Dial. c. Tryph,, C
5. Ou^afxoD TÛv ev raie exxXvxrlaiç 9ipop.sv6iv tùa^iXicdv tcktaiv aOroç 0 Iinaou; àva-yi-yp awTai. — Cont. Cels, VI, 36.
6. Lorsque les Nazaréens demandent quel est ce Jésus, Marc ne leur fait pas dire comme Matthieu : « N'est-ce pas le fils du charpentier?» mais a N'est-ce pa^ le charpentier? » Oûx c^toç 6 t^xtuv, V], 3. Ce
ment Origène ignorait-il ce dernier texte ? Enfin Justin n'allègue pas une seule fois un seul passage de la litté, rature épistolaire des apôtres. L*ignorait-il ? ou plutôt n'est-ce pas qu'elle n'avait pas à ses yeux l'autorité su^ périeure de livres inspirés qu'il réservait aux écrits de l'Ancien Testament?
Il s'en faut tant qu'entre les écrits proprement chré-» tiens, évangéliques ou apostoliques, le triage fût fait et le canon dressé dans la première moitié du second siècle , qu'au commencement du troisième ce travail était loin encore d'être achevé. Cinquante ans aprèg Celse, Origène distinguait parmi les écrits du Nouveau Testament ceux qui étaient généralement reçus de tous, les livres authentiques ou légitimes, Bt$X(a rvvjaiût ; les Uvres généralement rejetés, les livres supposés bâtards, apocryphes, Bt6X(avo6i; ceux enfin de l'autorité desquels on pouvait disputer, les livres incertains et d'autorité mixte Bi6X{a ixaia. Si l'on remonte aux der» iiières années du second siècle, ou tout à fait au com-^ mencement du troisième , on voit que Tertullien , Irénée et l'auteur anonyme du Canon dit de Muratori, ne sont pas parfaitement d'accord entre eux sur le choix des livres chrétiens qui doivent être réputés d'autorité divine. Tous les trois, par exemple, reçoivent le Pasteur d'Hermas, Irénée sans aucun doute, TertuUien et l'auteur du Canon de Muratori par tolérance seulement et avec les plus grands scrupules. Irénée seul admet YEpitre de Clément, les Epitres d'Ignace et de Polycarpe. Le Canon de Muratori admet l'apocalypse de Pierre, exclue par Tertullien et Irénée. Les trois ne repassage de Marc a, il esl vrai, pour variante : u Le fils du charpentier, » et peut-être est-ce cette dernière leçon qu*0rigène lisait?
connaissent qu'une seule épître de Pierre, et encore est-elle à peine tolérée par Tertullien '.
Le canon des Écritures chrétiennes, vers Tan 180, n'est donc ni clos, ni arrêté, ni promulgué. Il y a déjà sans doute, au moins dans la « grande Église », entente parfaite sur les plus importants monuments écrits, comme sur les quatre Évangiles, le livre des actes des apôtres, les épîtres de Paul et la première épître de Jean. Les autres livres destinés à entrer plus tard dans le catalogue officiel des écritures chrétiennes , sont admis par les uns et rejetés par les autres, tout aussi bien que plusieurs écrits qui seront rejetés plus tard. Donc, à l'exception d'un nombre de pièces fort petit, si on le compare au grand nombre d'écrits anciens ou nouveaux qui circulent çà et là et dont on se sert communément pour les besoins de la polémique, de l'initiation ou de l'édification des âmes , il n'y a guère de littérature ecclésiastique officielle au moment où Celse prend la plume.
Outre que la polémique, en tout temps, a ses licences, et qu'il a toujours paru de bonne guerre d'alléguer les pièces compromettantes des enfants perdus du parti que l'on combat, Celse, étranger à l'Église et se portant son adversaire, avait le droit, ce semble, de puiser à toutes les sources orales ou écrites dans l'intérêt du dessein qu'il poursuivait. On ne pouvait lui faire une loi de se renfermer dans les seuls documents revêtus d'un carac-
1. Reuss, Tlifii, du Canon des Saintes Écritures dans VEqlise chrét», ?e édil., Sirasb., I8G3. — Mcolas, Etudas crit, sur la iiible, Nouv, Ti'M. De la formalion du Canon du Noiiv. Testament, p. 295elsuiv. — Voir aussi dans \' Euctjclopédie des sciences religieuses l'arlicle Canon du Nouveau Testament de M. Sabalicr, 0« fascicule.
tère sacré, puisque la liste n'en était pas encore arrêtée ; ni même de ne tenir compte que des pièces avouées par la majorité des chrétiens. Car, encore qu'il sût les distinguer — et il l'a fait une fois, — y avait-il sup ce sujet même entente parfaite dans cette majorité? Et cela même admis, n'eût-ce pas été lui imposer une discrétion presque sans exemple dans l'histoire des controverses, où chacun prend ses avantages où il les trouve, généralise à l'excès, et prête souvent à ses adversaires ou des paroles qu'ils n'ont pas dites, ou des conséquences qu'ils n'eussent pas avouées? Les chrétiens, dans leurs attaques si fréquentes à ce moment même et si âpres contre les païens, s'inquiétaient-ils beaucoup de distinguer entre leurs adversaires, et se faisaient-ils scrupule de prêter à tous les absurdités philosophiques ou les extravagances religieuses de quelques-uns ?
Celse, au commencement de son livre, se pose en face des chrétiens, non en novice qui veut s'instruire de leurs opinions, mais en homme qui les sait à fond et ti'aplus rien à apprendre à ce sujet. Origène faille f Complaisamment cette prétention à tout savoir; « Sa science légère, Celse, dit-il, Ta puisée dans les conversations de quelques chrétiens ignorants et du commun * . » Origène lui accorde cependant d'avoir feuilleté, sans une attention suffisante, les Évangiles et les Écritures des apôtres ; et ailleurs, il appelle son adversaire, non sans quelque ironie sans doute, mais peu importe, « l'homme qui sait et connaît beaucoup de" choses^. »