‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 248 sur 286 · Vit. 4poU., ^, ii · texte numérisé non relu

Vit. 4poU., ^, ii

Apollonius et Damis, avec leur guide, se dirigent alors vers Tlnde. Ils voient en passant le rocher du Caucase y où Prométhée fut enchaîné a pour avoir trop aimérhumanité.» Damis assurait même qu'on distingue encore les chaînes attachées au rocher, mais qu'il est difScîle d'en déterminer le métal.. En passant, Apollonius exorcise une empuse, « le fantôme s'enfuit en poussant des cris aigus » au sommet du Caucase. Apollonius, dans un assez long discours adressé à Damis, essaie d'élever cette âme chétive et terre à terre, en lui expliquant que Fàme, lorsqu'elle est pure et . sans souillure, s'élève, dans ses contemplations bien audessus du Caucase. Enfin, ils traversent le Cophène et Fin dus, et arrivent à Taxiles, où était le palais de Phraote, roi deFInde; Apollonius s'arrête dans le temple placé devant les murs de la ville.

Bientôt le roi Phraote, roi philosophe, élève des brahmanes, reçoit les voyageurs, leur fait visiter le temple du Soleil, explique à Apollonius les épreuves par lesquelles il faut passer pour être reçu au rang des philosophes, lui raconte les traverses qu'il a subies avant de monter au trône , lui donne des renseignements sur le séjour des brahmanes, séjour inviolable à la force — car la foudre et le tonnerre défendent de toute attaque ces hommes sacrés et amis des dieux, — dispute avec lui sur l'usage du vin, lui demande le secours de ses lumières dans la décision d'un procès, et après lui avoir donné des bêtes de somme, des vivres et une lettre de recommandation pour Jarchas, le doyen des brahmanes, il le laisse aller.

A trente stades de l'Hyphase , nos voyageurs trouvèrent des autels avec deux inscriptions. L'un portait :

Ici Alexandre s'arrêta; Fautre élevé apparemment paf Alexandre : A mon père Ammon. A mon frère Hercule^ A Minerve Providence. A Jupiter Olympien. Aux car bires de Samotkrace. Au Soleil indien. A Apollon de Delphes. ^

A mesure qu'on pénètre dans le Haut-Orient, le merveilleux augmente. L'Hyphase nourrit des insectes qui, fondus ou écrasés, donnent une huile qui produit une flamme inextinguible, et sur ses bords on trouve des onagres, dont la corne unique sert à faire des coupes qui guérissent de toutes les maladies ceux qui s'en servent pour boire. Le pays voit naître aussi, pour le service de la Vénus indienne, des femmes moitié noires et moitié blanches, des blés, des fèves, du sésame et du millet d'une grosseur extraordinaire, des serpents de trente coudées, dont la prunelle est faite d'une pierre précieuse, et qui en ont une autre dans la tête douée d'une vertu merveilleuse. On Jrend ces serpents en étendant devant leur repaire une étoffe rouge où sont tracés des caractères magiques ; on voit là des bergers qui font paître des troupeaux de biches blanches, et des singes qui font pour l'honune la récolte du poivrier.

La colline où demeurent les Sages a la même hauteur que l'Acropole ; elle est environnée d'un brouillard qui enveloppe ses hôtes comme d'une nuée. En divers endroits du rocher sur lequel ils résident, on rémarque sur la pierre des empreintes de dos d'hommes, de barbes, de visages et de pieds fourchus. Ce sont les traces de la chute des Pans et des Satyres que Bacchus et Hercule poussèrent jadis à Fescalade et qui furent foudroyés par le tonnerre qui défend les

brahmanes. Apollonius est invité par un messager, qui lui parle grec et le nomme par son nom, à monter à la Sainte Montagne. En montant, il passe auprès d'un puits consacré , dont le fond est d'arsenic rouge , à côté duquel se trouve un bassin de feu qui est. toujours plein et ne déborde jamais, et sert à la purification des Sages. Ils appellent ce puits, puits de la purification^ et ce feu, le feu du Pardon. Non loin se trouvent deux tonneaux de pierre noire , l'un de la pluie , l'autre des vents ; à côté, des statues des plus anciens dieux de la Grèce, que les Sages indiens honorent suivant les rites des Grecs, bien qu'ils adorent particulièrement le feu, qu'ils tirent eux-mêmes du soleil, auquel tous les jours, à midi, ils chantent un hymne. Les brahmanes de rinde, comme Ta écrit Apollonius, sont sur la terre, sans être de la terre : quand ils rendent leur culte au soleil, ils s'élèvent sans effort de deux coudées audessus du sol. Le feu, qu'ils tirent d'un des rayons du soleil, flotte en l'air comme un rayon répercuté par Feau. Le jour, ils prient le soleil, père des saisons, de rendre l'Inde florissante et prospère ; la nuit , ils supplient leur rayon de ne pas s'indigner des ténèbres. Us portent des mitres blanches , marchent nu^pieds , vêtus de pur lin, et laissent croître leurs cheveux ; ils ont un anneau et une baguette doués de vertus souveraines, mais mystérieuses.

Apollonius est admis devant les Sages. Jarchas, leur chef, le salue en grec, lui demande la lettre du roi, et lui dit : « Que pensez-vous de nous? Que croyezvous que nous sachions de plus que vous? — Je croi» que votre science , répond Apollonius , est bestucoup plus étendue et plus divine que la mienne. » Et Jai^

chas montre à Apollonius qu'il n'ignore rien de ce qui concerne sa personne, sa famille et toute sa vie passée. « Voulez-vous m'initier à votre science , dit Apollonius émerveillé. — Oui, répond Jarchas, car il y a plus de. sagesse à cela, quJil n'y en aurait à vous cacher, par une envie maligne, ce qui mérite d'être su. » Et après certaines cérémonies en l'honneur des dieux. Apollonius , s'adressant à Jarchas : « Que croyez-vous être ? dit- il. — Des dieux. — Pourquoi ? — Parce que nous sommes vertueux. » Jarchas et Apollonius continuent à s'entretenir. Jarchas exphque qu'il a autrefois vécu dans le corps d'un Sage indien, bienfaiteur du pays, nommé Gange ; et Apollonius raconte à son tour que, dans une vie précédente, il a été pilote et a signalé sa vertu, en refusant de vendre aux pirates le navire qu'il dirigeait. Jarchas raille la justice imparfaite des Grecs, qui consiste à s'abstenir d'injustice, et l'idée qu'ils ont eue de confier le sceptre de la justice infernale à Minos , cruel tyran , tandis qu'ils plaçaient parmi les condamnés le bon Tantale , ami de l'humanité. Les brahmanes reçoivent ensuite la visite d'un roi voisin , qui vient les consulter sur les intérêts de son royaume. Une collation lui est offerte, servie par des trépieds et des échansons d'airain; Jarchas présente Apollonius à ce roi. Celui-ci est peu ami de la philo-: Sophie et a puisé chez les Égyptiens nombre de préjugés défavorables aux Grecs ; mais après avoir causé avec Apollonius, il s'en retourna réconcilié avec les Grecs.

Jarchas fait comprendre à Apollonius le bel ordre et le sage gouvernement du monde. « Le premier rang, le rang suprême appartient à Dieu, au créateur du moi

La place suivante est due aux dieux, qui en gouvernent les parties. Et ici nous acceptons pleinement ce que disent les poètes, qu'il y a un grand nombre de dieux au ciel, un grand nombre sur la mer, un grand nombre dans les fleuves et les fontaines, un grand ncmibre sur terre, et qu'il y en a même sous la terre. Cependant^ comme les espaces qui s'étendent sous terre, s'fl y en a en effet, sont dans les chants des poètes des sér jours d'horreur et de mort , séparons-les du reste dû monde*, »

Ces entretiens sont interrompus par Fàirivée d'un messager amenant aux Sages des Indiens qui ont besoin de leurs secours. C'est d'abord une jeune femme dont le fils est possédé par un démon qui le tourmente. Jarchas donne à cette femme un écrit qui suffira à l'expulser. Un boiteux se présente ensuite : il avait, par suite d'une blessure reçue à la chasse, une jambe plus courte que l'autre. « Jarchas lui toucha la jambe, et aussitôt elle se redressa et le jeune honmie s'en alla guéri. » Un homme qui avait les deux yeux crevés, s'en alla après les avoir recouvrés tous les deux. Un autre, qui était manchot, retrouva l'usage de son bras. Une femme qui avait en sept couches difficiles fut également soulagée. Un père qui perdait tous ses enfants en Bas âge reçut une recette infaillible pour conserver celui qui venait de lui naître. Il semble que ces cures merveilleuses soient ici jeux d'enfant^. ApoUomus est ensuite initié aux invocations et aux sacrifices nécessaires pour acquérir la connaissance de l'avenir. Jarchas explique que cette

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