‹ Histoire des persécutions pendant les deux premiers sièclesChapitre 2 sur 35 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

dations, TÉglise est arrivée à la possession du sol, s'est révélée à l'État comme une corporation régulièrement organisée, capable de lutter et de traiter de la paix. C'est ainsi que désormais il l'envisagera. Septime Sévère lance un édit contre la propagande chrétienne. Une violente mais courte persécution est suivie d'une longue trêve, qu'interrompt une rapide reprise des hostilités sous Maximin. Les persécutions de Dèce, de Valérien, d'Aurélien, de Dioclétien sont des guerres terribles : elles se terminent par de vrais traités de paix, ou l'Etat rend à l'Église ses biens conGsqués, et implicitement lui reconnaît le droit à l'existence. Le dernier de ces traités est l'édit de 313, qui met fin pour jamais aux persécutions. Désormais, par la conversion de Constantin y un nouvel ordre de choses s'établit : le monde romain va expérimenter pendant plusieurs siècles le régime de l'union de l'Église et de l'État. Mesurer exactement les temps où TÉglise, au cours de cette lutte, put respirer, et ceux où le glaive de la loi s'appesantit sur elle, est à peu près impossible. Les persécutions ne furent point les mêmes partout et toujours. 11 y en eut de générales et il y en eut de locales. On vit quelquefois des fidèles aller, d'une province où ils étaient persécutés, dans une autre, où ils étaient laissés en repos. Cependant, on peut se rendre un compte approximatif des alternatives de rigueur et de tolérance par

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lesquelles, en trois siècles, passa la société chrétienne. Jusqu'à Néron, TÉglise a grandi dans Torabre et le silence. La persécution éclate au lendemain de Pincendie de Rome, à la fin de juillet 64. L'impulsion sanguinaire donnée par le tyran dure quatre ans. De la mort de Néron à Tavant-dernière année de Domitien, TÉglise connaît de nouveau le repos. Pendant deux années elle éprouve la cruauté de celui que TertuUien appelle « un demi-Néron. » Les rigueurs reprennent, avec une allure plus uniforme, dès le commencement de Trajan. Jusqu'au milieu du règne de Commode elles ne cessent plus : la persécution ne se déchaîne pas partout à la fois, mais il y a presque toujours de la persécution quelque part, tantôt en vertu des accusations régulières exigées par le rescrit de Trajan, tantôt à la suite d'émeutes populaires vainement réprimées par des rescrits d'Hadrien et d'Antonin. Du milieu du règne de Commode au milieu de celui de Sévère, les chrétiens purent enfin jouir d'environ quinze années de paix, qui forment comme la transition entre le régime de la persécution par rescrit, en vigueur pendant tout le deuxième siècle, et celui de la persécution par édit, qui sévit avec intermittence pendant le troisième.

En 202, Septime Sévère l'inaugura, ajoutant à l'initiative des accusations régulières, seules prévues par le rescrit de Trajan, la recherche des chrétiens

IV LNTRODUCnO.V

par le pouvoir, que ce reserit ne permettait point. De la mort de Sévère à l'avènement de Maximin, les chrétiens goûtèrent vingt-quatre années de tranquillité, presque de faveur. Les trois ans du règne de Maximin furent pour eux une nouvelle crise. Douze ans de paix suivirent. Une réaction cruelle se produisit sous Dèce. Les quatre premières années de Yalorien furent favorables à TËglise; pendant trois ans la persécution sévit avec fureur. Depuis 260, époque de TéJit de paix de Gallien, jusqu'à 274, où Aurélicn déclara de nouveau la guerre, les chrétiens eurent quinze années de repos. On en peut compter vingt entre la courte persécution d'Aurélien et les commencements de celle de Dioclétien. Dix-sept ans de guerre suivirent : ce fut la plus terrible et la dernière épreuve.

De 04, date de la persécution de Néron, à 313, date de l'odit de Milan, deux cent quarante-neuf ans s'étaient écoulés : l'Église avait traversé six années de souffrances au premier siècle, quatrevingt-six au second, vingt-quatre au troisième, treize au commencement du quatrième; elle avait été persécutée, en tout, pendant cent vingt-neuf ans; cent vingt années de repos, dont vingt-huit au premier siècle, quinze au second, soixante-seize au troisième, lui avaient permis de réparer ses pertes et de se préparer à de nouveaux combats.

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