‹ Histoire des persécutions pendant les deux premiers sièclesChapitre 11 sur 35 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

et grand politique , célébra son triomphe sur les Daces par Timmolation de dix^ mille gladiateurs. Qu'un maître fût assassiné dans sa maison, on conduisait au supplice, pour faire un exemple, ses quatre cents esclaves , et les membres les plus éclairés du sénat approuvaient un tel massacre. Pendant trois siècles d'Empire païen, des millions de gladiateurs et de bestiaires, engagés volontaires ou condamnés, périrent sous les yeux du peuple, avec la complicité et par la munificence des meilleurs souverains, dans d'immenses et splendides monuments construits pour abriter ces tueries. Quand la vie humaine était comptée pour si peu de chose, la crainte de verser sans raison suffisante le sang des petits, des pauvres, des esclaves, qui composaient la majorité de la population chrétienne, ou même des gens de bonne famille qui s'étaient volontairement dégradés en s' unissant à oc ces incapables, sortis de la dernière lie du peuple (1) , » n'arrêtait longtemps ni les ennemis dont la haine aveugle réclamait leur mort, ni le souverain ou le juge qui l'ordonnait.

Tel est, réduit à la réalité des faits, le grand drame des persécutions, où les plus bas instincts de la na-

(1) MÎDucius Félix, Octavius, 8, 12, 31, 3G.

INTRODUCTION. xxwii

ture humaine jouèrent tour à tour ou simultanément leur rôle dans la lutte contre le christianisme : s'il s'y joint parfois une idée politique, qui, même erronée, ennoblirait singulièrement cette lutte (1), elle disparait le plus souvent dans la mêlée confuse des éléments inférieurs.

Le volume que nous offrons aujourd'hui au public n'embrasse pas toute l'histoire dont nous avons dû 9 dans les pages qui précèdent, esquisser les lignes générales. Il n'en racontera qu'une période. Notre récit s'arrêtera aux dernières années du deuxième siècle, à Tépoque où la persécution organisée par le rescrit de Trajan va faire place à la persécution par édit, c'est-à-dire à un système tout différent. La première partie de l'histoire des persécutions se termine naturellement ici. L^Église n'est pas encore victorieuse; mais sa victoire, bien que lointaine, s'annonce déjà par des signes certains. Le deuxième siècle^ en finissant, laisse l'Église enracinée sur tous les points de TEmpire romain, répandue dans tous les rangs de la société , glorieuse de ses martyrs, fière de ses écrivains. Elle a vu s'émousser sur « la cuirasse et le bouclier de sa foi D les armes les plus diverses, depuis le fer du bourreau jusqu'à la plume du pamphlétaire ou l'in-

(i) Voir mon livre sur le Christianisme et V Empire romain, p. 7.

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