les Juifs et les chrétiens tout ensemble.

Il y aurait là, et plusieurs y ont vu une division du Discours véritable en quatre parties :

1° Une préface avec les généralités ordinaires qu'elle comporte.

2° Discours d'un Juif imaginaire à Jésus pour combattre sa prétention supposée à passer pour Dieu.

3° Discours du même Juif à ses coreligionnaires abusés et ayant abandonné les antiques croyances de leurs pères pour embrasser les nouveautés chrétiennes.

4° Enfin, polémique de Celse contre le monothéisme exclusif des Juifs et des chrétiens.

Mais si, en laissant de côté la préface, dont nous n'avons qu'un large résumé, l'on considère que les extraits de la première partie contenus dans les deux derniers tiers du premier livre d'Origène ne forment guère plus de cinq pages, ceux de la seconde contenus dans le second livre d'Origène, environ une quinzaine, etceux de la troisième épars dans les six derniers livres, plus

de quatre-vingts, on reconnaîtra que la loi des proportions matérielles qui, comme on l'a vu, pèse si fort sur Origène, serait trop manifestement violée, pour qu'on puisse attribuer à Celse une pareille division. Tout écrivain, et particulièrement un écrivain grec, est trop soucieux d'esthétique pour ne pas mettre un plus juste équilibre entre les diverses parties d'une œuvre d'esprit.

Nous remarquerons de plus, qu'à regarder la forme plus que le fond, ces deux premières parties n'en font qu'une, car il ne s'y agit uniquement, qu'on s'adresse au maître ou aux disciples, que d'une polémique contre les chrétiens, au point de vue strict du pur judaïsme.

En réunissant ces deux parties en une seule, comme il paraît juste, on obtiendrait une division nouvelle, et l'ouvrage de Celse comprendrait, outre le préambule : 1° une argumentation au point de vue juif ; 2** une argumentation au point de vue païen. Mais alors encore le manque de proportion entre ces deux parties, dont l'une compterait une vingtaine de pages et l'autre plus de quatre-vingts, garderait quelque chose de choquant. De plus, le point de vue païen est multiple, car il comprend le philosophe, le serviteur des dieux et le politique; et, en fait, Celse paraît prendre tour à tour le langage de ces divers personnages. Ici on voit à plein le philosophe, platonicien ou stoïcien ; ailleurs on entend le langage de la dévotion positive et légale ; ailleurs Celse s'exprime non en fanatique, mais en citoyen, en esprit conciliant, ami de la liberté, de la paix, et dévoué aux larges traditions de la civilisation grécoromaine.

On serait obligé de changer l'ordre des fragments

qu'Origène nous a conservés, c'est-à-dire, comme il est peu contestable, Tordre même de l'ouvrage de Celse, si Ton voulait trouver dans les six derniers livres d'Origèae la justification des subdivisions que nous indiquons ici pour cette seconde partie. L'auteur païen ne s'est pas mis à l'attache. Son allure est libre et dégagée, non pédantesquement méthodique. Les raisons tirées de la philosophie, des religions établies et de la politique se confondent dans sa polémique ; et, pour tout ordonner, on risquerait de tout brouiller.

Le silence d'Origène sur les divisions matérielles du Discours véritable nous est une suffisante preuve que cet ouvrage n'avait pas été partagé par son auteur en plusieurs parties distinctes et séparées, mais qu'il ne formait qu'un seul livre, où l'auteur s'étendait à loisir, se permettant digressions et redites, mêlant la satire à la critique, les plaisanteries aux arguments, la menace aux conseils, prenant tour à tour, à sa fantaisie, les tons les plus divers, s'inspirant tantôt de la philosophie et tantôt du patriotisme d'un bon citoyen ou de la prévoyance d'un homme d'État.

Quelle que soit cependant la liberté d'allure de Celse, et, bien que son ouvrage n'eût pas été partagé en plusieurs livres, il semble que, sous l'apparent désordre de cette discussion, on puisse distinguer dans le Discours véritable un plan et y marquer plusieurs divisions idéales.

Nous noterons d'abord celles qui nous semblent ne pouvoir être mises en question.

En premier lieu, la préface. Cette première division nous est fournie par Origène en plusieurs endroits.

En second lieu, la double prosopopée qui commence

au § 28 du premier livre et se termine avec le second livre. C'est une partie, non pas indépendante du reste, mais qu'on en doit distinguer nettement, pour cette raison qu'elle comprend une polémique d'un caractère particulier, fondée sur des principes spéciaux, polémique qui, à la rigueur, se suffit à elle-même et ne se confond point avec celle qui suit.

Le premier fragment de Celse qu'on trouve au § 1 du troisième livre d'Origène a bien l'air d'un commencement nouveau et nous fait, en tous cas, — l'interlocuteur ayant changé, et le païen ayant pris la place du Juif — entrer dans un autre ordre d'idées. Cependant, si l'on veut faire attention que le premier fragment du livre suivant est, peu s'en faut, identique, et qu'il est difficile de faire une division spéciale des citations qui se trouvent dans le troisième livre, on se gardera d'arrêter la première partie du livre de Celse à la fin du second livre, mais on prolongera cette première partie jusqu'à la fin du livre suivant. Celse, dans les deux premiers livres d'Origène, a livré en quelque sorte les chrétiens aux objections d'un Juif. Celui-ci a fini son œuvre à la fin du second livre. Celse, qui s'est fait, en idée, spectateur et témoin des coups, prend la parole lui-même au commencement du troisième, conclut sommairement au sujet de cette première polémique : puis, sans entrer encore dans la discussion des doctrines, juge en quelque sorte du dehors la secte nouvelle, comme quelqu'un de la foule qui ne saurait des chrétiens que ce que tout le monde en sait et en voit. Ces généralités, dont plus d'un trait doit être recueilli par l'historien, remplissent le troisième livre d'Origène qui se rattache ainsi aux deux premiers, et forme avec

eux une seule division. Si l'on sépare en efifet les fragments du troisième livre et qu'on suppose que Celse y commence, à proprement parler, son argumentation, on ne pourra s'empêcher d'estimer que celle-ci est peu précise, malgré l'intérêt de plusieurs détails, et l'on ne comprendra guère que le texte de Celse qui ouvre le quatrième livre d'Origène soit exactement le même que celui qu'on trouve au début du troisième. Il n'y a pas double emploi au contraire, si l'on entend qu'au commencement du troisième livre, Celse conclut au sujet de' la polémique des Juifs contre les chrétiens qu'il a mise justement dans la bouche d'un Juif, et qu'au début du quatrième il commence son attaque en s'adressant à la fois aux deux religions, à la mère et à la fille.

Donc il nous paraît que la première partie de l'ouvrage de Celse s'étend depuis le § 28 du premier livre' jusqu'à la fin du troisième livre d'Origène, et peut être intitulée ainsi : Objections des Juifs contre les chrétiens; conclusion sommaire sur ce points et traits- généraux de la secte et de la propagande chrétiennes.

Notre seconde division du Discours véritable comprendrait à peu près les deux livres suivants du traité d'Origène. Elle commencerait, selon nous, avec le premier fragment du livre IV et s'arrêterait au fragment cité au § S2 du livre V, en excluant, pour l'unir au texte du livre V, 32, une courte citation qu'Origène a déplacée, comme il en avertit, et qui se trouve au § 33 de ce même livre.

Cette seconde partie aurait, à très-peu près, la même étendue que la première. Elle présente une dis-

cussion plus serrée, et qui va plus au fond des choses. L'homme du monde a laissé la place au philosophe. Celui-ci s'attaque aux Juifs et aux chrétiens tout ensemble, desquels les premiers attendent la venue d'un Messie ici-bas; les seconds prétendent qu'elle a eu lieu déjà. L'argimientation de Celse, qui porte sur ridée de l'apparition d'un Dieu ou d'un messager divin sur la terre, après avoir touché à la fois les Juifs et les chrétiens, et avoir donné lieu à des considérations générales sur la Providence et la place exagérée que rhomme s'attribue dans l'ordre général des choses, est tournée particulièrement contre les Juifs. Après avoir gourmande leur orgueil et leurs préjugés, Celse leur accorde cependant de garder leur religion, non parce qu'elle est vraie — car il ne se place nulle pajrt à ce point de vue — , mais parce qu'elle est étabUe et qu'elle est une institution nationale et consacrée pÉU* le tenops.

Il est assez difficile de comprendre sous un titre général le grand nombre d'idées qu'embrasse cette seconde partie. On pourrait cependant proposer celuici : Objections contre la descente de Dieu ou dun personnage divin ici-bas^ et polémique contre les lég&%de$ puériles et les prétentions orgueilleuses des Juifs.

Nous ferions une troisième division dans le livre de Celse, des fragments de la fin du cinquième livre d'Origène, de ceux du sixième livre entier, et de ceux qu'on trouve dans les soixante et un premiers paragraphes du septième livre.

Cette nouvelle partie, qui comprendrait aussi la valeur de deux Uvres d'Origène, commencerait, selon nous, au § 32 du cinquième livre, par le texte suivant qui se trouve au § 33 du même Uvre : « Que la seconde

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troupe se présente maintenant : nous lui demanderons d'où ils viennent, qui ils suivent, et sur quelle loi ils se fondent, qu'ils puissent alléguer comme une loi de leur pays, » et s'arrêterait à ces mots de Celse cités au début du § 62 du septième livre : « Passons à autre chose, » etc.

Celse, dans la partie précédente, s'est attaqué surtout aux Juifs, bien que la plupart des traits qu'il dirige contre eux atteignent aussi les chrétiens. Maintenant il s'en prend aux seuls chrétiens. Cette partie est le cœur même du livre et, si l'on peut dire, le nerf de toute sa polémique. Elle était vraisemblablement la plus longue dans l'ouvrage même de Celse. Elle reste encore, malgré de nombreuses lacunes, la plus pleine ; mais en même temps, à cause de ces lacunes et peut-être de certaines transpositions, à cause aussi de plusieurs digressions ou redites, elle paraît la plus confuse et la moins bien ordonnée. Pour cela même, un titre général comprenant les divers développements qu'elle contient est assez difficile à trouver. Nous proposerions le suivant : Objections contre la secte chrétienne^ ses divisions^ ses enseignements secrets, ses pratiques^ sa doctrine morale, théologique j cosmogonique et eschatologique.

Enfin les fragments du Discours véritable contenus dans la fin du septième et dans le huitième livre entier d'Origène, depuis VII, 62, jusqu'à VIII, 76, donneraient lieu, selon nous, à la quatrième et dernière division du livre de Celse.

Cette quatrième partie a un^ractère à part et qui la distingue profondément des trois précédentes. Les traits de polémique s'y rencontrent encore sans doute ;

Celse y garde encore Fattitude d'un adversaire et parfois le ton méprisant et menaçant d'un ennemi qui sait que Topinion commune est son alliée, et que la puissance publique, qui a déjà pris parti, pourra, dès le lendemain peut-être, ajouter une sanction sanglante à ses arguments : cependant, comme s'il savait que toute discussion et toute réfutation sont vaines contre des gens entêtés de leur extravagance, Celse semble accorder aux chrétiens de suivre leur manie et d'adorer leur Dieu, pourvu qu'ils ne refusent pas de rendre aussi respect et hommage à ceux de l'empire, et qu'ils ne répudient pas, dans la crise que traverse le monde romain, leurs devoirs de citoyens et de soldats. C'est comme un traité de paix qu'il leur o&e.

On pourrait intituler cette quatrième et dernière partie du Discours véritable: Conclusion; essai de conciliation et appel à l'esprit de confraternité religieuse et patriotique de tous les chrétiens de bonne volonté.

Ainsi le livre de Celse comprendrait, selon nous, les divisions suivantes :

Une préface ou un préambule.

1'® Partie. — Objections contre les chrétiens au point de vue du judaïsme, et traits généraux de la secte et de la propagande chrétiennes.

2® Partie. — Objections contre Vapparitùm de Dieu ou d'un personnage divin dans le monde^ et polémique contre les légendes puériles et les prétentions orgueilleuses des Juifs.

3® Partie. — Objections contre là secte chrétienne, ses divisions^ ses enseignements secrets^ ses pratiques

superstitieuses^ sa doctrine morale, théologique, cosmogonique et eschatologique.

4^ Partie. — Conclusion ; essai de conciliation et appel à l'esprit de confraternité religieuse et patriotique de tous les chrétiens de bonne volonté.

Nous n'oserions prétendre que ce partage du Discours véritable soit la restitution exacte de la division que Celse avait adoptée. Nous ne savons même pas si Celse avait en effet partagé son livre en plusieurs sections. A vrai dire, en présence du silence absolu d'Origène sur ce point, on en peut douter. Mais la division que nous proposons, encore qu'elle soit arbitraire ou idéale, nous parait correspondre assez bien au mouvement des idées du philosophe païen, et être au moins utile pour comprendre le plan et la suite de sa polémique. Dans une composition ordonnée, quelle qu'elle soit, dans celles mêmes ou manquent les divisions en livres et en chapitres, on peut évidemment marquer diverses étapes ou points d'arrêts, où l'auteur a repris haleine pour passer d'un développement à un autre. Peut-être pourrait-on, dans l'ouvrage de Celse, tel que nous le possédons, multipUer davantage les divisions. Le partage que nous avons fait garde la juste mesure des proportions, car chacune des quatre parties notées ci-dessus est, à très-peu, d'égale étendue, et de plus laisse voir dans l'ordre des idées du philosophe païen un constant progrès et une gradation manifeste.

En effet, Celse se déguise d'abord en Juif, et, sous ce masque, argumente contre Jésus et les chrétiens issus du judaïsme ; puis il prend l'apparence d'un païen de culture moyenne qui sait des chrétiens, non tout ce

qu*on en peut savoir, mais ce que personne n'ignore et ce qui saute aux yeux de tous : leurs disputes intérieures, dans quel obscur milieu et par quelles voies clandestines ils se recrutent, par la glu de quelles promesses et par l'épouvantail de quelles menaces ils captivent et troublent les âmes faibles ; puis l'historien, le philosophe, parait en scène, contre le judaïsme d'abord, dont le christianisme est comme une hérésie , ensuite contre le christianisme seul et ses sectes diverses, entrant dans le détail des opinions et des pratiques, mêlant la critique à l'enseignement, comme les traits satiriques aux raisons. Enfin Celse parle au nom de la religion universelle, dont le christianisme n'est en somme, à ses yeux, qu'une forme particulière, s'élève à des considérations d'État, et, au nom de la civilisation générale qui, en face des barbares menaçants , a besoin de toutes ses forces, il adjure les chrétiens de ne pas se séparer de la patrie romaine, de ne pas se dérober aux charges et aux services publics qui incombent à tous les hommes de cœur et à tous les bons citoyens.

Telle est la vue d'ensemble du livre de Celse ; tels la marche de son argumentation et le progrès de ses idées. Nous croyons qu'on est mal venu, après cela, de parler de désordre et de confusion. Quoi qu'on pense du fond même de la critique de Celse, son ouvrage était composé et ordonné avec un art consommé. Nul encore n'avait institué contre la religion nouvelle une attaque aussi bien entendue, ne l'avait prise à la fois par tant décotes.

LE

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