‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 72 sur 286 · Cont, Cels,, VIII · texte numérisé non relu

Cont, Cels,, VIII

GELSE ET LE DISCOURS VâRITÂBLE. 167

a pas lieu de l'identifier avec ces deux autres livres contre les chrétiens ; et d'autre partj ce qii'Origène en dit, d'après Celse, ne convient guère avec uii pareil titre. Il est clair aussi que ces deux autres livres soiit distincts du Discours véritable dans la pensée du polémiste chrétien. Il nous parait que la double désignation dé livres contre la ttiagie et de ces autres livres contre leg^ chrétiens^ se rapporte à tin seul et mètàë ouvrage* L'expression du doute sur Tattribution de ces ouvrages à l'auteui' du Discours véritable est la même î nous ne nous y arrêterons donc pas. Lucien, après avoir donné des détails sur les fourberies d'Alexandre d' Abonotichos, et sur les nao^éns dont il se setVàît ymf décacheter et recacheter les billets pai' lesquels on Yiip terrogeait, ajoute : « ïl avait inventé plusieurs atiti^es rubriques, mais il est inutile de les rappeler tontes^ sotiè peine de paraître un homme de peu de goût, surtout mx yeux d'un homme tel que toi, qui as suffisâmnifeM traité de ces matières et plus amplement que Je' né' lé fais ici dans tes écrits sur les magiciens, écrits si beatii' et si utiles et si propres à édifier ceux qui les lisent *.- yf Or, si l'on veut songer que le crime de màléficéS' était communément imputé aux chtéti^ris, si l'on veUrf se rappeler que Celse parle continuellement de letirs fourberies et des prestiges par lesquels ife abusaient les esprits faibles, on croira aisément que' dans ce traité de Celse Contre les m^^îczew'^ que nôù's n'avons pins, il devait être fortement question des chrétiens, et qu'encore qu'il ne les eût pas visés seuls, Celse leur avait donné une si grande plaee dans cet ouvrage, qu'un docteur de

l. Atexauder, 21. — Ott sait qtte ce traité Ail écÉ<i« sur la prièiNft

de Celse, et lui fut adressé.

i68 LES PERSÉCDTIONS DE L'ÉGLISE.

FÉglise pouvait bien dire qu'il était écrit contre eux.

Les données d'Origène sur Celse, auteur du Discours véritable, se résument donc en ces quatre points : 1** C'est un personnage duquel on pouvait dire vers 249 qu'il était mort déjà depuis longtemps. 2° Il a vécu sous Hadrien et plus tard. 3® Il est réputé épicurien, mais d'unépicurisme mitigé, fuyant, équivoque, et en quelque sorte honteux. 4° Enfin il a composé aussi contre les ^chrétiens un ouvrage contre la magie, et a annoncé un second discours en forme d'instruction morale.

Ces divers traits conviennent parfaitement au contemporain et ami de Lucien, à ce Celse auquel il a adressé son traité intitulé Alexandre ou Le faux Prophète, composé après la mort de Marc-Aurèle, c'est-àdire après l'an i80.

Lucien, comme nous l'avons vu, mentionne l'ouvrage de Celse contre les magiciens, et, bien qu'il ne dise nuUe part formellement que son ami fut épicurien — on ne saurait pas même assurer avec certitude que Lucien lui-même fût épicurien, — il lui parle cependant d'Épicure avec une sympathie qu'il devait partager, au moins en tant qu'Épicure a enseigné une doctrine dont le premier principe est de juger des hommes et des choses avec une pleine liberté d'esprit. Le témoignage de Lucien sur Celse, l'hommage qu'il rend à l'aménité de ses mœurs, à la douceur, à la modération de son caractère, à son amour de la vérité \. concorde

1. 2ol U.ÈV x%pi^c'p.svc; àv^pi STaîpo) xxl ^IXto, xal ôv ryù iravrcov {/.âXiaTA 6)cu|jt.âaaç £X(i> ii^i ts ac^îa xalTûuipb; àXrjOeiftv epcûTi xat Tooircu

— Alexander^ 61.

bien aussi avec ce que nous pouvons conjecturer de l'adversaire d'Origène, d'après les longs fragments que celui-ci nous a fidèlement conservés du Discours véri-table. Celse est un ennemi du Christianisme, sans doute, mais non un énergumène ni un fanatique. C'est moins un ennemi même qu'un adversaire, qui sait parfois rendre justice à ceux qu'il combat, qui use souvent de l'ironie, mais se défend en général des déclamations vaines et des invectives brutales qui ne prouvent rien, cherche des raisons, prétend en donner, ne voudrait pas triompher par la violence, mais aimerait mieux trouver dans les voies de la conciliation un modus Vivendi acceptable et la base d'un traité de paix entre les deux sociétés.

Origène le traite d'épicurien et Lucien semble indiquer aussi qu'il appartenait à cette École. C'est qu'Origène a la partie plus belle avec un adversaire niant la Providence et professant l'athéisme ; et Lucien, d'autre part , entend par ami d'Épicure un esprit libre de superstitions et dégagé de préjugés. Mais Celse n'est pas épicurien comme Origène l'entend ; et s'il est, en effet, un esprit éclairé et un penseur indépendant comme Lucien l'en loue, on ne voit pas qu'il professe nulle part explicitement les doctrines formelles de l'épicurisme classique. Singulier épicurien qui croit à l'existence d'un Dieu unique, auteur du monde, le gouvernant et l'administrant par des divinités inférieures, ministres de ses volontés ; qui croit à la divination, à l'immortalité de l'âme et au dogme des récompenses et des punitions futures, sans qu'on puisse à juste titre l'accuser d'hypocrisie ! Ces diverses croyances sont l'antipode de l'épicurisme. Dans certaines contro-

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verses, il semble que les opinions moyennes ne soient pas de saison, qu'il faille choisir entre toutes le» afflr mations d'un parti ou toutes les négations de l'autre, et que celui qui ne s'y résout pas doive passer pour un esprit faible et inconsistant. C'est pour cela peut-être, et 9ur les plus vagues données historiques, qu'Origène a fait de Celse un épicurien. Un disciple de Platon eût trop embarrassé l'ami d'Ambroise^ suspect lui^-mème de trop aimer le divin philosophe.

Ne serait-il pas étrange qu'un épicurien qui cite tant de philosophes n'eût pas une seule fois fait mention d'Êpicure?

De vrai , Celse n'est pas épicurien. Nous n'o«erioii» affirmer non plus qu'il fût tout à fait plâtonieien. Sort libre esprit répugne, ce semble, à être enfermé dans ces- catégories d'école , qui n'avaient plus ak>rs,> du reste, le sen& étroit et restreint des premier» temp»^ mais s'étaient singulièrement élargies. Les épietiFieiis étaient plus incrédules, les platoniciens plus religieia^ les stoïciens plus tournés vers les règles de la yie pratique i. Celse n'a inscrit son nom dans aiieime Éedk. Rien ne lui est plus étranger qufe l'esprit sectahrev A l'indépendance de pensée de Tépicurieny il sait ailier la hauteur d^idées et parfois le souffle religieuit du pla* toBdsme et le système d'exégèse des stoïciens^'^ PaTdessus tout cela — et par là il s'éloigne de l'égoîMae transcendant des philosophes — il est fort étroitement attaché à cette forme particulière du patriotisme ,^la série possible alors,, qui consistait dans le souci pfofeftd et

1. HorniuB, Uist, PHil,^ V, 4 : Origenes vero qui oontra sacrun

iltud caput, Celsnm stoieum scripsit

SyeBoer^ Admonith in Orig,^ libros TUI, €mt, Cekwn,

CBLSE ET Lfi DISCOURS VÉRITABLE. i7i

sacré de la civilisation et de la culture gréco-romaine. Le Celse ami de Lucien, et le Celse auteur du Discours véritable réfuté par Origène, ne font pas deux personnages, mais un seul. Origène, qui parle de deux Celse^ l'un qui a vécu sous Néron et l'autre sous Hadrien et sous les Antonins, exclut expressément le premier, et dit que c'est le second qu'il a pris à partie. Quand on n'aurait pas ce témoignage très-précis, la lecture superficielle des huit livres contre Celse suffirait pour permettre d'affirmer en toute assurance, que l'auteur du livre auquel Origène répond n'est pas un contemporain de Néron. La monarchie de Louis XIV ressemble plus à celle des premiers Capétiens que l'organisme ecclésiastique décrit par Celse et les cercles chrétiens du milieu du premier siècle. Or, la co!nridence de ces diverses circonstances de temps, de caractère, d'attribution commune d'un livre contre les magiciens, donne à notre conclusion un degré de pro^ habilité tout à fait voisin de la certitude. H y a de plus tel passage de Celse cité par Origène, qui semble plus qu'une réminiscence d'un texte de Lucien. Bans un dialogue écrit en l'honneur de la belle et spirituelle Panthéa, maîtresse de LuciusVérus, Lucien pariant de l'union trop fréquente chez la femme d'un beau corp^ et d'un esprit vulgaire et borné, écrit : « De pareille* femmes (belles et sottes) ressemblent aux édifices sacrés des Égyptiens : le temple est grand et superbe^ étincelant d'or et de peintures, mais si vous cherche» le dieu qui y habite, c'est un singe, un ibis, un» bouc ou un chat ^) . Et de même, Celse au livre III d'Ori/gène,

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