‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 60 sur 286 · De mort, Peregr · texte numérisé non relu

De mort, Peregr

2. Ruinart, Act. Sine, et Select,, éd. Ratisb., 1859, p. 87. — icr. Lat, XI. -^ Act, Grasc, XII.

ceux que Lucien a répandus dans son récit de la vie < de la mort de Pérégrinus. De plus, le martyre de Poly carpe qui avait eu lieu dix ou douze ans auparavanl (février 1 55) , pouvait être présent à toutes les mémoires, et fournissait à Lucien un canevas tout préparé.

Nous croyons que Lucien ne s'est attaché servilement ni à copier l'histoire d'Ignace ni à reproduire celle de Polycarpe ; qu'il a parodié non tel ou tel personnage historique en particulier, mais a composé son roman satirique en réunissant librement divers traits que ses observations ou les on dit lui avaient fournis ;* que son Pérégrinus est comme un type autour duquel il a groupé des faits et des circonstances empruntés è divers épisodes contemporains, à la vie et à la mortde différents personnages, sans se refuser le droit de broder à sa fantaisie.

L'arrestation d'un évêque chrétien, sous Antonin. par suite d'une accusation privée ou de sommations impératives de la foule réunie à l'amphithéâtre, l'émo tion des fidèles qui se sentent tous atteints par le ma! heur de leur chef, le mouvement qu'ils se donner pour le sauver, pour lui apporter au moins aide, souIj gement ou consolation ; les geôliers gagnés, et les pn miers de la secte mangeant avec le prisonnier et vei lant avec lui dans de saintes lectures, les députatioi envoyées par les Églises des cités d'alentour, la facilii d'un magistrat sans préjugés qui renvoie le prisoi nier, se refuse à le punir en l'absence de tout cria de droit commun et ne veut pas prêter la main à Fei travagance d'un fanatique, commue il pense, qui aspii à mourir ; les disputes des fidèles sur l'usage de viandes provenant des sacrifices, la ferveur de la prc

dication faisant expulser de Rome tel ou tel docteur de langue téméraire; la mort par le feu, considérée comme moyen de purifier et de dégager Tâme, et donnée ici comme volontaire, parce que le plus souvent les chrétiens la cherchaient ; Fannonce de ce sacrifice faite longtemps à l'avance et proposée comme un grand exemple ; les passions divisées des amis, les uns voulant que le futur confesseur ait pitié, sinon de lui au moins d'eux-mêmes, et se conserve pour ses frères, les autres, au contraire, encourageant sa fermeté et l'excitant à persévérer jusqu'au bout dans son généreux dessein; les dernières paroles du patient, les circonstances extérieures qui accompagnent et illustrent le martyre, le tonnerre et le tremblement de terre; l'empressement des fidèles à recueillir quelque relique du mort ; les récits merveilleux qui courent presque aussitôt parmi ses disciples ; la colombe (le vautour de Lucien) qu'ils ont vue s'envoler du bûcher, les apparitions du mort vêtu d'un robe blanche, la circulation prétendue de lettres et de testaments spirituels laissés par le saint personnage, le culte de sa mémoire, etc. : tous ces traits, séparément historiques, on peut le dire, ont servi à la composition du roman de Lucien, sans qu'il soit de grand intérêt de chercher précisément l'origine de chacun d'eux.

Ce qui maintenant nous paraît hors de doute, c'est l'intention satirique de l'auteur.

Il serait merveilleux que Lucien, si bien au courant des nouveautés religieuses de son temps, et qui a consacré un de ses livres à Alexandre d'Abonotichos, dont l'imposture, un moment élevée à la hauteur d'une institution d'État, était éclose de son vivant, n'eût pas

eu connaissance et n'eût pas parlé d'une religion comptant alors un siècle et demi d'existence, de nombreux et chauds adhérents partout, et particuhèrement en Syrie, dans la province procoûsulaire d'Asie, dans laBithynie et le Pont, ayant une hiérarchie, des livres sacrés et un culte, et, au milieu de la tolérance universelle, placée exceptionnellement hors la loi. Il ne serait pas moins étonnant que cet écrivain qui fait en quelque sorte profession de [persifler S et dont l^esprit sarcastique s'est donné si libre carrière sur toutes les formes anciennes et nouvelles de la dévotion populaire, eût précisément épargné celle qui semblait le plus antipathique à Tesprit païen, et avait le privilège d^uiiir contre elle les colères , les haines et les défiances des ignorants, des lettrés, des philosophes, des jurisconsultes et des hommes d'État.

Lucien cependant ne montre pas de haine pouî* les chrétiens. Il avait pris personnellement à partie Alexandre d'Abonotichos, et il nous raconte qu'un jour, sous prétexte de lui rendre hommage en lui baisant la main, il la lui mordit à l'estropier* On ne voit pas qu'il ait été aussi acharné contre les chrétiens. Excepté dans les fugitifs où il fait mention des bruits qui courent sur leurs banquets^ en admettant encoi'e qu'il s'agisse des chrétiens dans ce dialogue, où leur nom n'est pas prononcé, partout dans ses ouvrages les allusions par lesquelles il les touche sont en général aussi ob-' scures qu'innocentes. Ils sont à ses yeux des charla^ tans et des superstitieux^ des fourbes et des dupes,

rè TOiouTtt^4« it^oc Tûv dtvOpcMruv. --> Lucien, Piscator, 20«

dignes de la pitié et du rire. C'est par ce mot que finît la Lettre sur la mort de Pérégrînus * .

flans ce traité même la satire ne va pas bien loin et la critique proprement dite est nulle. La foule des fidèles est présentée par Lucien comme un composé d'âmes simples et ingénument crédules, qui acceptent docUement et sans rien soumettre à Texamen renseignement qu'ils ont reçu, ont renoncé aux dieux des Grecs, tiennent pour Dieu et adorent un honune jadis mis en croix en Palestine, et vivent selon les lois qu'il a laissées, dédaignent tous les biens et professent qu'ils sont communs à tous, se regardent entre eux comme des frères, méprisent la mort et s'y offrent d'euxmêmes, dans la persuation qu'ils vivront éternellement, sontempressés à s'aider les uns les autres et deviennent aisément la proie des habiles de leur secte. Ce sont là, sauf ce dernier trait, des témoignages plus que des critiques. Et ce dernier trait, Lucien lui-même fournit de quoi le réfuter. Ces gens simples en eflfet, et si faciles à duper, paraissent, dans son récit même, exercer une sorte de surveillance sur leurs chefs, puisqu'on les voit repousser de leur société Pérégrinus, parce qu'il a manqué à quelqu'une des prescriptions sur la distinction des viandes permises et défendues. Le pamphlet commencerait, s'il était vrai que Lucien prêtât aux docteurs de l'Église, à Rome, une attitude d'opposition active et violente en face du pouvoir impérial, et, en Grèce, des conseils de guerre civile. Ces deux passages se rapportent naturellement dans le texte de Lucien à Pérégrinus, mais on ne comprend

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