‹ Histoire des persécutions de l'église;Chapitre 93 sur 286 · Cont. Cals,, VI, 8. Cf. I · texte numérisé non relu

Cont. Cals,, VI, 8. Cf. I

Il est incontestable que les lectures de Celse sont très-variées, son érudition sinon très-profonde, au moins très-abondante et très-étendue. Il paraît familier avec toute la littérature grecque, à partir même des premiers bégaiements de Fuge héroïque. Il connaît et cite les plus anciens noms : Linus, Musée, Orphée, Zoroastre, Phérécyde. Il possède à fond les vieux poètes Homère et Hésiode , les anciens historiens comme Hérodote, les poètes- tragiques et comiques, les philosophes et surtout Heraclite et Platon. Le plus récent des philosophes dont il parle est Épictète.

Linus, Orphée, Musée, Zoroastre, considérés depuis de longs siècles comme les premiers instituteurs religieux de la Grèce et d'une partie de FOrient, les créateurs des initiations, et les maîtres vénérés de la sagesse divine et humaine, étaient devenus fort à la mode au déclin du paganisme. Les plus anciens écrits qu'on attribuait aux trois vieux aèdes grecs remontaient environ à l'époque des Pisistratides, mais depuis ce temps, grâce aux travaux plus récents des Alexandrins, leurs légendes et leurs écrits s'étaient considérablement accrus. On ne pourrait dire si la critique de Celse savait distinguer entre les fragments anciens et nouveaux, mais tous également légendaires, mis sous leurs noms. Origène ne nous a pas conservé les citations que Celse en faisait : on ne pourrait môme assurer qu'il en eût cité quelque chose. Mais il paraît probable qu'un esprit avide, comme était Celse, de toutes les traditions religieuses de tous les temps et de tous les peuples, qui entreprenait à ce moment même la critique du christianisme, et qui était naturellement amené par la nécessité de son sujet k de

nombreuses comparaisons entre les traditions helléniques et barbares et cette nouvelle fleur de barbarie, avait pris la peine d'aller chercher au delà des noms, et de s'enquérir des plus vieux législateurs religieux dont la mémoire des hommes eût conservé le souvenir. Hérodote parlait de Zoroastre ; Pindare, Euripide et Platon, d'Orphée et de Musée.

Plusieurs platoniciens contemporains, plus que jamais amis des mythes, essayaient de retremper la philosophie fatiguée et stérile aux sources antiques, et de rapprocher ses enseignements de ceux des plus anciens poètes qui avaient, disaient-ils, parlé par figures. A ce moment même, Maxime deTyr, contemporain de Celse, ne craignait pas d'écrire qu'il y avait plus de vraie et solide sagesse dans Homère et Hésiode que dans Épicure. La méthode allégorique, que les Juifs avaient commencé à appliquer dans Tinterprétation des hvres de T Ancien Testament, s'appliquait aussi, ou tout au moins s'essayait sur Homère et Hésiode et les écrits prétendus de leurs devanciers. On peut donc croire que Celse avait eu sous les yeux nombre de fragments attribués àLinus, Orphée et Musée et qu'il s'était enquis des livres de Zoroastre et de leur contenu auprès de quelques-uns des fidèles du mazdéisme.

A ces noms demi-historiques, et à ces écrits plus qu'à demi légendaires, il convient d'ajouter le nom de la Sibylle et les écrits sibyllins, objet d'un commun respect de la part des païens, des Juifs et des chrétiens. Le recueil des vers sibyllins, travaillé, grossi depuis plusieurs siècles par des additions, que divers sentiments avaient inspirées, semblait rester ouvert, comme

si c'eût été Tœuvre impersonnelle d'une sagesse qui se développait et parlait plusieurs langues, au gré des événements, des intérêts et des partis religieux. Celse aussi connaissait les fragments sibyllins et il paraît même que, sur ce sujet, sa critique était mieux éveillée , car il accuse nettement les chrétiens d'avoir frauduleusement introduit des nouveautés dans ce recueil ' . Celse connaît particulièrement Platon. On voit qu'il a été nourri dans la méditation des Dialogues. Les citations qu'il en fait sont fréquentes et nombreuses dans les fragments qu'Orîgène nous a laissés du Discours véritable. Si le maître est celui dont le nom, les idées et les inspirations reviennent le plus souvent aux lèvres ou sous la plume, Platon est évidemment le maître de Celse. Or nous relevons dans les textes de Celse quatorze citations de Platon tirées du Criton, de V Apologie de Socrate^ du Phédon^ du Théélèle, du Phèdre y du Timée, âesLois et des Lettres^; et la plupart de ces citations appartiennent aux fragments qui se trouvent dans le sixième livre d*Origène. Par contre, bien qu'on puisse dire a priori que Celse connaissait les écrits d'Épicure, et que quelques passages même de son traité paraissent imprégnés de l'esprit de cette doctrine, il est digne de remarque qti*on ne trouve pas Épicure cité ni rionmié une setile fois dans les fragments de Celse. On peut même dire que Celse ^ dans son ouvrage, fait bien plus souvent mentioti des opinions stoïciennes que dèô opinions épicuriennes.

1, Cont. Ceh,, Vïl, 53, 66.

2. Cont. Cela., IV, 62; VI, 6, 8, 0, 12, 15, 16, 17, 18, lOJ VÎI, 28,31,42,58.

Celse est en somme très-versé dans la philosophie et la littérature helléniques et, de ce côté, fort bien armé pour la lutte ; mais sa curiosité ne s'est pas bornée seulement à l'étude des monuments proprement littéraires; il paraît s'être occupé de spéculations d'astronomie, de musique, d'histoire naturelle, de magie et de divination prophétique *. Il connaît tous les vieux sanctuaires où de temps immémorial se débitaient les oracles ; mais il est surtout particulièrement friand à ce sujet des nouveautés contemporaines, cherche à s'enquérir des guérisseurs de possédés et des faiseurs de prestiges qui attirent et retiennent la foule, soit en allant les voir opérer lui-même, soit en s'informant auprès d'hommes sûrs et d'esprit peu crédule^. On voit aussi qu'il s'est singulièrement préoccupé des traditions et des institutions religieuses des divers pays. Il sait les vieilles légendes grecques et romaines, mais il a porté aussi son attention sur les religions étrangères. Il mentionne les idées religieuses des anciens Perses et les mystères mithriaques qui commençaient à prendre vogue dans l'empire ^. Il semble avoir visité les temples égyptiens et parler de visu des étranges objets qu'on y adorait : il nous donne les noms de plusieurs divinités égyptiennes peu connues^. Il mentionne les croyances des peuples du Nord et de ceux de la Haute-Asie, Chaldéens, Assyriens, Indiens et Sères ^, cherchant, ce semble, les ressemblances de fond

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