XXXVIII INTRODUCTION
consciente calomnie de l'homme du peuple. Elle a triomphé des bons comme des mauvais empereurs, d'un Trajan ou d'un Marc Aurèle comme d'un Néron ou d'un Domitien. De nouveaux combats l'attendent : on peut dire cependant qu'elle est déjà maîtresse du champ de bataille. Au moment où se termine notre étude, l'agitation du combat a provisoirement cessé. Obtenue de Commode par les influences chrétiennes qui dès lors remplissent le palais, une sorte de suspension d'armes, prélude des traités de paix du siècle suivant, permet aux fidèles de respirer, après des souffrances qui ont rempli les dernières années du premier siècle et la plus grande partie du second. Quinze années paisibles et fécondes vont s'écouler pour eux entre les dernières applications du rescrit de Trajan et la première épreuve de l'édit de Sévère.
L'étude aussi exacte que possible des textes joue nécessairement le premier rôle dans le récit dont je viens d'indiquer les limites chronologiques : mais celle des monuments y tient aussi une place considérable. On a vu plus haut quelles lumières les recherches poursuivies depuis un demi-siècle dans toutes les branches de l'archéologie chrétienne ont jetées sur une nombreuse catégorie de documents, dont l'historien des persécutions doit nécessairement se servir. Beaucoup d'épisodes hagiographiques, qui semblaient jusque-là flotter dans le vide,
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entre la légende et la réalité, ont désormais un point d'appui solide. Sortis de la région intermédiaire ou ils erraient comme de pâles fantômes, ils se raniment et prennent corps en touchant la terre, dont la pioche des archéologues a fait jaillir les monuments. L'histoire des martyrs trouve en beaucoup de lieux ses fondements dans le sol. Quand, il y a douze ans (1), j'essayais d'introduire les lecteurs français dans les sombres et lumineuses profondeurs de la Rome souterraine déblayée par le travail infatigable de M. de Rossi, il me semblait leur faire toucher du doigt, au fond des catacombes, les indestructibles assises sur lesquelles s'élèverait un jour, renouvelée et rajeunie, l'histoire des premiers temps chrétiens. Incapable d'embrasser celleci dans son ensemble, je viens d'étudier un des nombreux sujets qu'elle renferme, et qu'il est possible d'en détacher. Si le travail qu'on va lire a quelque solidité, il le doit aux monuments sur lesquels il s'appuie. La plupart des écrivains qui, depuis quelques années, en France et en Allemagne, ont parlé des persécutions , quelquefois avec compétence et talent, oublient qu'à côté des documents écrits il y a des témoins dignes d'être interrogés, et que parfois la muette déposition de quelque vieux