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CHAPITRE VI

SOMMAIRE. — I. La suPKRSTmox sous Marc Aurélb : le martyre de sainte Fé^ LICITE. — lA fin du deuxième siècle. — Règne des philosophes. — Influence bienraisante, — mais peu profonde. — Superstition plus répandue que jamais. — Augmentée par les mallieurs publics. — Marc Aurèle aussi crédule que ses contemporains. — Cuites étrangers. — Alexandre d'Abonotique. — Oracles. — Sainte Félicité et ses Ois victimes de la superstition publique. — Le forum de Mars. — Interrogatoire. — Remarques critiques.

— Supplices. — Date du martyre. — Sépulture de Félicité et de ses fils. — Crypte de Janvier au cimetière de Prétextât. — II. La jalousie philosophique : LE MARTYRE DE SAIXT JUSTIN. — Date du martyre. —Justin dénoncé par le cynique Crescent. — Arrêté avec plusieurs disciples. — Interrogatoire.

— L'esclave Evelpistus. — Suite de l'interrogatoire. — Supplice. — III. Les APOLOGISTE» chrétie:(s a la fin du DEUXIÈME SIÈCLE. — PersécotiQn dans les provinces. — Martyrs en Asie. — Ordonnances locales. — La legio Fulminata. — Les apologistes. — Deux courants opposés: d'un c6té Athénagore, Théophile, Méliton, Apollinaire; de l'autre Tatlen. — Tatien n'appartient ni par la naissance ni par les idées au monde romain. — Paroles d'Athénagore, — de Théophile d'Antioche, — de Méliton de Sardes sur le dévouement des chrétiens pour l'Empire. — Parallélisme établi par Méliton entre les destinées de l'Empire romain et celles du chrittianisme. — D'après le même apologiste, les l)ons empereurs auraient toujours été favorables aux chrétiens : les mauvais seuls auraient persécuté. — Inexactitude historique de cette assertion. — Minucius Félix.— Jugement de Marc Aurèle sur les chrétiens. — Recrudescence de persécution à la fin de son régne : textes de Minucius Félix et de Celse*

La superstition sous Marc Aurèle. — Le martsrre de

sainte Félicité.

Les dix-neuf années du règne de Marc Aurèle sont les plus troublées et les plus cruelles que FÉglise ait encore traversées. Les violentes mais rapides tempêtes qui Tassaillirent sous Néron et Domitien, les fréqaeats assauts qu'elle subit sous Trajan, Hadrien et Antonin,

firent couler le sang chrétien avec moins d'abondance que le gouvernement du doux et méditatif auteur des Pensées.

On Ta dit avec raison : en Marc Aurèle finit le monde antique (1). La société ne sera plus, après lui, ce qu'elle avait été au premier et au deuxième siècle. L'Empire romain va changer de forme et de principe. Plus de pouvoir héréditaire comme sous les Césars et les Fiaviens, ou adoptif comme à Tépoque des Antonins. Désormais le pouvoir ira au hasard, à qui saura Tacheter ou le prendre. Des hommes nouveaux, bas intrigants ou aventuriers énergiques, accourront de tous les points de TEmpire, et porteront tour à tour sur le trône les rudes mœurs ou les habitudes efféminées de leurs provinces (2). La religion elle-même s^amollira : sa dureté romaine se fondra au soleil d'Orient, aa contact des cultes corrompus qui se feront chaque jour une place plus grande dans le vieux panthéon d'Auguste. La philosophie, maltresse de toutes les idées à l'époque antonine, verra peu à peu les intelligences lui échapper : il y aura encore des illuminés, de faux mystiques; il n'y aura plus guère de philoso-

(1) C'est la thèse de M. Renan, intitulant son dernier Tolome*. Marc Aurèle et la fin du monde antique. L'historien danois J. Madfig a dit de même : a Le monde antique, ses institutions comme sa littérature, finit après les Antonins. » Die Verfassung und Verwaltung des rômischen Staals, t. I, Leipzig, 1881, p. 528.

(2) Les grands empereurs du deuxième siècle, Trajan, Hadrien, Antonin, Marc Aurèle, étaient aussi d'origine provinciale; mais ils appartenaient tous à des familles depuis longtemps établies à Rome, et illustrées par de grandes charges.

^bes. Seal le droit romain conservera Tempreinte et perpétaera l'esprit du stoïcisme ; mais, à la faveur da ce droit, l'Église chrétienne, grandissant chaque jour au sein de la décadence universelle, trouvera les oioyens de traiter avec l'État, et de l'obliger à reconnaître son existence. Dès lors, les rapports entre elle et TEmpire seront changés : tolérance légale ou guerre déclarée, elle passera tour à tour par ces alternatives! mais les rescrits de Trajan, d'Hadrien, d'Antonin et de Marc Aurèle ne seront plus suspendus au-dessus de Ml tète comme des épées toujours en mouvement.

Assurément personne, pendant la seconde moitié oa même le dernier quart du deuxième siècle, ne prévoyait la transformation qui était à la veille de s'opérer aussi bien dans la manière d'être de la société et de l'État que dans leurs relations avec l'Église. Cependant en voyant, sous Marc Aurèle, le combat engagé de toutes parts contre les chrétiens, il semble qu^on assiste à quelque effort suprême. La société antique, près de s'évanouir, ou du moins de s'altérer dans ses caractères essentiels, se soulève, par une sorte d'instinct de conservation, contre des ennemis jadis méprisés, dont elle sent aujourd'hui la force, et qu'elle ne voudrait pas laisser debout. Tout siècle est saisi d'une vague et mystérieuse appréhension au moment de disparaître : on croirait que le deuxième siècle, se sentant près de sa fin, essaye d'entraîner avec lui le christianisme dans le néant, sans lui permettre de voir Taurore du siècle suivant. Il se sert de toutes ses armes pour l'accabler. La recrudescence de lutte est

évidente. Les chrétiens sont obligés de se défendre à la fois contre chacune des forces qui, jusqu'à ce jour, les avaient successivement attaqués. La superstition, surexcitée par les malheurs publics, est à son comble, elle emporte tout, empereur et peuple; naturellement, c*est parmi les chrétiens qu'elle va chercher des victimes expiatoires. La haine intellectuelle, la jalousie philosophique , éveillée depuis le moment ou le christianisme- a osé parler en public et, par la vok de ses apologistes, revendiquer un rang parmi les doctrines, n'hésite plus à dénoncer, à son tour, ces importuns compétiteurs dans la direction des esprits. Les calomnies populaires, vingt fois réfutées, toi]goQrs renaissantes, continuent pendant ce temps à s'acharner contre les fidèles ; plus que jamais on les traîne devant les magistrats comme renouvelant, dans leurs assemblées secrètes, le festin de Thyeste et Tinceste d'OEdipe. Enfin l'autorité impériale se prononce de nouveau contre eux, par un rescrit de Marc Aurèle confirmant les règles juridiques posées par ses prédécesseurs, et déclarant une fois de plus le christianisme illicite, quelle que soit Tinnocence de ceux qui le professent.

Un des traits les plus singuliers de cette époque, c'est le mélange de scepticisme et de crédulité, de philosophie et de superstition , qui s'y rencontre à chaque instant. Les philosophes sont maîtres du pouvoir, des places, des gouvernements, disposent de toutes les influences, dirigent l'esprit public. Allez à Rome, interrogez les fastes consulaires : un philosophe

OU un rhéteur tient les faisceaux. Parcourez les provinces : il est peu de proconsuls, de légats ou de préfets qui niaient, à un certain jour, professé la philosophie ou enseigné la rhétorique. Le bon Marc Aurèle se félicite naïvement d'avoir donné aux excellents maîtres chargés de former sa jeunesse les satisfactions et les récompenses qu'ils ont désirées ; il reste leur disciple sur le trône : s'il pense d'après lui-même, il écrit d'après eux; comme on Ta finement remarqué, son style grec, bien que correct, a quelque chose d'artificiel qui sent le thème : lui aussi rend hommage par sa vie entière, par toutes ses habitudes intellectuelles, au règne universel de la philosophie : il en demeure le sujet soumis et l'écolier modèle. Sur certains points, cette domination des penseurs et des parleurs, que Ton voit se préparer pendant la première moitié du siècle et s'établir souverainement pendant la seconde, fut un bienfait pour l'Empire : le droit romain, qui dès le commencement des Antonins n'a cessé de se modifier dans le sens de l'équité, de la prépondérance de l'esprit sur la lettre, se laisse chaque jour davantage pénétrer par un souffle doux et humain ; les faibles, tels que l'enfant, la femme, l'esclave, sont mieux protégés : sans doute le vieil et rigide édifice juridique, trop souvent semblable à une prison, n'est pas reconstruit sur un plan nouveau, et d'innombrables captifs continueront longtemps encore à y gémir, mais de place en place on y perce des fenêtres, afin d'y introduire un peu d'air et de jour. A force d'agiter, même superficiellement, des idées généreuses, de

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répandre da haot des chures des paroks Bicfil^ les philosophes et les rfaélean. pcmt-^tre su» le d»l cher bien sérieusemeoU osit douce, tiède, un peu molle, oà la même s^est attendrie. Quand on lit les kttzes de AurcMc, de Faustine, de Vems. da preeeplenr Froslsi. on se croirait transporté dans noive dîx-haiâine â^ de : c'est le même parfum d'idvUe : il y a là-dedai (lu Berquin et du Florian, de même que. dans les Situes do cette époque, — par exemple dans ceriaiis Ims-n^liofs de Tare de triomphe de Harc Aorèle, — tout lo monde a Taîr bon, sensible, empereur, sildats, barbares, jusqu'aux chevaux : c*est du GiesB on Mculpture. Cette détente un peu artificielle de l'eiprit romain profita naturellement à rhamanitê : à cet Af^tWil elle fut bienraisante. Mais, en débilitant pea à peu tdus les ressorts, en amollissant toutes les fibrei, ollo laissa les Ames, que la philosophie avait teintes i la Niirfaco sans les pénétrer jusqu'au fond, exposées i iMMM^voir loK impressions les plus fugitives, celles même tlo la pour ot de la superstition. A aucune époque Ii supi*rstiti()ii n*c8t plus répandue et plus puissante. l/(>ri(Mii rst plein de chimères, les religions les plus étraiif^es naissent dans les provinces, se répandent avee une facilité inouïe, et débordent jusque dans Home. Des causes extérieures viennent activer cette ('(iiila(;ion de labsurde, à laquelle toute la philosophie semée depuis uu siècle dans le monde est impuissante i\ faire obstacle.

Antoniu mourant parlait dans son délire de rois

^étrangers qui menaçaient la république. En effet, à peine Marc Aurèle a-t-il revêtu la pourpre et s'est-il a4joint le débauché Verus comme collègue, que les Barbares se lèvent de tous côtés, encouragés par la mollesse du soldat romain démoralisé pendant une longue paix, et qu'Antonin n'avait pas su tenir en baleine comme fit Hadrien. Presque toutes les barrières de l'Empire sont renversées. C*est une insurrection ou une invasion universelle. Dans la péninsule Ibérique, les Maures entrent et les Lusitaniens se révoltent. En Bretagne, les Pietés s'agitent, les légions elles-mêmes paraissent peu fidèles. Il y a des séditions en Gaule. La Germanie romaine est envahie par les Cattes. L^Orient surtout est en feu ; les Parthes s'avancent en Arménie, attaquent les armées romaines, chassent un roi vassal de TEmpire : un gouverneur se tue de désespoir, un autre est vaincu. Au moment où Técho de ces menaces et de ces échecs arrive à Rome, d'épouvantables fléaux s'abattent sur elle : le Tibre sort de son lit ; à la suite de l'inondation qui a détruit moissons et bes> tiaux, la ville éternelle est en proie à la famine. Guerres, insurrections, révoltes, inondation, disette, remplissent de trouble et de souffrance les deux premières années de Marc Aurèle (161 et 162), en attendant que la peste, quatre ans plus tard, traverse l'Empire dans toute sa longueur, dévastant tout sur son passage, pour éclater à Rome en même temps qu'une nouvelle famine.

Dans de tels moments, quel était le premier mouvement du peuple? Chercher des victimes capables de

désarmer le courroax des dieux. Ces victimes étaient désignées d'avance. « Les chrétiens sont la cause de tous les désastres, de toutes les calamités publiques. Si le Tibre inonde Rome, si le Nil n'inonde pas les campagnes, si le ciel est fermé, si la terre tremble, s'il survient une famine, une guerre, une peste, un cri s'élève aussitôt : Les chrétiens au lion! à la mort les chrétiens (1 ) ! »

Quand on n'a point pénétré dans le caractère de Marc Aurèle, et qu'on a seulement regardé le titre de Philosophe que lui donnaient à l'envi ses admirateurs païens et les apologistes chrétiens eux-mêmes, on se demande comment ce prince honnête, éclairé, n'essayait point d'imposer silence à la voix populaire, chaque fois qu'un tel cri frappait ses oreilles. Apparemment il n'eût pas été compris, et quelque ami loi eût peut-être dit, comme un centurion un jour qu'il haranguait sans succès les soldats : « Tu ne t'aperçois pas que ceux-ci n'entendent pas le grec! » mais au moins il eût eu l'honneur d'une noble tentative. Hélas! Marc Aurèle n'en était pas capable. Parfait honnête homme, cœur bon jusqu'à la faiblesse et tendre jusqu'à l'illusion, sans arrogance, sans haine, sans emphase, d'une élévation constante, d'une distinction exquise, il était trop faible de caractère pour se mettre jamais en travers du torrent. Sur un seul point, il montra de l'indépendance : ce fut quand il témoigna de son horreur pour les jeux sanglants de l'amphithéâtre, refusa

(t) Tertullien, Ad nat,, 1, 9; Apolog., 40.

de récompenser le propriétaire d'un lion dressé à dévorer des hommes, et ne permit aux gladiateurs de combattre en sa présence qu'avec des armes émoussées (1); mais, à part cette circonstance, où la délicatesse de tous ses instincts se révolta, et lui inspira une énergie passagère, il n'essaya jamais de réagir contre la passion populaire ou d'éclairer le préjugé public. Il souffrait, souriait tristement, se taisait, laissait faire. Ici même on n'oserait affirmer que le sentiment de la foule fût contraire au sien. Personnellement, Marc Aurèle était aussi crédule que ses contemporains. Il croyait aux initiations, aux mystères, aux oracles, aux songes dans lesquels les dieux lui révélaient des remèdes contre les crachements de sang, ou lui indiquedent les moyens de guérir ses amis (2). « Par une singulière réunion de défauts et de qualités, il se montrait, sans hypocrisie, dans ses méditations le philosophe le plus dégagé des liens confessionnels, et dans sa vie publique le plus superstitieux des princes (3). »

(1) Dioa, LXXl, 29; Capitolln, Ant. PhiL, 4, 11, 12, 15, 23; Uérodien, V, 2.

(2) Marc Aurèle, Pensées, I, 17; Fronton, Ad Marc. Cxs., II, 9.

(3) Daruy, Histoire des Romains, t. V, p. 191. — M. Renan, Marc Aurèle, p. 48, 49, reconnaît aussi TexcessîTe erédalité du doux empereur, et du avec raison : « Le stoïcisme, qui contribua si puissamment à l'amélioration des âmes, fut faible contre la superstition; il éleva les âmes, non les esprits. » — Dans le portrait charmant, mais trop flatté, qu'il trace de Marc Aurèle {les Moralistes dans V Empire romain^ 2« éd,), M. Martha se trompe en le louant (p. 177) d'avoir puisé dans les leçons de son professeur, le peintre Diognète, « le mépris de la superstition. » Marc Aurèle le croyait et l'a dit [Pensées, 1, 6, 16; IX, 27); mais c'est là une de ses nombreuses illusions.

Les dieux romains ne lui suffisaient pas toujours : il appelait les dieux de TOrient, avec leurs prêtres co^ rompus et leurs rites bizarres, et leur confiait les destinées de Rome (1). Dans tous les moments critiquesou solennels, avant une bataille, après une victoire, c est par milliers qu*il immolait des victimes; on connaît Tépigramme : « A Marcus César, les bœufs blancs. C*esi fait de nous si tu reviens vainqueur (2). » Sa dévotion ne s'attachait pas seulement aux cultes officiels : ce rationaliste croyait à tous les charlatans. Il allait i la guerre entouré de sorciers (3). Un mage égyptien raccompagnait dans ses campagnes (k). Même l'ignoble Alexandre d'Abonotique, dont Lucien démasqua si courageusement les fourberies (5), était pris au sérieux par lui. Non seulement Alexandre eut la liberté de venir à Rome, d'y établir des mystères qui duraient trois jours, où Ton maudissait publiquement les chrétiens et où se passaient des scènes d'une immoralité révoltante (6), d'y donner en mariage au vieux consulaire Rutilîanus (7) la fille qu'il prétendait avoir eue de la Lune (8) ; mais encore ce drôle fut admis à

(1) Capilolin, Antonin. Philos., 113.

(2) Ainroien Marc«llin, XXV, 4.

(3) Lampride, Iléliogabale, 9.

(4) Dion, LXXI, 9.

(5) Lucien, Alexandre ou le Faux Prophète y (3, 54, 55, 56, 57.

(6) Ibid., 38, 39.

(7) Pubiius Mummius Sisenna Rutilianus. Orelli-Henzen, 6499. U avait été consul en 133, proconsul d'Asie , légat de la Mésie Supérieure, etc.

(8) Lucien, ibid., 31, 32, 33, 3'j, 35.

conseiller Marc Aurèle, fit parler en sa faveur son serpent divin, et, à la veille de la grande guerre de Pannonie, ordonna qu'on jetât solennellement dans le Danube deux lions vivants (1), cérémonie à laquelle présida l'empereur lui-même en costume de pontife (2) . Marc Aurële était si pleinement entiché du charlatan paphlagonien, qu'il consentit, sur sa demande, à changer le nom d'une ville (3), et lui permit de frapper des médailles à son image (4>) ; les gouverneurs des provinces asiatiques se déclaraient impuissants à punir, malgré ses fourberies et ses crimes, un homme qui jouissait à Rome d*un si grand crédit (5). Telles étaient les illusions du souverain qui fit asseoir la philosophie sur le trône, et dont la vie, sincère et pure , fut un long examen de conscience.

Quand le prince, et un pareil prince! donnait de semblables exemples, ou plutôt se laissait de la sorte entraîner au torrent, on comprend combien vive, irritable, absurde, exigeante devait être la superstition des simples, des ignorants, de ceux qui, loin d'être capables d'écrire leurs Pensées j n'étaient même point capables de penser. « Qu'on ne s'étonne donc pas si, au temps de Marc Aurèle et sous l'influence de calamités publiques, il y eut un redoublement de superstition

(1) Ibid., 48.

(2) Bellori, la Colonne Antonine, pi. XIII.

(3) lonopolis, au lieu d'Abouotique. Lucien, 48. Le nom est resté : c'est aujourd'hui la ville turque d'Inéboli.

(4) Ibid, Voir la médaille publiée par Eckhel, Doct, nui/tm., t. II, p. 383.

(5) Laden, Alexandre, 57.

et de fanatisme. Un fait caractérise cet état des âmes et en môme temps a dû servir à Tencourager et à Texciter. Les oracles ou da moins plusieurs oracles qui s'étaient (us vers la fin de la république romaine ou sous les premiers empereurs recommençaient à parler. On les avait quittés; on revenait à eux (1). » Les auteurs du deuxième siècle, Lucien, Plutarque, Pausanias, Aristide (2), nomment d'innombrables officines de divination, et les montrent en pleine activité, quelquefois en pleine résurrection, les vieux oracles italiotes, comme les sorts de Préneste et les automates d'Ântium, les grands oracles classiques de la Grèce et de rOrient, Apollon Didyméen à Milet, ApbUon de Clare à Colophon, Apollon Diradiate à Argos, Apollon de Délos, Apollon de Patare, de Myrine, de Séleucie, Dionysos de Delphes, Jupiter d'Héliopolis, de Stratonice, de Gaza, de Dodone, Sérapis de Memphi5 et de Canope, Deus Lunus de Néocésarée, Dea Cœlestis de Carthage, puis tous les temples d'EIsculape et des dieux médecins (3), où la divinité se révèle pendant la nuit, et parle à Thomme quand sa liberté morale a cessé, quand la raison et la volonté sont enchaînées par le sommeil (i). La superstition, le fa-

(1) F. de Champagny, les Antonins, t. III, p. 50.

(2) Voir Marquardt, Rômische Staatsverwallung, t. III, p. 92-103.

(3) Voir la thèse de M. Julien Girard, VAsclepeion d* Athènes^ Paris, 1881. Dans la Grèce seule Pausanias fait mention de soixante-trois sanctuaires d'Esculape.

(4) Corpus inscr. grœc, 5980; Marini,i4//i rfet Àrvaliyp, 247-248- Innombrables inscriptions avec les formules ex viso, ex jussUj ex mo, nitu, ex imperio. Voir surtout les six Discours sacrés d'Aristide

natisme, le culte des puissances occultes et la peur qu'il engendre, sont au comble; la diffusion des lumières, si grande à cette époque, ne fait que rendre plus profonde et plus noire Tombre, parfois sillonnée de lueurs étranges, où se plongent avec une sorte d'ivresse les âmes dévoyées.

Tel est le cadre historique, le milieu intellectuel et moral, dans lequel je n'hésite pas à placer (1) un épisode célèbre de Thistoire des martyrs, tout à fait en harmonie avec la situation des choses et des esprits au commencement du règne de Marc Aurèle : je veux parler de la Passion de sainte Félicité et de ses fils.

Elle nous est connue par deux sources indépendantes Tune de l'autre : les Actes (2) et la tradition monumentale.

Voici le début des Actes :

« Au temps de l'empereur Antonin, il y eut de l'agitation {seditio) parmi les pontifes, et Félicité, femme illustre, fut frappée, avec ses sept fils très chrétiens. Demeurée veuve, elle avait consacré à Dieu

écrits de 144 à 161, où il est question à chaque page des hallucinations et des songes qu'il éprouve dans les temples d'Esculape. Cf. Bouché- Leclercq, HisL de la Divination^ t. 111, p. 300-306; Girard, VÀsclepeUm d'Athènes, p. 92-95 ; A. Gauthier, Recherches historiques sur l'exercice de la médecine dans les temples (Paris-Lyon, 1844) ; Deabner. De incubatione (Leipzig, 1900) ; Karyadias, To Upèv xov 'AaxXi)iKov év 'EmSaupci» xal i^ OepaireCa tcSv àoOsvcôv (Athènes, 1900).

(1) Avec Cavedonl, Borghesl, M. de Rossi, M. Doulcet, M. Marucchi.

(2) Ruinart, Acta sincera, p. 21-23; Doulcet, Essai sur les rapports de V Église chrétienne avec l'État romain, p. 190-193.

35« LA PERSËCUTIOX DE MARC AURÈLB.

sa chasteté. Nuit et jour livrée i la prière, elle était un grand objet d'édification pour les âmes pures. Les pontifes voyant que, grÀce à elle, la bonne renommée du nom chrétien s'était accrue, parlèrent d'elle i Antonin Auguste, disant : « Dangereusement ponr notre ce salut, cette veuve avec ses fils fait outrage i nos « dieux. Si elle ne vénère pas les dieux, sache Votre « Piété que nos dieux s'irriteront tellement qu'on oe € pourra plus les apaiser. » Alors l'empereur Antonin ordonna au préfet de la ville de la contraindre avec ses fils d'apaiser par des sacrifices la colère des dieux, d Cet empereur de la dynastie Antonine me parait être Marc Aurèle, et dans le préfet, que les Actes voûi tout à l'heure appeler Publius, je reconnais le célèbre rédacteur de l'édit perpétuel, Publius Salvius Julianus, qui succéda, dans les derniers mois du règne d' Antonin le Pieux, au persécuteur Urbicus, et géra la préfecture urbaine pendant l'année 162, sous Marc Aurèle et Lucius Verus (1). Marc Aurèle passa cette année à Rome, pendant que son collègue soutenait

(1) M. Aube reproduit ainsi, Histoire des persécutionSy p. 419, d'après des notes inédites de Borghesi communiquées par M. Léon Renier, le cursus honorum de Publius Salvius Julianus : Préteur en 131, — gouverneur d'Aquitaine en qualité de legatus Augusti pro praetore^ — appelé h siéger comme jurisconsulte dans le conseil d'Hadrien, — consul en 148, — curntor locorum publicorum en 150, — une seconde fois consul, probablement sutTect, entre 158 et 160, — préfet de Rome. Salvius Julianus était le chef de la célèbre école des Sabiniens, dont la rivalité avec c<*Ile des Proculicns est classique dans l'histoire du droit romain. La première représente le matérialisme juridique, la seconde le spiritualisme : l'opposition des deux écoles est sensible dans leurs théories si connues sur la « spécification. »

en Orient la guerre contre les Parthes, et que des mouvements hostiles de la Bretagne et de la Germanie menaçaient TEmpire. Aux calamités de la guerre étrangère et des révoltes intérieures se joignirent alors des fléaux, signe pour les Romains de la colère des dieux : le Tibre sortit de son lit, et cette désastreuse inondation fut suivie d'une famine qui ravagea toute ritalie (1). On put croire que les dieux ne se laisse* raient pas facilement apaiser, comme les pontifes en font la menace (2).

Continuons la lecture des Actes :

<c Publius, préfet de la ville, se fit amener Félicité en particulier (3), et, tantôt par de douces paroles,

(1) Inscription de Concordia, en l'honneur d'un futur persécuteur des chréUens en Asie, Arrius Antoninus, qu'on envoya avec rautorité nouTelle du juridicus dans la Transpadane, comme on en envoya d'autres dans les différentes parties de l'Italie, pour remédier aux VRGENTis 4NN0if AB DIPPICVLTATCS ; Borghesi, Œuvrcs, t. V, p. 383-422 ; Henzen, Suppl. à Orelli, 6485; Wilmanns, Exempta inscript, lat., 1187; Camille Jullian, les Transformations politiques de V Italie sous les empereurs romains^ p. 123.

(2) De Ross!, Bullettino di archeologia cristiana, 1863, p. 19.

(3) Avant cette comparution, elle avait peut-être été arrêtée et gardée dans sa maison; celait la custodia privata, employée souvent pour les honestiores. On a découvert en 1812, près des thermes de Titus, du côté qui regarde le Golisée, un antique oratoire chrétien dédié à sainte Félicité et à ses sept fils martyrs. C'est une chambre rectangulaire, oblongue, dont les parois latérales sont construites en opus lateriiium des premiers siècles de l'Empire. Elle ne fait pas parUe des thermes de Titus, mais d'édifices contigus et adhérents. Au fond est une peinture du cinquième ou sixième siècle, représentant Félicité et ses enfants. Un des grafiti de la muraUle dit : AAESANAPOIO HOTE AOMOG EHN a là était la maison d'Alexandre. « Alexandre est le cognomen d'un des fils de Félicité, et peut avoir été celui du mari de la sainte. L'oratoire est peut-être un reste de sa maison, où elle aurait été gardée an com-

3M LA P£RSÉCUT10N DE MARC AURÉLB.

tantôt en la menaçant du dernier supplice, rengageait i sacrifier. Félicité lui dit : « Tu ne pourras <c ni me séduire par tes caresses, ni m' ébranler par tes « menaces. Car j'ai en moi TEsprit-Saint, qui ne per- « met pas que je sois vaincue par le diable; c'est « pourquoi je suis assurée que, vivante, je Temporteii rai sur toi, et, si tu me fais mourir, morte je triom- «« pherai de toi mieux encore. » — Publius dit : ce Mal- « heureuse, s*il t'est doux de mourir, au moins laisse «< vivre tes fils. » — Félicité répondit : « Mes fils vi- «< vent, s^ils ne sacrifient pas aux idoles. Hais s'ils « viennent à commettre un tel crime, ils iront dans la « mort éternelle. »

« Le lendemain, continuent les Actes, Publius siégea au forum de Mars, et ordonna qu'on la lui amenât avec ses fils. »

Le forum qui entourait le temple de Mars Vengeur, et dans lequel va avoir lieu la partie publique de l'interrogatoire, servait à rendre la justice. « Auguste le construisit après avoir reconnu que, à cause de la multitude des plaideurs et des procès, les deux forums déjà exiïitants (1) ne suffisaient pas et qu*il en fallait

mencement du procès. Ainsi s'expliquerait , sur la fresque , l'image, i chaque extrémité, d'un personnage vêtu d'une courte tunique et beaucoup plus {>etlt que les saints : un de ces personnages tient une clef. On y peut voir les geôliers, et en particulier le porto-clef, clavicularius carceris, bien que leur chariçe s'exerçât plutôt dans le carcer publicus que dans la custodia privata. Voir Doulcet, Essai sur Us rapports de ! Église chrétienne avec l'État romain, p. 209-211; De Roesi, Bull, di arch. crist., 1884-1885, p. 157-166 et pi. XI-XIl. (1) Le forum romain et le forum de Jules César.

un troisième. C'est pourquoi , afin de se hâter, il fut ordonné que, même avant l'achèvement du temple de Mars, les jugements publics et le tirage au sort des juges se feraient en ce lieu (1). » Sous les Antonins, le préfet urbain y eut son tribunal (2) . Ce forum porta primitivement le nom de son fondateur Auguste ; au quatrième siècle il est toujours appelé forum de Mars (3) ; mais peut-être cette dénomination est-elle plus ancienne.

Siégeant sur son tribunal, dans ce forum, le préfet urbain fit comparaître, non plus en particulier, comme la première fois, mais officiellement, et accompagnée de ses enfants, la courageuse chrétienne. « Aie pitié « de tes fils, lui dit-il, braves jeunes gens, et encore « dans la fleur de la jeunesse. » — Félicité répondit : « Ta miséricorde est impie, et ton exhortation est « cruelle. » Et, se tournant vers ses fils, eUe ajouta : « Portez les yeux au ciel, mes enfants, et regardez en « haut, là où le Christ vous attend avec ses saints. Com- « battez pour vos âmes et montrez-vous fidèles dans Ta-

(1) Suétone, Oct, Aug.^ 29. Cf. l'inscription d'Ancyre, 21 : priyato

SOLO COHPARATO, MART1S YLTORIS TEMPLTM FORTMQTE AVGVSTI EXSTKYU.

(2) Jordan, Topographie des Stadt Rom in Alterthum^ t. II, p. 489, 490; Thédenat, Le Forum romain et les Forums impériaux, 1898, p. 215 et soiv. c

(3) ne Rossi, Bullettino di archeologia cristiana, 1874, p. 41, 51- 56; J. Fâhrer, Ein Beitrag zur Lôsung der Félicitas -Frage {Pro^ gramm des Kgl, Lyceums und des Kgl. Gymnasiums zu Freising fur dos Studienjahr 1889-1890), p. 24; Thédenat, /. c, p. 224. Le nom si populaire à Rome de Marforio, porté encore aujourd'hui par la me qui passe deyant la prison Mamertine, est une corruption de Biartis forum.

« mourdu Christ. » — Entendant cela, PubliusoidoniR « de lui donner des souCQets, disant : « Tn as osé eoft» <( seiller, en ma présence, de mépriser les ordrade « nos maîtres! »

« Alors il appela le premier des fils, nommé JanQirius , et lui promit tous les biens possibles» en même temps qu*il le menaçait des verges sMl refusait de »crifier aux idoles , Januarius répondit : « Tes conseils « sont insensés. La sagesse du Seigneur me soutient et c( me fera surmonter toutes ces choses. » AussitMle juge le fit battre de verges et reconduire en prison.

« Il donna ordre d amener le second fils , Félix. Comme Publius l'exhortait à sacrifier aux idoles, celuici répondit avec courage : « Nous adorons un seul « Dieu, à qui nous offrons le sacrifice d'une pieuse dé- « votion. Garde-toi de croire que tu pourras m'éloi- « gner, moi ou quelqu'un de mes frères, de Famonr « du Seigneur Jésus-Christ. Même sous la menace des « coups, et en présence de tes injustes desseins, notre « foi ne peut être ni vaincue ni changée. »

« Quand celui-ci eut été emmené, le juge ordonna de faire monter [applicari) (1) le troisième fils, nommé Philippe. Comme il lui disait : « Notre seigneur Fem-

(1) 0 Ce mot signifie : faire approcher l'accasé, le faire monter devant le tribunal sur l'estrade appelée catasta, gradusovL ambo. On le voit dans le récit d'un songe du martyr africain saint Marien {Passio SS. Jocobi et Mariant, l 6, dans Ruinart, p. 228) : Tanc exanditur mihi Tox clara et immensa dicentis : Marianum applica. Et ascendebam in illam catastam. » Ed. Le Blant, les Actes des Martyrs, § 59, p. 152, 153.

•c pereur Antonin a ordonné qae vous sacrifiiez aux (f dieux tout-puissants, » Philippe répondit : « Ils ne K sont ni dieux ni tout-puissants, mais des simulacres u vains, misérables, insensibles, et ceux qui auront « consenti à leur sacrifier encourront un péril étercc nel. »

« Philippe ayant été éloigné, on fit comparaître le quatrième fils, Silvanus (1). Le juge lui dit : « A ce que «je vois, vous vous êtes concertés avec votre misérable « mère pour mépriser les ordres des princes et courir c< tous ensemble à votre perte. » Silvanus répondit : « Si « nous avions craint une mort passagère, nous encour- « rions un supplice étemel. Hais comme nous sa- « vous quelles récompenses sont préparées pour les « justes, quelle peine établie pour les pécheurs^ nous « méprisons avec sécurité la loi romaine pour obéir fc aux préceptes divins; méprisant les idoles afin « qu'en servant le Dieu tout-puissant nous obtenions « la vie étemelle. Ceux qui adorent les démons iront « avec eux dans la mort et le feu éternel. »

« On éloigna Silvanus; le cinquième fils, Alexandre , fut amené. Le juge lui dit : « Aie pitié de ton « âge, et de ta vie encore dans Tenfance . Ne sois pas re- « belle, et fais ce qui sera le plus agréable à notre roi « Antonin. Aussi, sacrifie aux dieux afin de pouvoir « devenir Tami des Augustes, gagner la vie et leur « faveur. » Alexandre répondit : « Je suis le serviteur

(1) SilTanus, de préférence à Silanus adopté par Ruinart. \o\iBulL di arch, crist., 1884-1885, p. 168.

Stt2 lA PCRSiCUnOSI DE HARO AURÉLI.

M du Ghrifty je le confesse de bouche, je loi reste at- M taché de cœur, je l'adore sans cesse. Cet àg'e si faible, « que ta vois, a la prudence de la vieillesse et adore un « seul Dieu. Tes dieux et lears adorateurs périront.»

« Celui-ci renvoyé , on fit monter le sixième, Vital. Le juge lui dit : « Peut-être choisiras-tu de vivre, et « voudras- tu ne point périr? » Vital répondit : a Qud « est celui qui choisit de vivre mieux, celui qui adore « le vrai Dieu, ou celui qui recherche la faveur du « démon? » Publias dit : a Et qai est le démon? i» Vital répondit : « Tous les dieux des nations sont des « démons, et aussi tous ceux qui les adorent. »

ce On le fit sortir, et le septième, Martial, fut introduit. Le juge lui dit ; « Ennemis de vous-mêmes, vous « méprisez les ordonnances des Augustes, et vous perce sistez à périr. » Martial répondit : « Oh ! si tu pouvais « savoir quelles peines sont préparées pour les adora- « teurs des idoles! Mais Dieu tarde encore de mani- « fester sa colère contre vous et vos idoles. Tous ceux « qui ne confessent pas que le Christ est le vrai Dieu « iront au feu étemel. »

<( Publius fit éloigner ce septième accusé, et manda à Tempereur le procès-verbal de tout ce qui s'était passé. y>

Bien des traits de cet interrogatoire méritent d^être remarqués.

Il y est question tantôt des empereurs, tantôt de Tempereur (1). Cet emploi alternatif du singulier et

(1) Juftsa, sUlaU doiniaoram nostroram, — dointnus noster imperator

(lu pluriel pour parler de ceux qui détiennent l'autorite publique au moment où les martyrs sont interrogés convient à Tan 162. On allègue Tordre des empereurs, et Ton parle au nom d^un seul. Il se trouve justement qu'en 162 Marc Aurèle et Lucîus Verus régnaient ensemble ; mais Verus était en Orient, et Marc Aurèle demeurait seulà Rome (1). Ainsi s'explique une apparente anomalie de langage : elle devient une vraisemblance en faveur de la date alléguée. Sans doute Tannée 162 n'est pas la seule où deux empereurs régnèrent ensemble : ce fait se reproduit plusieurs fois au deuxième et au troisième siècle (2). Mais Tannée 162, la première qui ait vu deux Augustes s'asseoir sur le même trône (3) ^ parait en même temps réunir, mieux que toute autre, les coïncidences suivantes : deux Augustes, — l'absence momentanée de Tun, faisant que, bien que la justice soit rendue au nom de tous deux, un seul soit invoqué nommément par le juge, — un préfet de Rome dont on sache avec certitude qu'il a porté le nom de Publius, — enfin des cala mités publiques assez exceptionnelles pour persuader aux esprits affolés que les dieux ne pourront être apaisés que par l'immolation de victimes expiatoires (^).

Anloninus, — praecepta principum, — régi nostro Antonino, -^ ot possis amicus Augustorum fieri, — Augustorum instituta coatemniUs.

(1) Jules Capitolin, Vita Ântonini philosophie 8.

(2) Cf. Aube, Histoire des persécutions^ p. 255 ; Doulcet, Eisai^ etc., p. 200-202; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1863, p. 90, 91.

(3) Capitolin, Vita Ant. phit,, 17.

(i) Dans le même sens, Lightfool, S, Ignatius and S, Polycarp^i, I, p. 515; Dufourq, Étude sur les Gesta martyrum romains^ p. 223.

364 LA PERSÉCUTION DE UAMC kVÊÈJL^

On remarquera encore TexpressioD « nos aeigBaBSt plusieurs fois employée par le préfet pour déâpcrlB souverains. Ce langage adulateur était en usage àlèpoque antonine : on en trouve des exemples Inn (h haut, jusqu'au temps d'Auguste (1) ; et, sans remariBr si loin, nous avons vu, sous Antooin le Pieux, on mgistrat qui voulait contraindre saint Polycarpe àntiff le César régnant du nom de « seigneur (2). » Dansw requête ofiicieilc écrite en grec, un Asiatique appdk le même prince : « Seigneur roi Antoniu (3). » CneiMcription grecque donne à Marc Aurële le titre de « ngneur Auguste 4). » Il n^est pas surprenant qan préfet de ce souverain ait parlé de même, snrtoats rinterrogatoire des martyrs se fit eu grec, comme senH blent rindiquer des héllénismes du texte latin, et en particulier le mot « roi » (5) employé pour désigner 'empereur (6). Le grec était couramment écrit et parié

(1) Achis apost., \\\\ 20; Corp. inscr. graec.^ 7061. Voir Dookrt, Kssai, etc., |>. 194 ; Moinms<ïn, Rômixches Staatsrecht^ t. II, p. 737-739.

(2) Voir plus haut, p. 315.

(3) Kupii padiXtO 'Avtcovive. Digesfe, XIV, ii, 9.

('») M. AOpTiXio; Kupio; Ic6a(rr6;. Corp. inscr. grxc.^ 7061.

(r») BaaOey;. Voir Moinmsen, Riimische Staatsrecht ^ 2* éd., t. II.

(6) De nombreux critiques ont mftmc pensé que la Passion toot eatièrc fut d'at>ord composée en grec, et que le texte latin que nous possë dons n'est qu'une traduotlon plus ou moins amplifiée, faite au quirième ou cinquième siècle, de ce document original. Voir dansoesens Tillemont, Mémoires, t. II, art. sur sainte Félicité; Du Pin, dans.4dfl 55., juillet, t. III, p. 12; Borghesi, Lettre à Caredoni, Œuvres, t. VIII, p. 549; De Rossi, Bail, di arch. crist.y 1863, p. 19; Doalcet, £s5ai, etc. p. 194 ; Marucchi, Un' eroina cristiana sotto H regno di M. Auretio, dans \nova antologia di scienze, lettere ed arli, 1886, p. 418.

A Rome au second siècle, aussi bien par les philosophes et les lettrés de la cour de Harc Aurèle que par le dergé chrétien et les plus humbles fossoyeurs des catacombes (1). Peut-être dans cette langue, devenue par excellence celle de Tadulation et de la servilité, les souverains étaient-ils, à cette époque, traités de « seigneurs » plus souvent qu'ils ne l'étaient encore en latin. Cependant , bien que plus réservé, le latin avait déjà appliqué ce mot aux empereurs avant le règne de Harc Aurèle (2) : les inscriptions latines le donneront à Commode (3) : et, à partir de la Qn du second siècle, il ne sera plus possible de compter les marbres qui le portent (4).

Parlant au cinquième fils de Félicité, Silvanus, le préfet emploie une autre expression qui doit être notée ici : « Sacrifie aux dieux, afin de devenir un jour Tami des Augustes. » Ceci n'est point une parole en l'air, une promesse vague. L'appellation d' « ami d'Auguste » était, depuis l'établissement de l'Empire, une sorte de titre de noblesse (5). Les empereurs le donnaient offi-

— En sens co ntraire, Fûhrer , Ein Beitrag zur LOsung der Félicitas Frage^ p. 26; Duchesne, Bulletin critique, 1883, p. 884.

(1) Cf. De Rossi, Roma sotterranea, l. II, p. 237.

(2] Décret du collège des pontifes, daté de 155. Wilmanns, Exempta inscriptionum latinarum, 312.

(3) Corpus inscriptionum latinarum, t. VIII, 10&70.

(4) Citons à titre d'exemple, pour les premières années de Septime Sérère antérieures à Tan 200, Corpus inscriptionum latinarum, t. V, 75, 158, 427, 1343, 1602, 3342, 3391, 4020, 6156, 5943; t. VII, 167; t. VIII, 1628, 1707, 2557, 2585, 7062, etc.

(5) Unmbert, art. Amici Augusti, dans le Dict, des ant, grecques et rom., p. 227.

ciellement à ceux qu'ils voulaient honorer (1) ; on Tinscrivait avec orgueil sur les marbres funéraires {%). Le rang dont parait avoir joui Félicité, qualifiée de « femme illustre, » permettait de faire luire aux regards d'un de ses enfants la perspective d'une telle dignité, qui donnait accès au palais et droit de s'asseoir à la table des empereurs. D'assez nombreux Actes des martyrs contiennent la mention d'une offre semblable adressée de même par le juge à un chrétien qu*il veut séduire (3).

Mais, si conformes à Thistoire que paraissent ces détails, le long interrogatoire que nous avons transcrit ne vaut pas seulement par eux. Plus encore que des traits isolés, l'ensemble offre les caractères apparente de Tauthenticité. « L'attitude et le langage du juge, usant tour à tour de prières et de menaces pour séduire ou intimider les martyrs, conjurant la mère d'avoir pitié sinon d'elle-même, au moins de ses enfants qu'attend la faveur impériale s'ils se laissent fléchir, s'irritaut de la résistance qu'il rencontre, et Tattribuant à une entente secrète; ses paroles paternelles, caressantes, puis tournant à Tironie et à la menace : c'est la vérité même, la vérité éternelle et la vérité de situation. Ce sont là des traits qui sont dans la nature des choses et qui se rencontrent dans un si grand nombre d'Actes de martyrs qu'il serait excessif d'en révo-

(1) WilmanDS, Exempta inscriptionum latinarum^ 2842.

(2) Uenzen, SuppL à Orelli, 5477 ; Wilmanns, Exempta inscript, lat., 639; Corpus inscriptionum latinarum^ t. V, 5811.

(3) Edmond Le Blanl, tes Actes des martyrs, § 25, p. 76-80.

quer en doute le caractère pleinement historique. D'autre part la tenue de ceux qu'on interroge; cette sainte femme dont Tàme est pleine en quelque sorte du Dieu qu'elle invoque, lequel est son espoir, son refuge et sa force ; ses encouragements à ses fils au pied même du tribunal et à la face du juge impuissant et couronné; ces mots touchants et fermes: « Portez les yeux au ciel, mes enfants, et regardez en haut : là le Christ vous attend avec le chœur des saints. Combattez pour vos âmes, demeurez fidèles dans Tamour du Christ, » ces mots d'une si grande hauteur esthétique et morale ; les courtes réponses de ses fils invincibles et s'enhardissant mutuellement dans la confession de leur foi et de leurs espérances : tout cela est à la fois grand, vrai, pur, authentique, recueilli, on peut le dire, des lèvres mêmes des martyrs (1). »

Ni la séduction ni les menaces n'avaient eu raison de Félicité et de ses fils. « L'empereur, disent les Actes, les renvoya devant divers juges pour les faire punir de supplices diiférents. L'un fit périr le premier sous les coups d'un fouet garni de plomb. Un autre fit tuer à coups de bâton le second et le troisième. Un autre fit précipiter le quatrième. Un autre fit trancher la tête aux trois derniers. Un autre ordonna de décapiter la mère. »

Les juges dont il s'agit ici sont les triumvirs capitaux, jeunes gens de famille sénatoriale, pour lesquels cette charge constituait le premier pas dans la carrière

(1) Aube, Histoire des persécutions^ p.' 458.

des honneurs. La garde des prisons leur était attnbuée, et ils devaient présider aux supplices (1). Os n'étaient que trois, comme leur nom le fait connaltre(2), mais le texte des Actes de sainte Félicité me parait signifier seulement que les sept martyrs et leur mère furent immolés en plusieurs lieux différents; évidemment trois magistrats, ou même un seul des trois, suffirent à présider successivement Texécution de ces cinq groupes de suppliciés (3). La sentence ne fut pas prononcée par les magistrats chargés de rexéci]tion;elle fut dictée par Tempereur sur le vu du procès-verbal que lui avait envoyé le préfet. L'idée, à première vue assez étrange, de faire supplicier les martyrs en divers lieux, s'explique à la réflexion : évidemment on était en présence d'une grande agitation populaire, produite par une terreur superstitieuse, et Temperear voulut rassurer la foule en faisant couler en plusieurs endroits de Rome le sang des victimes immolées pour détourner la colère des dieux. Les supplices employés contre quelques-uns des condamnés ne sont point ceux qui convenaient à leur naissance et à leur situation sociale : les fouets garnis de plomb, la bastonnade, étaient réserves aux petites gens, et non aux enfants d'une femme qui avait peut-être rang de clarissirne,

(1) Moininscn, Rômische Staalsrecht, t. II, 2« éd., p. 580-581.

(2) On possède l'inscription d'un quatuorvir capitalisa Willmanos, Exempla inscr., 1132; elle parait contemporaine de Jules César, qai avait augmenté le nombre des magistrats (Suétone, JuUus Cxsar.iX). mais après lui on rétablit le nombre ancien.

(3) Quatre groupes seulement selon le manuscrit 5299 de la Bibliothèque nationale, publié par M.. Doulcet, p. 190-193.

à des jeunes hommes auxquels on venait d'offrir le titre envié d'« amis des Augustes. » Hais il semble que les condamnés pour crime de christianisme n'avaienl point le droit de revendiquer le privilège de la naissance, et que pour eux tous les genres de mort étaient bons. « Nous présentons la tète au plomb, aux lacets, aux clous, » dit Tertullien (1), qui parle ici des condamnés chrétiens sans distinction. D'ailleurs, il s'agissait avant tout, dans la circonstance, de frapper l'imagination des peuples et il fallait bien, pour cela, varier les supplices.

Nous venons de lire les Actes , et nous avons essayé de les commenter. Pour achever l'histoire de sainte Félicité et de ses fils, il reste à combler les lacunes du document qui seul nous a jusqu'à présent servi.

Les Actes n'indiquent pas la date du martyre. Peutêtre ont-ils été écrits aussitôt après (2) : autrement, il semble que leur rédacteur n'aurait pas négligé de noter un anniversaire solennellement célébré dans rËglise (3). Cette date est donnée par d'autres documents. Sainte Félicité et les sept frères, présen-

(1) Tertullien, ÀpoL, 2.

(2) De Rossi, Bullettinodi archeologia crisHana^ 1868, p. 19. — Il s'agit ici du texte original et non de la version que nous possédons aujourd'hui; mais l'omission de la date, dans cette version elle-même, semble montrer qu'en ce point au moins elle traduit fidèlement un do* cument ancien.

(3) C'est ainsi que, de l'aveu de tous les critiques, la lettre de l'Eglise de Smyme sur le martyre de saint Polycarpe fut écrite moins d'un an après les faits, car eUe indique que l'annirersaire n'a pas encore été célébré. Voir plus haut, p. 309.

pBRsécirrioNS. i. 24

tés comme ses fils , sont groupés ensemble au 9 et au 10 juillet par le martyrologe hiéronymien (1)^ dont les mentions relatives aux saints de Rome paraissent empruntées à un calendrier de cette Église, rédigé dès le commencement du quatrième siècle , au lendemain même de la paix religieuse (2) ; le même document marque au 23 novembre un anniversaire de sainte Félicité (3) y et parait montrer ainsi (ce que n'indiquent pas clairement les Actes) que son supplice, différé poar des raisons demeurées inconnues, eut lieu après celui de ses enfants. Un autre recueil romain, composé vers 336, et de nouveau édité en 35^, le calendrier dit philocalien (4), cite, sous le titre de « dépositions des martyrs (5), » un petit nombre d'anniversaires : « ce n'est pas un martyrologe, mais le férial, c'est-à-dire la liste des natales qui, sous le pape Miltiade et ses premiers successeurs, étaient célébrés le plus solennel-

(1) Martyrologe hiéronymien, au sept et au six des ides de jaillet. De Rossi-Duchesne, p. 88-98.

(2) Voir Duchesne, les Sources du martyrologe /ttéronymi^n, dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire publiés par l'école française de Rome, 1882 (tirage À part, p. 25-32), et, du même, Prolégomènes au Martyrologium hieronymiannm^ p. l. Cf. mon introduction sar les Sources de l'histoire des persécutions, dans la Persécution de Dioclétien, 2» éd., t. I, p. xxy.

(3} Cette date manque dans le ms. de Berne, qui s'arrête au 22 noyembre. Voir D'Achéry, Spicilegium, t. I, p. 21; Fiorentini, Velus occidenlalis Kcclesiae martyrologium, p. 092; De Rossi-Dnchesne, Mart. hieron.^ p. 146.

(4) De Rossi, Roma soUerranea, t. I, p. 16; Duchesne, le Libtr PontificaliSy t. 1, p. vi-x.

(5) Ruinart, p. 62; Duchesne, le Liber Ponti/icalis, 1. 1, p. 11; De Smedt, Inirod. gen. ad hist. eccl, crilice traclandam, p. 513.

LE MARTYRE DE SAINTE FÉUClTâ. 371

lement à Rome et dans les principaux sièges suburbicaires (1). » On y lit, à la date du 10 juillet, la mention de la deposùio des sept martyrs. Cette mention suffirait à montrer qu'ils étaient au nombre des plus célèbres martyrs de Rome, puisque le férial philocalien commémore seulement dix-huit de ceux-ci.

Les Actes, qui ne nous ont pas dit la date du martyre de nos saints, n'indiquent pas davantage le lieu de leur sépulture : précaution usitée dans les temps de persécution, et qui semble, pour une pièce comme celle-ci, une marque assez claire d'antiquité (2). Hais l'indication de ce lieu par des documents indépendants des Actes confirme leur témoignage de la manière la plus précise : si bien que, même si l'on devait leur refuser toute parenté avec un original ancien et par conséquent tout titre à une authenticité au moins relative, il serait encore possible de retrouver, en dehors d*eux, les lignes essentielles de leur récit.

On a vu que les enfants de sainte Félicité furent martyrisés en quatre endroits différents. Janvier fut mis à mort en uq lieu, FélLt et Philippe en un autre, Silanus en un troisième, Alexandre, Vital et Martial en un quatrième. Il était naturel que, dans la précipitation des inhumations qui suivirent le supplice , pendant an momeat d'effervescence populaire où il fallait dérober aux outrages de la foule les corps des martyrs, chacun d'eux ait été emporté par les chrétiens qui

(1) De Rossi, Borna solterranea, t. I, p. 116.

(2) BulUUino di archeologia eristiana, 1884-1885, p. 182-183.

372 LA PERSÉCUTION Dt MARC AURÉLE.

avaient assisté à son exécution, sans que Ton se préoccupât de les réunir en une seule sépulture de famille. Précisément, Janvier, immolé seul, fut enterré seul; Félix et Philippe, immolés ensemble, furentportés dans le même cimetière ; Silanus, martyrisé seul, fut enterré à part ; Alexandre , Vital et Martial, martyrisés en un même groupe, eurent le même lieu de sépulture. Cela résulte de Fantique férial romain que nous avons déjà cité ; il indique les quatre cimetières où furent déposés, seuls ou par groupes, les sept martyrs misa mort en quatre endroits différents : « Le VI des ides de juillet, [commémoration] de Félix et de Philippe dans la catacombe de Priscille (sur la voie Salaria Nova) ; — de Martial, Vital et Alexandre, dans le cimetière des Jordani (sur la même voie) ; — de Silanus (dont les novatiens dérobèrent les reliques), dans le cimetière de Maximus (sur la même voie) ; — de Janvier, dans le cimetière de Prétextât (sur la voie Appienne) (1). » La mère, immolée seule, après tous ses enfants, avait été déposée près de son quatrième fils, Silanus ou Silvanus, dans le cimetière de Maxime, qui, aux siècles suivants , fut appelé cimetière de sainte Félicité. Ces indications sont reproduites et confirmées par tous les documents topographiques, provenant de l'époque où les diverses catacombes étaient connues et visitées des pèlerins : depuis les livres liturgiques romains du

(1) VI id. Felicis et Philippi in PriscillaB; — et in Jordanorum, Martialis, Vitalis, Aleiandri; — et in Maximi, Silani (hune Silanum martyrcm Novati furali sunt); — et in Prœtextati, Januarii. — Ruinart, p. 693.

temps de saint Léon le Grand (1) jusqu'aux itinéraires des voyageurs du septième siècle (2) et au Liber Pontificalis{3).

Si nous voulions refaire la route suivie parles anciens pèlerins, et aller comme eux vénérer l'un après l'autre les tombeaux de Félicité et de ses sept enfants, nous serions moins heureux qu'on ne Tétait encore au septième siècle, mais cependant notre course ne serait pas tout à fait vaine. — Dans la basilique construite au dessus du cimetière de Priscille, et dont les ruines ont été récemment reconnues, nous ne retrouverions pas les tombeaux de Philippe et de Félix, et nous ne pourrions pas lire l'éloge que leur a dédié le pape Damase (4). — Au cimetière des Jordani, ravagé par

(1) Muratori, Liturgia romana vêtus, t. I, p. 345.

(2) lUnerarium, ex uno codice Salisburgensi ; — De locissanctis martyrum;— XotUia portarum, viarum, ecclesiarum; — DeRossi, Roma soUerranea, t. 1, p. 176-177, 180-181.

(3) idber PontifiealUf Bonifacius, 6 ; Symmachus, 10; Hadrianus, 19; Dochesne, t. I, p. 227, 229, 263, 509, 521.

(4) Bullettino di archeofogia cristiana, 1880, p. 24*44 ; Inscriptionei christ, urbis Romx, t. II, p. 62, 132, 138. — M. Edmond le Blant a pablié, en 1888, uoe petite base de marbre, de proreaance inconnue, où se lisent encore sur ane face les mots mabtibtii nucis nuppi, snr les autres quelques lettres des nomi tita/<s, ukntialiSy et enfin une date incomplète du mois de Juillet... ituas. C'est évidemment un débris d'autel d^ié aux sept frères martyrisés le 10 Juillet. Comme Félix et Pbilippe y sont nommés les premiers, on peut croire qu'il prorient du clmeUère de Pri.<tcil!e, où reposaient ces deux martyrs. Voir Mélanges de r École française de Rome, 1888, pi. VII ; Rômisehe Quartalschrift fûrchristl. Àltertumsk. und Kircheng., 1889, p. 393; Bull, di arch. crist., 1888-1889, p. 18; 1890, 111-113. ~~ Le tombeau où, des profondeurs du cimetière, les deux martyrs furent transférés après la paix de l'Église ne se trourait probablement pas dans la basilique même

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î, i^iW. 4* arch rrut.^ !?*«. p. 21. 4!-4v. t, ... Aieth«r» alaa pams alrâ celA pHit.

iMOflUs fmtroé «equitor p«r amoesa TireU

fMAgniBC loU Mio inembia leaei Ummiu».

Iiucr. chrUt.A. Il, p. SS. 1<«, 116, 136. (S) Bull, di arch, crût., 188l-18«5, p. 14»-ia4 et pi. IX-.\.

Sur un autre point de la banlieue de Rome, la voie Appienne a précieusement conservé, pour nous la rendre à peine altérée, la sépulture de Tainé des jeunes martyrs au cimetière de Prétextât.

Ce cimetière, très riche en souvenirs historiques, nous a déjà laissé voir le tombeau d'un martyr de la persécution d'Hadrien, le tribun Quirinus (1). Dès 1857 , M. de Rossi avait découvert, à peu de distance de l'endroit oi\ il devait trouver plus tard le cubiculum de Quirinus, une large et belle crypte dont la façade extérieure est construite en briques jaunes, décorée de pilastres en briques rouges et d'une corniche en terre cuite (2), comme un grand nombre d'édifices profanes des premiers siècles de l'Empire. C'est le genre de construction qui domine à l'époque des Antonins ou dans les temps qui la suivent immédiatement : on peut comparer « cette belle maçonnerie de briques, aux joints serrés, » à celle de l'édifice connu sous le nom de temple de Bacchus, devenu l'église de Saint-Urbain alla Caffarella, sur la voie Appienne, et peut-être bâti par Hérode Atticus sous Marc Aurèle (3) ; on peut encore rapprocher cette construction souterraine du corps de garde de la septième cohorte des Vigiles découvert dans la quatorzième région, au Transtévère, et datant du commencement

(1) Cf. p. 224.

(2) De Rossi, Bull, di arch. crist.^ 1863, p. 2-4, 20, 21; Roller, Catacombes de Borne, i. I, p. 81.

(3) BtUlettino di archeologia cristianay 186S, p. 21.

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L HT: ?i;.ict&nC.» H Bron&iw. «'laAfr^cr^rrcaen, 2-éd.,t.L p. 138.

4. BêH'^*t.xrj 'ik nr(l^t^j%tg cru^rma. IfW, p. 2, 3, 4- 5 De MoêM, Momui miierrnmen, t. U. p. «T-S»?.

voqué avec eux, est évidemment le fils aîné de sainte Félicité, martyrisé près d'un siècle auparavant, et enterré aussi dans ce cimetière. Cette invocation, intéressante à plusieurs points de vue, montrait qu'apparemment les tombeaux de ces trois saints n'étaient pas éloignés; mais elle ne disait pas clairement si l'un d'entre eux, et lequel, était enterré dans la crypte même où on la lisait. En 1863, une nouvelle découverte donna le renseignement désiré : on trouva, en déblayant le sol de la crypte, les débris d^une inscription monumentale, gravée sur une large plaque de marbre, dans ce beau caractère auquel les archéologues ont donné le nom de damasien^ et que le calligraphe Philocalus inventa pour transcrire les éloges des martyrs composés par le pape Damase. Rapprochés, ces fragments donnèrent la phrase suivante :

BEATISSIMO MARTYRI

lANVARIO

DAMASVS EPISCOP.

FEaT (1)

« Consacré par Damase, évèque, au bienheureux martyr Janvier. » Le doute n'est plus possible : la crypte découverte en 1857, et qui offre les caractères architecturaux et artistiques du règne de Marc Aurèle

(1) BuUeitino di archeologia eristiana, 1863, p. 17; Nortticote et Brownlow, Roma sotterranea^ 2* éd., t. I, p. 141 ; Rome souterraine française, p. 121 ; Roller, CaL de Rome^ pi. XXXI.

ou des iesftp»

ti^ probilîlfaBeaÉ «B 1«SL

leiaadre dMbottoCifBe 1 qaes anaées plas tard, croyable faibli f de Mare dans Rome 2 .

«>4rlft le 4rToîr 4e laire csaaaBpr la tMtmt, â 4» étfn» éiwtïïu la M. Aïke Btsimre d^ ^rtécmtmmM pL ksQf«4air« b partie ■vralivc SMi i

a b plardité 4» Aa^uleiw éMt Fa* ot ■■ «Mf Sef4if Sêrere et Aatawa Car; •e p^cYotr pM tnir écraat ai FaMioa ioppoMeat qa'ai wsl 4»

do Martfre: or. 5^ef4iiae S^^*Tt ay&at U p^riod^ ia4iqo<r, reOif CAr»caî; 'iii ou doQise aoft. i^e pea coafcàtiUf avec le K4e actif qai loi est aif fibo^. — L'otj^irtioa ert de Li^tf^st : orlai-d 5 Ifait^t n»d S. Pth l't^nrp. t. I. p. sii^i^ adn^ conne m>hihèr U date de IQ, et p ve. arec le iiurtTrr>loçe hi'ToaTmiea. Tex^catka 4e$ fepC martyrs aa 1 ' ja llrt, anoir^ui'^ .i* leierativv* .l'AaliMla > Pieai à lEapire : ' 1 aiiDiTer»AJre était irraisembAaUeiaeat 9U aoas sda ils ad<^tif, et : oa Mit qae r^ «te* o1i:ieiIe« farrat soareat fatales aax cbrélica*. Ma f Liiçbtroot oe crost [«as qae les se^ aartyrs, biea qoHi poisseol aT'iir é*é inmolèi le ni*tDe jour, M>jeat par«aU: et il l'adaet pas que FeiiciU. coroméroorà a p.art I^ ?3 aoTeaibre. apparlieaae à lear groope. FJle peat aroir été ré-flletnent martriisee. aroir aiêa»e ea aa oo plo- *ieiir« SU martyr» : mai* U lé^çeade seale, et le désir dliaiter eaeore l'hUli>ire à^ Machabé^. U réoniss^l «oi s^'pt chrétiens hoaorés le lOjajJkL —11. fiufourq fiktfU «wr /^« Gesta m^rifrn'H romains, p. 2îV?ît coïKidère égti^afnt I6î omm^ date Traisemblable : la

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