Lucien, Imagines
comparant les chrétiens aux Égyptiens, écrit: «Quand on s'approche, ce sont des enclos et des bois sacrés magnifiques, de grands et superbes propylées, d'admirables temples, et tout autour, de brillants portiques, et des cérémonies qui impriment dans Tâme un saint et mystérieux respect ; mais si Ton entre et que l'on pénètre au fond, on trouve que l'on a adoré un chat, un singe, un crocodile, un bouc ou un chien ^ »
Il serait étrange, on Favouera, que cette rencontre non-seulement de l'idée, mais delà comparaison et des expressions mêmes, fût purement fortuite. L'éloge de Panthéa a été écrit par Lucien entre 162 et 464. Il n'est pas douteux que Celse ait connu ce dialogue, et que le passage de Lucien s'étant gravé dans son esprit, soit revenu sous sa plume.
On cherche vainement quelle raison on aurait de distinguer le Celse de Lucien et celui d'Origène. Ils sont contemporains, ils ont visité les mêmes pays , la Syrie, la Grèce, l'Egypte ; ils portent même curiosité aux mêmes sujets, et ont composé un même ouvrage sur les Goètes; ils ont même caractère facile et enjoué, même indépendance de pensée et même esprit critique. C'est assez dire, encore une fois, qu'ils ne font pas deux personnages, mais un seul, et qu'on peut en toute sûreté affirmer leur identité.
La question de savoir à quelle date précise Celse a publié son Discours véritable est moins aisée à résoudre d'une manière rigoureuse.
D'un côté, on note que Celse a parlé du culte d'Antinous comme étant encore en vigueur en Egypte, et on
i. Conl, CeU,, III, 17.
ajoute que les honneurs rendus à cette étrange divinité ne durèrent guère plus qu'Hadrien qui les avait institués, et ne purent survivre à la nécessité de flatter un empereur chatouilleux en ses manies ^ D'où Ton conclut qu'il convient de rapporter la composition de l'écrit de Celse aux premières années du règne d'Antonin le Pieux, c'est-à-dire entre l'an 138 et l'an 144 ou 145. De la sorte, le Discours véritable serait le premier ouvrage contre le christianisme et serait antérieur aux écrits des apologistes de l'Église^.
C'est l'opinion [de Gratz, lequel se prononce même pour l'époque de l'empereur Hadrien', et c'est en partie l'avis d'Hagenbach, deHasse, de Tischendorf et de Friedlœnder, qui placent l'ouvrage de Celse vers le milieu du deuxième siècle^.
D'autre part, quelques critiques , et entre autres Volkmar, se fondant sur l'impression générale laissée par l'écrit de Celse, sur le tableau qu'il présente du vigoureux organisme de l'Église chrétienne, sur sa coimaissance des livres saints, des évangiles, et particulièrement de l'Évangile de saint Jean, sur l'opposition
1 . Sur quoi se fonde-t-on pour afûrmer ou pour supposer que les honneurs divins rendus à AntinoUs par ordre d'Hadrien aient cessé après la morl de ce prince? H est certain, au contraire, que ce culte survécut à Hadrien, dura sous Antonin et Marc-Aurèle. Athénagore, en 177, l'atlesle précisément : Kal Avtivcu; œiXavôpw-Trîa twv û^eTèptov irao-^ôvwv irpô; tcÙî Oityîjcoouç ivifj. vop.î2[6aôai Ô6o;. Oî ^i p.iT* àurcùç àëaaavtaTw; Trapètï's^avTo. — Athénag., Légat, pro Christ,^ 30. — Origène même parle, en 348, du dieu Antinous comme si son culte durait encore : TaioDroc ^é è<m xai èv Avtwoou iroXei -cru Aî^tttou vo- [xioôei; elvai 6eo; et sqq. — Contre Celse, l\\.
2. Du discours de Celse contre les chrétiens, intitulé le « Discours Véritable, » mémoire lu par M. J. Denis h l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Caen, p. 4.