‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 61 sur 286 · De mort, Pereg · texte numérisé non relu

De mort, Pereg

ioO LES PERSÉCUTIONS DE L'ÉGLISE.

guère du Pérégrinus historique, ni du Pérégrinus personnifiant un évêque chrétien qu'il ait songé à armer les Grecs contre les Romains \ Le mot de factieux et d'ennemis publics, dans la bouche des adversaires du nom chrétien, n'a jamais eu un sens aussi précis ni aussi déterminé. Nous inclinerions plutôt à rapporter ce grief, si peu intelligible qu'il soit, au philosophe cynique, par la raison que les détails qui suivent immédiatement sur des invectives adressées par Pérégrinus à Hérode-Atticus se trouvent confirmés par le témoignage de Philostrate ^.

La parodie de Lucien porte évidemment sur le martyre chrétien en général, qui lui apparaît comme un suicide pompeux et théâtral. Pérégrinus pouvait attendre la mort, ou se la donner sans bruit. Mais il a voulu en faire un spectacle public, y convoquer tous les Grecs, la présenter comme un exemple et un enseignement, s'immortaliser par un coup d'éclat. Aux yeux de Lucien, que font autre chose les chrétiens qui, pouvant se tuer obscurément s'ils en ont envie vont se livrer aux juges et leur forcer la main, comme le groupe des Philadelphiens de Smyrne qui s'étaient préparés au supplice comme les athlètes aux exercices de la palestre, ou comme Polycarpe qui, pouvant sauver sa vie par un geste et un mot, a mieux aimé monter sur le bûcher?

Le fait historique de l'auto-da-fé volontaire de Pérégrinus sert à Lucien dans toute la suite de son récit de

t . "Apn ^1 Tou; ÉXXYjvaç s ireiôtv àvTfltpaoOai oicXa P«u.aîoiç, — Pérégrinus, 19.

2. Lucien, De mort, Pereg., 19. — Cf. Philostrate, Soph,, II, 1, 33.

matière à cette caricature évidemment intentionnelle.

Nous en notons ici les traits.

Pérégrinus, dit Lucien, veut périr par le feu. Et il se rend justice, par Hercule, en s'imposantle supplice dû aux forfaits des parricides et des athées*. Il prétend qu'il n'agit ainsi que pour le bien de l'humanité, et pour apprendre aux hommes à mépriser la mort et à braver les tourments^. Est-il donc souhaitable qu'il apprenne aux scélérats à rire des châtiments et à les dédaigner, et rende de la sorte les méchants plus audacieux et plus téméraires? Mais la contagion de cet exemple n'est pas fort à craindre chez ses disciples, bien que, par la voie du feu, ils puissent, à l'entendre, arriver en un moment à la félicité suprême^.

On dit même qu'au fond, Pérégrinus n'est pas si résolu qu'il le paraît, et qu'il alléguerait même des songes. Certes aucun Dieu ne s'indignera de voir le misérable Pérégrinus périr misérablement. D'autre part, il ne lui est pas facile de se rétracter. Les chiens de sa société Texcitent, le poussent au feu d'une seule voix, lui embrasent l'esprit et ne le laissent pas reculera S'il pouvait seulement en entraîner deux avec lui, ce serait un joli tour. Après son sacrifice, il espère des autels. Et il n'est pas impossible en effet, que dans cette foule de niais, il ne se trouve quelqu'un, qui vienne déclarer qu'il a été guéri par lui de la fièvre quarte. Déjà ses exécrables disciples parlent d'élever

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