‹ Histoire des persécutions pendant les deux premiers sièclesChapitre 23 sur 35 · LA JALOUSIE PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

LA JALOUSIE PHILOSOPHIQUE

Ija jalousie philosophique : le martyre de saint Justin

Félicité et ses fils étaient tombés victimes de la su* perstition publique; Justin fat, Tannée suivante, immolé à labaine privée et à la jalousie d'un philosophe. On a essayé d'en disculper Marc Aurèle, et de placer

commanauté d'anniTersaire des sept saints enterrés dans quatre endroits différents lui fait admettre leur lien de parenté : le fait que Félicité, commémorée le 23 novembre, est indiquée aussi par le martyrologe hiéronymien comme honorée en même temps que les sept frères le 10 juillet, rend prot>able que son histoire est réellement associée à la leur : mais il n'en résulte pas qu'elle soit leur mère : le texte (plus ou moins altéré) du martyrologe au 7 des ides de juillet le porte à croire que Félicité est vierge, et que les sept sont des prêtres. — Une étude t>eaacoup plus détaillée est le travail très savant et très complet de M. Ftthrer, Bin Beitrag zur Lôsung der Félicitas- Frage y 1890 (auquel a été ajouté un supplément, Zur FelicitaS'Frage^ 1894). Ses conclusions sont les suivantes : la Passion de sainte Félicité est du sixième siècle environ, n'a pas de valeur historique, et ne fournit aucun moyen de dater les événements ; les sept frères martyrs honorés à Rome le 10 juillet n'ont aucun lien de parenté avec Félicité, fêtée le 23 novembre : celle-ci doit cependant être considérée comme la mère de sept enfants qui furent martyrisés avec elle, le même Jour. — M*' Duchesne, qui rejette aussi la Passion , considère (Bulletin critique^ 1890, p. 425) que « l'opinion commune résiste parfaitement à ces arguments. Autant que l'on peut remonter la tradition du culte de sainte Félicité, c'est-à-dire jusqu'au temps du pape Damase pour le moins* cette sainte se présente à nous comme la mère de sept fils martyrs. Pour le culte des saints du 10 Juillet, on a une attestation plus ancienne encore, celle du calendrier philocalien (386), qui remonte aux derniers temps de Constantin. Maintenant, les sept saints du 10 Juillet sont-ils identiques aux sept fils de sainte Félicité? Dans le calendrier philocalien, il est vrai, il n'est pas question de sainte Félicité; mais le

SOUS son prédécesseur le martyre de Justin (1). Cependant les Actes de celui-ci sont formels, et la date de son supplice résulte avec certitude de leurs indications. Justin fut condamné, disent-ils, par le préfet Rusticus : or Junius Rusticus, l'ami de Marc Aurèle, son plus intime confident, celui qui lui avait appris à lire Ëpictète (2), et à qui il confiait, dit un historien, toutes ses affaires publiques et privées (3j, fut préfet de Rome en 163, c'est-à-dire dans la seconde année de Marc Aurèle, année que Tempereur passa tout entière dans sa capitale. Rusticus succédait à deux persécuteurs : Urbicus, qui, en 160, avait prononcé la condamnation de plusieurs chrétiens, à

martyrologe hiéronymiea la groape, aa 9 et 10 juillet, avec les sept frères qu'il présente comme ses flh; il nomme aussi la saiote à son jour propre, au 23 novembre. Rien ne prouve que ces mentions ne soient pas primitives et qoe le martyrologe hiéronymien ne représente pas ici le calendrier romain dans un état de texte plus complet et plus ancien que le document philocalien de 336. La distance de deux jours de fête, 10 juillet et 23 novembre, ne va pas contre le fond de l'histoire; on a très bien pu exécuter les fils en juillet et laisser la mère en prison ou même en liberté pendant quatre ou cinq mois. » M" Duchesne est revenu sur le même sujet {Bulletin critique, 189i, p. 341 ; à propos de Kunstle, Hagiographixche Studien ûher die Passio Feliciiatis cum VII filiis). n Je n'ai jamais compris, dit-il, pourquoi on attache tantd'iml>ortance à la Passion de sainte Félicité. Le culte de la sainte et de ses sept fils, et non seulement leur culte, mais encore les linéaments essentiels de leur histoire s'établissent sur des données épigraphiques, liturgiques, archéologiques, d'une autorité autrement claire que celle de cette petite pièce hagiographique. » Se séparant ainsi, sur plusieurs I>oints, de M. Fiihrer, M*' Duchesne est d'accord avec lui pour dire que du texte de la Passion « on ne peut même pas tirer une date. » (1) Renan, V Eglise, chrétienne^ p. 492. (7) Marc Aurèle, Pensées, I, 17.

(3) J. Capitolin, Vita Antoniniphilosophi,3; Dion Cassius, LXXl, 35.

la saite d*un drame domestique que nous avons raconté; Julianus, qui interrogea, en 162, Félicité et ses fils. Pour effacer du règne de Marc Aurèle le sang de saint Justin et de ses compagnons, il faut dire avec M. Renan que les Actes parlent d'un Justin autre que le célèbre docteur de ce nom, assertion inconciliable avec leur texte, ou dénier à ces Actes toute valeur historique, ce qui parait impossible à quiconque les lit avec soin et sans parti pris. Un vrai critique reconnaîtra, au contraire, que, parmi les Actes des martyrs romains , ordinairement d'une autorité beaucoup moins sûre et d^une authenticité moins évidente que ceux de certains martyrs asiatiques et africains, la relation du procès de Justin fait exception (1) ; si Ton excepte les premières lignes, évidemment ajoutées en manière de préface par un copiste, comme l'ont aperçu Baronius et Ruinart, on a sous les yeux une rédaction faite d'après des notes d'audience et des pièces tirées du greffe.

Dans sa seconde Apologie y publiée la dernière année du règne d'Antonin, saint Justin a raconté ses démêlés avec les philosophes païens, et laissé voir qu'il s'attendfidt depuis longtemps à être dénoncé par le cynique Crescent, avec lequel il avait souvent discuté, et dont il avait plus d'une fois humilié l'amourpropre (2). Crescent, en effet, avait sa vengeance

(1) Cf. Dachesne, Étude sur le Liber Pontificalis^ p. 192, et le Liber Pontificalis, t. I, p. ci.

(2) Saint Justin, H Apol., 3.

tarte |vHe : ipiii 3 fat à bout d'arguments , il défin ivnm a la jiiin roonaie eoaune chreben (1).

Déaoseé. iBlm deimii BatureUeiiieol être arrêté el jsré. Ob wt Fairèla pas se«l : d*aiilirs ehrélieiis, Charîtai. me fajuat aoBBée Charité, ETelpistos, ffiérax, KoQ ci liberianBi, fineal condinli arec loi devant le triboBal dm préfet. L*aa d'eux, Evelpistas, était un esclave de la maisoti de César '^^ . Ces gens obscurs firéqnentaient ptobableonent « à titre d'amis et d'intimes dîsttples, la maisoo da grand docteur, qui, pareil anx catécliîsles tant vilipendés par Celse, ne dédaignait pas d'enseigner la vérité à des esclaves, à des femmes, à des hommes de rien, voyant en eux non la condition sociale, mais fime créée à Timage de IHea et rachetée par le sang de Jésns-Christ.

L'interrogatoire fut href . Il ent lien probablementen grec : c'est en grec qne les Actes ont été rédigés (3). Noos devons le traduire : aocnne pièce n'est mieax faite pour donner au lecteur l'idée de la manière dont s instruisait le procès d'accusés chrétiens.

Le préfet s*adressa d*abord à Justin : u Soumets-toi aux dieux, et obéis aux empereurs \ . — Personne, ré-

iitZUi TÔv dz>xTov, ci*; x%l lowttvov xxOxccp iieyiXil» xsxâ t^ 6avsi(i> xtÇiêàXily KpxTiiXTr^a^aa. Tâtieo, Ad. Grxc, 19.

(2; D'aulres « Césariens » aTiient, ea même temps que lui, embrassé la foi ; OQ a trouTé dans la calacombe de Domitille des inscriptions fanéraires d'affranchis d'Antonin. Bull, di arch. crist., 1875, p. 58.

(3) Acta S. Justiniy dans Olto, Corpus apologetarum chrislianorum sxculi secundi, t. III, léna, 1879, p. 266-278.

(4) Toî; ^otXrjmv.

pondit Justin , ne peut être réprimandé ou condamné pour avoir suivi les lois de Notre-Seigneur Jésus- Christ. — Quelle science étudies- tu? interrompit le préfet. — J'ai successivement étudié toutes les scienceSy et j'ai fini par m'attacher à la doctrine des chrétiens, bien qu'elle déplaise à ceux qui sont entraînés par l'erreur. — Et c'est là, malheureux, la science qui te plaît? — Oui. Je suis les chrétiens parce qu'ils possèdent la vraie doctrine. — Quelle est cette doctrine? — La vraie doctrine, que nous, chrétiens, suivons pieusement, est de croire en un seul Dieu, créateur de toutes les choses visibles et invisibles , et de confesser Jésus-Christ, fils de Dieu, autrefois prédit par les prophètes, juge futur du genre humain, messager du salut, et maître pour tous ceux qui veulent bien se laisser enseigner par lui. Moi, pauvre créature humaine, je suis trop faible pour pouvoir dignement parler de sa divinité infinie : c'est l'œuvre des prophètes. Il y a des siècles que, par l'inspiration d'en haut, ils ont annoncé la venue dans le monde de celui que j'ai dit être le fils de Dieu, »

Il semble que Rusticus, philosophe , lecteur passionné d*Épictète, ami et confident de Marc Aurèle, eût dû éprouver la tentation d'approfondir la doctrine des chrétiens, et, se trouvant en présence d'un interlocuteur digne d'être interrogé , d'un savant et d'un philosophe comme lui, pousser plus loin ses questions. Au contraire, plein du mépris des hommes d'État romains pour une doctrine calomniée, que Marc Aurèle non plus n'éprouva jamais le besoin de connaître, il

3M L4 PE&SâCCn05 DC XABC ATBÊLC.

coopa court à U réponse éloquente de Justin, et, a^ec une brusquerie presque injurieuse : « Où vous rtenissez-Tous? » demandm-t-41. Justin était trop prudent pour répondre clairement : on se rappelle les précautions de langage arec lesqudles la lettre des fidèles de Smyme parle des lieux d^assemblée des chrétiens. « Crois-tu y répondit Taccusé, que nous nous rassemblons tous en un même lieu? Nullemoit; le Dieu des chrétiens n*est pas enfermé quelque part : invisible, il remplit le ciel et la terre ; en tout lieu ses fidèles l'adorent et le louent. — Allons, insista le préfet, dis-moi où vous vous réunissez et où tu rassembles tes disciples. )> La réponse à la question ainsi réduite était facile, et Justin pouvait la faire sans compromettre personne. M J*ai demeuré jusqu'à ce jour, dit-il, près de la maison d'un nommé Martin, à côté des thermes de Timothée ( 1 ). C'est la seconde fois que je viens à Rome ; jen'y connais pas d*autre demeure que celle-là. Tous ceux

(1) Ces Ibermes de Timothée ^tov ^iveiov Ti(i«i7tvo*j (OUo) on Tifuo- Tivou (Cod. Vatic. gnec.. 655} éUieot an balineum prirntum; lelymologie du nom et le site sont incertains. On sait que les bains pmés de chaque région (très nombreux, puisque leur somme tolAle, dans les catalogues régionnaircs, est marquée : Balinea DCCCLVI), sont indiqués dans ces documents par leur nombre, et non par leurs noms. Voir Preller, Die Regionen, p. 105-107; et Bull, délia commissione ar» cheologica comunale di Homa, 1887, p. 286-288. Celte manière de désigner l'habitation, a près des thermes de Timothée, » est confonne aux habitudes antiques. Dans une inscription relative à une confrérie d'athlètes, à Rome, l'adresse d'une femme nommée Zotique, qui en «';lait la trésorière, et de son mari, procurateur de l'association, est ainsi donnée : |i.tvet Se f, 8eSacvi(T|&evT} xal 6 ivToXtxàpio; &vr|p aOtij; iropà là; TiTiavà; (Ôspjia;). Bull, délia comm. nrch. corn, di Borna, 1891, p. 192.

qui ont voula venir m*y trouver, je leur ai communiqué la vraie doctrine. )> Il était temps d'en finir, et le préfet posa enfin la question décisive : Donc tu es chrétien? — Oui, répondit Justin, je suis chrétien. »

Il n'était pas besoin de l'interroger davantage : Rusticus se tourna vers un autre accusé. « Es-tu chrétien, toi aussi? dit-il à Chariton. — Avec l'aide de Dieu, je le suis. — Suis-tu aussi la foi du Christ? demanda-t-il à Charité, probablement sœur de celui-ci. — Par la grâce de Dieu, je suis aussi chrétienne. » S'adressant à Evelpistus : « Et toi, qui es-tu? — Je suis esclave de César, mais, chrétien, j'ai reçu du Christ la liberté; par ses bienfaits, par sa grâce, j'ai la même espérance que ceux-ci. »

C'était la première fois qu'un esclave osait revendiquer en public, devant un magistrat du peuple romain, sa dignité d'homme, parler d'affranchissement spirituel, proclamer Fégalité des Âmes. Encore une fois, Rusticus aurait dû tressaillir; un autre esclave, Épictète, qu'il admirait, dont il avait lu les livres, dont il avait fait connaître la philosophie au maître du monde, était arrivé, dans le secret de ses méditations, à une même conclusion : « L'esclave, avait-il dit au maître, tire comme toi son origine de Jupiter même ; il est son fils comme toi ; il est né des mêmes semences divines (1). » Rusticus, cependant, garda le silence : il avait pu accueillir avec sympathie la pro-

(1) Arrien, Dissert.,!, 13.

386 Là PERSÉCUTlOn DE MARC AURÈLB.

testation théorique et solitaire du penseur païen; mais il devait fermer ses oreilles et faire semblant de ne pas comprendre, quand elle revêtait une forme bien autrement pressante et vivante en passant par les lèvres d'un disciple du Christ, d'an témoin du vrai Libérateur. Le siècle des Antonins fit beaucoup, nous l'avons dit, pour adoucir le sort des esclaves ; mais ni les magistrats ni les jurisconsultes romains n'aimaient que ceux-ci revendiquassent trop hautement leurs droits. Un des griefs qu'ils avaient contre le christianisme, on le voit par les paroles de Celse et de Cœcilius, c'est qu'il s*occupait trop des esclaves. M. Renan s'est trompé en écrivant que les jurisconsultes de l'époque antonine considéraient Tesclavage comme un abus qu'il faut supprimer (1). Ils y voyaient au contraire un abus qu'il faut rendre supportable, afin de continuer à vivre avec lui et par lui. Un écrivain qui n'est pas suspect de partialité contre la société antique a dit beaucoup plus justement : a II ne se rencontra personne , ni parmi les empereurs, ni parmi leurs conseillers, pour concevoir le dessein, je ne dis pas de supprimer brusquement une institution qui tenait à tant d'intérêts, mais de lui faire subir une de ces modifications qui, sans aboutir pleinement à l'équité, y acheminent (2). » Voilà pourquoi

(1) Uenan, Marc Aurèle et la Fin du monde antique, p. 605.

(2) J. Denis, Histoire dts théories et des idées morales dans l^ antiquité j t. 11, Paris, 1855, p. 88. — Pendant le siècle des Antonins la population de Rome, évaluée à 1,600,000 individus, comprenait 900,000 esclaves. Lacour-Gayet, Antonin le Pieux^ p. 67, 79.

Tami et le conseiller de Marc Aurèle, — du souverain qui , en dix-neuf ans, ne sut point créer d'institutions nouvelles, faire ni une bonne guerre ni une bonne paix, mais seulement un grand livre (1), — laissa passer, sans paraître l'entendre, et en dépit des maximes d'Épictète, l'ardente parole du martyr Evel-> pistus, osant se proclamer devant lui « esclave de César, mais affranchi du Christ 1 »

Rusticus se tourna donc vers Hiérax : « Es-tu chré« lien? — Certes, je suis chrétien; j'aime et j'adore le même Dieu que ceux-ci. — Est-ce Justin qui vous a rendus chétiens? — J'ai toujours^ été chrétien, répondit Hiérax, et je le serai toujours. » Se levant alors , Péon dit : a Moi aussi , je suis chrétien. — Qui t'a instruit? — J'ai reçu de mes parents cette bonne doctrine. » Evelpistus reprit : « Moi, j'écoutais avec grand plaiâr les leçons de Justin; mais j'avais appris de mes parents la religion chrétienne. — Où sont tes parents? — En Cappadoce. — Et toi, Hiérax, de quel pays sont les tiens? — Notre vrai père, dit Hiérax, est le Christ, et notre mère la foi (2) , par laquelle nous croyons en lui ; mes parents

(1) Daroy, Histoire des Momains, t. V, p. 235.

(2) Les premiers chréUens aimaient, dans leur langage mystique, à personnifier la foi ; voir la célèbre épitaphe de saint Aberdns, é?éqae d'Hiéropolis, en Phrygie, qui visita Rome sous Marc Aurèle; Pilra, De Ahercii iitulo^ dans Spicilegittm Solesmense^ t. III, p. 582; De Rossi, Inscriptiones christianae, t. Il, p. xu-xxiy; Bull, di arch. crist., 1894, p. 65; Ducbesne, Bévue des Questions historiques^ 1883, p. 1-33; Bulletin cHtique, 1894, p. 177; 1897, p. 101; Mélanges de V École française de Borne, t. XV (1895), p. 155 et suIt.; Analeeta

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viôr M jgumujeuag fii irâw à eenx qm gmrdent les cnnmamfaiiigifB nx «IhnC. & je sovfipe les supplices «fne tx SLàaiiLiainsf^ Cir je aâ» i^ue eenx qm aaront irM "nsiT!! Ma<err»r:it: La îiT^far dÎTine jusqu'à la •îii'îo.x.'Xiriia i* ^srofi-»- — T:i penses donc que ta

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LtiW'jfA,, S fjxMi%s «s.i 5. P^yifc*!^, t. I, p. 49}-Mt: Cumonl. M^MiK-j^ d^ l f,:ÀA 'r : ft.;«i«< -i^ R>n,f, L XV i*>â .p. 245 et soif. fv*tiffc4. À^ri^wi^i UUéfrmimret ckrétif^mes : in littérature çrecquf, p IK ^ MiT.

'1, L« c^/7/ii90i^j« Hh^nix. coaiM ie co-/iio«^« Cbarito, ont été portés par d« p«rv)DQ^^ d'origiiie serrik: cf. WiIuiaBii>, Exempta inscr. lat.. Il», 1360.

monteras au ciel pour y recevoir une récompense? — Je ne le pense pas, je le sais, et j'en suis tellement certain, que je n'éprouve pas le plus léger doute. » Une aussi ferme foi dut sembler étrange à Rusticus, s'il partageait l'incertitude de Marc Aurèle sur la peiv sistance de l'àme après la mort (1); aussi, dédaignant d'approfondir : « Venons au fait, dit-iL Approchez, et tous ensemble sacrifiez aux dieux. » Justin prit la parole : « Aucun homme sensé n'abandonne la piété pour tomber dans l'impiété et l'erreur. — Si vous n'obéissez pas à nos ordres, vous serez torturés sans miséricorde. » Justin prit encore une fois la parole : « C'est là notre plus grand désir, souffrir à cause de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et être sauvés. Car ainsi nous nous présenterons assurés et tranquilles au terrible tribunal de notre même Dieu et Sauveur , où , selon l'ordre diviu , le monde entier passera. » Et tous les martyrs, élevant la voix, ajoutèrent : « Fais vite ce que tu veux, nous sommes chrétiens, et nous ne sacrifions pas aux idoles. »

11 ne restait plus au préfet qu'à prononcer la sentence ; il le fit en ces termes : « Que ceux qui n'ont pas voulu sacrifier aux dieux et obéir à l'ordre de l'empereur soient fouettés et emmenés pour subir la peine capitale conformément aux lois. » La sentence fut exécutée sur-le-champ ; les corps des suppliciés furent enlevés secrètement par quelques fidèles et placés « en lieu convenable, » disent les Actes, imitant la

(1) Marc Aurèle, Pensées, VII, 32.

prudente réserve de la lettre des Smyrniotes, et donnant ainsi une preuve de plus de leur antiquité (1).

(1) Voir plus haut, p. 326 et 3G9. — Peut-être pourrait-on retroQTer anjourd'liai ce « lieu convenable » ou furent enterrés Joslia et ses eompagnons. Dans une galerie du premier étage de la catacombe de PriscUle, en une région sépulcrale qui paraît appartenir au second siècle, oa lit sar une tuile fermant un loculus ces mots peints au minium : M ZOTCTINOC. La lettre M se rencontre plusieurs fois dans la même région. Jointe à des noms de défunts, dans des circonstances qui paraissent exclure l'idée d'un prénom. M. de Ros-si y reconnaît l'initiale dn mot fuipTup, martyr, et propose de lire ici Mofrvp ^louorlvoc, le martyr Justin. Voir BulLdiarch.crist., 1884-1885, pi. V-VIII; 1886, pi. XII et p. 85, 107-

Xies apologistes chrétiens à la lin du deuxième siècle.

Marc Àurèle avait pris une part active et personnelle aux deux épisodes sanglants qui viennent d'être racontés. Félicité et ses fils ont été mis à mort sur la dénonciation directe des ponlifes à Tempereur, après transmission à celui-ci du procès-verbal de leur interrogatoire, et mission donnée par lui aux triumviri capitales d'exécuter la sentence (1). Le procès de Justin et de ses compagnons a été instruit par le préfet, et leur condamnation est l'œuvre de ce magistrat; mais Marc Aurèle était alors à Rome, et le préfet de 163 est un de ses intimes amis, qui probablement lui en a référé. Pendant que le sang chrétien coulait ainsi dans la capitale de TEmpire, sous les yeux et par la volonté du souverain, il arrosait en même temps ses provinces éloignées , au gré du caprice populaire ou de la haine plus ou moins fanatique et superstitieuse des gouverneurs.

Dans une lettre écrite au pape Victor, vers la fin du deuxième siècle, par le vieil évêque Polycrate d'Éphèse, on lit les noms de « Thraséas, à la fois évêque et martyr d'Euménie, qui est enterré à Smyrne,....

(1) Cela était tout à fait dans les habitudes de Marc Aurèle : Capitales causas honestonim hominum ipse cognovit, dit Capitolin, Anton, philos. ,2i.

de Sagaris, évêqae et martyr, qui est enterré à Laodicée (1). » La date du martyre de ce dernier est exactement connue. 11 fut mis à mort, écrit Méliton, sousSergiusPauIus, proconsul d'Asie (2).SerginsPaolus fut proconsul entre 16ï et 166 (3). Tbraséas d'Eoménie, nommé avant Sagaris dans la lettre de Polycrate, périt probablement à cette époque {k). C'est peut-être au même temps qu'il faut attribuer, avec Tillcmont, l'exécution à Byzance d*un grand nombre de chrétiens, rapportée par saint Épipbane (5). Aa règne de Marc Aurèle appartiennent de nombreuses condamnations de chrétiens ad metalla, aux travaux forcés des mines. Il y a de ces pieux forçats en Sardaigne (6) ; il y en a à Corintbe, et l'évêque de celte ville, saint Denys, adresse, en 170, une lettre au pape Soter pour le remercier des secours que la sollicitude vraiment catholique de l'Église de Rome envoie aux

il) Kusèbe. Ilht. F.cvL, V, 24.

i2^ /fti«/., IV, 26.

v3^ IWrghfsi, Œuvres, t. VIll, p. 504 ; IX, p. 310; Waddinglon, FasUi

*ies pnwinces asiatiques, p. '.>28; Salinon, art. Melito, dans Dict. of

Christian biographe, t. 111, p. 89ô; Lightfoot, S. Ignatius and S. Po-

/yt'urp, t. 1, p. 510. — Méliton, cilé par Eusèbe, dit ïepowi»wv n«6-

'^ov; inni» tous les critiques ont suivi RuOn, traduisant Sergius.

, r Sur Thrast^as, outre la lettre déjà cilée de Polycrate (Eusèbe, V, Î4 , \oir .^iH^lonius [it'id., V, 18) et Pionius {Viia Polycarpi, 20).

»»' Sain! Kpiphane, //arrr"Ç.,LlV, 1 ; Tillemont, Mémoires^ t. U, art.ri sur U |vrs«yulion de Marc Aurèle. — Ilarnack {Texte und Ihttersu^ v^KMj^rM, ISI^, p. i33 el >uiv.) et Zahn [Forschungen zur Geschichte ♦;>r >( K.V>\ A(iMON.<(, p. ♦Ty» allrlbuent au règne de Marc Aurèle le uutlM^, A lVi):4UK\ de Car|>os. Pap>loset Agalhonice, que nous aTonn \*ui devoir veivrler à la J»er^ëculion de Dèce {Hist. des persécutions i-r^i.ù'H! ;,: pitmitre mottte dr troisième siècte, 2* éd., p. 424;.

,«'»' r^i.'«*<t»/»^w»vrMir. I\. 11.

conâamnés(l). Tout indique une persécution universelle, se déchaînant en tout lieu, presque au hasard, selon les caprices des hommes, servis par les lois existantes, c'est-à-dire les anciens édits rajeunis par Trajan et ses successeurs. « Les chrétiens, écrit au païen Autolycus Théophile, évèque d'Antioche sous Marc Aurèle, ont été persécutés jusqu'à ce jour« et ne cessent pas de l'être. Les plus pieux d'entre eux sont sans cesse assaillis à coups de pierres, quelquefois même mis à mort. Aujourd'hui encore on ne cesse de les battre cruellement de verges (2). » Théophile se plaint surtout ici des violences populaires ; Héliton accuse particulièrement les magistrats. « Chose qui n'était pas arrivée , dit-il , maintenant la race des hommes qui craignent Dieu est poursuivie en vertu d'édits nouveaux en Asie. Les impudents sycophantes et les gens avides du bien d'autrui, prenant occasion de ces édits, nous pillent ouvertement, déchirant les innocents nuit et jour (3). » Ces « édils nouveaux » (xaivà îivjjLaTa) sont, évidemment, des ordonnances locales, rendues par le fanatisme de quelques gouverneurs ; Marc Aurèle, en effet, appliqua aux chrétiens la jurisprudence de ses prédécesseurs, mais ne promulgua contre eux aucun nouvel édit : le témoignage de TertuUien est formel sur ce point (4).

(1) Eusèbe, Hist. EccL, IV, 23, 10.

(2) Théophile d'Antioche, Ad Autolychum, III, in fine.

(3) Eusèbe, Hist. EccL, IV, 26, 5.

(4) TertuUien, ApoL, 5. — Aussi ne croyons-nous pas que l'édit cité au Digeste, XLVIII, xiii, 30, par lequel Marc Aurèle punit de la relé-

nement nous parait n'avoir exercé aucune influence sur les dispositions de Tempereur philosophe an sojet des chrétiens. La persécution ne s'apaisa pas après 174, date de la guerre des Quades; c'est même pendant les dernières années de Marc Aurèle qu'elle sévit avec le plus d'intensité (1).

On ne saurait donc représenter Marc Aurèle comme s*étant montré , à aucune époque de sa vie, favorable aux chrétiens. Tertullien, en l'insinuant , ne fait que suivre, sans examen, et en forçant les termes selon sa coutume, une tendance familière aux apologistes delà lin de Tépoque antonine. La cause qu'ils soutenaient était si belle, qu*un peu d'illusion, peut-être même quelque argument d'avocat leur sera facilement pa^ donné. L'insuccès des écrits apologétiques de Quadratus et d'Aristide sous Hadrien, de Justin sous Antonio, la mort même de ce philosophe chrétien, n'avaient pas découragé les esprits confiants et généreux qui travaillaient à dissiper le malentendu qui, selon eux, divisait seul TEnipiro et l'Église. Sûrs de l'innocence de leurs

Ooinpt<*s i-«ndus de l'Ac^idoiiiie des Sciences de Berlin, 19 juillet 1S9I, \\ sa:>-S82. M. Harnack croit à l'existence d'une vraie lettre de Marc Aurèle au sénat, où la pluie merveilleuse était mentionnée avec le Niiecès des armées romaines. Cette lettre est aujourd'hui perdue, et a • le remplacée par des compositions aiK>cryphes. M. Harnack admet que dans sa lettre ofâcielle Marc Aurèle parlait des soldats chrétieoi et de leurs prières. Cette hypothèse me paraît peu compatible avec ce que nous savons du caractère de Marc Aurèle et de ses sentiments i l'égard des chrétiens.

1 H La recrudescence de persécution se remarque surtout depuis i:t>... Dans trois ou quatre ans, elle atteindra le plus hant degré de fureur qu elle ait ronnu avant Dèce. » Renan, 3tarc Aurèle, p. .»:9.

coreligionnaires, forts de la vérité du christianisme, et, d'un autre côté, pénétrés de respect pour Tincontestable vertu du souverain en qui se personnifiait la société païenne , ils refusaient d'admettre qu'entre de tels adversaires la lutte pût durer longtemps : à force de sincérité, de confiemce, par des explications loyales et claires, nous parviendrons enfin, pensaient-ils, à la faire cesser. Mais, pour atteindre ce but, présenter à l'empereur la défense des mœurs calomniées des chrétienSy ou même la justification philosophique de leurs doctrines, ne pouvait suffire : avant tout, les avocats du christianisme devaient s'attacher à détruire les défiances de VÉtat romain envers ceux qu'il s'obstinait à prendre pour des ennemis cachés de ses institutions, de ses lois, de son existence même.

Cette nécessaire tactique, à la fois habile et loyale , fut comprise des grands apologistes orientaux qui imprimèrent à la pensée chrétienne, pendant le règne de Marc Aurèle, tant d'éclat, de mouvement et de vie, le philosophe Athénagore, lesévéquesThéophile, Méliton, Apollinaire. En agissant et en parlant de la sorte, ils continuaient la tradition inaugurée par saint Justin, fidèle lui-môme aux enseignements apostoliques. Seul, un des plus intimes disciples du philosophe martyr sembla prendre plaisir à la contrarier : Tatien s'efforce, dans ses vigoureux écrits, de creuser le fossé entre la science humaine et la révélation divine, d'accabler l'hellénisme sous ce qu'il appelle la sagesse barbare (Ij,

(1) Tatien, Orat. adv. Grxcos, 29, 30, 31, 35, 42.

3M LA PBB8ÊCtT10!f DE MARC AURÈLE.

d*isoler le chrétien do courant de la vie romûnejjf^^ Cette ejrception tient à deux causes : Tatoi,Bèi .issyrie (3), dans cette partie de rOrientqneksi de Trajan désolèrent sans la subjuguer, ne piml avoir pour TEmpire les sentiments d'un Romain; d» tiné à sortir bientôt de Torthodoxie et à se faire M de secte, il ne saurait représenter la directioD Tmeà la pensée chrétienne. C'est un intransigeant : ilncitralna personne à sa suite, sauf peut-être le satiri^ chrétien Hermias, qui dans la forme procèdede LucMi plus encore que de lui. Tout autres sont les gnsA hommes dont j*ai tout à l'heure rappelé les nomi. Ce qu'il y a de bon dans le monde antique, — danik sphère des esprits, la philosophie, dans la sphère da réalités tangibles, TEmpire, — ne possède pas deplai dévoués amis. Athénagore, philosophe athénien converti, dédie son Apologie « aux empereurs Marc Aiurile Antonin et Marc Aurèle Commode, arméniaques, sarmatiques. et, ce qui est leur plus grand titre, philo»phes. •» 11 leur j)arle en iidèle sujet. « Nous qu'on appelle chrétiens, nous ne faisons de tort à persoime; remplis de piété, nous vénérons votre pouvoir impérial -.3^ 1' Plus loin, rappelant les coutumes de la primitive Église, i! ajoute : « Qui sera plus digne d'être

,1} Talieo. Or. adv. Graecos. 11.

{r Ibid., 35. — 11 reTînt à Edesse v«ts 172, et peut-être n'est-iJpu

otrtnger à la conTersion de ce |^>s au christ ianisme dans la seconde

moitié du deuxième siècle. Cf. /îuUetin chtùjtte, 15 novembre 1881,

p. 2\ù jugement faTorable sur Tatien, d'après l'étude do Zahn sur le

Diatessaron^ .

(3; Athenagoro. Légat, pto Christ. ^ 1.

^^ écouté que nous, qui prions pour la prospérité de votre 'ifiKoipire, afin que de père en fils vous vous transmettiez [|é pouvoir et que votre domination, toujours croissante, poisse s'étendre à tout l'univers? Votre bonheur est notre intérêt, car il nous importe de pouvoir mener une vie tranquille en vous rendant de grand cœur l'obéissance qui vous est due (1). » Et cette vie tranquille, dont rinjustice des hommes excepte les seuls chrétiens, où la mènerait-on mieux que dans TEmpire romain, « dans lequel chacun est gouverné par une loi égale pour tous, les cités jouissent en paix des honneurs et de la dignité qui appartiennent à chacune d'elles, le monde entier, sous la prévoyante sagesse de ses princes, repose dans une paix profonde (2)? »

Les évêques parlent comme le philosophe : c'est le même langage enthousiaste et loyal. On le retrouve, avec les réserves dictées par la foi et la dignité chrétiennes, sous la plume de Théophile d*Àntioche disant au païen Autolycus : « Je respecte le roi; je ne l'adore pas, mais je prie pour lui. Je n'adore que le Dieu vrai et vivant, par lequel je sais que le roi a été fait. Tu me

(1) Ibid., 37.

(2) Ibid., 1. — Ces paroles permettent de dater assez exactement VApoloçie d'Athénagore : l'époque de paix dont il parle ne peut se trouTer, dans le règne de Marc Aurèle, qu'entre l'année 176, où ftit défaite l'insnrrectioD d'ÀTidius Cassius, et l'année 178, où éclata la guerre des Marcomans; mais la confiance même ayec laquelle le philosophe chrétien s'adresse aux empereurs convient plutôt à la première de ces années qn'à la seconde, qui suit de trop près le sanglant épisode des roartjrsde L jon. — Sur Athénagore, voir la thèse de L. Arnould, De Apologia Athenagorae, Paris, 1898.

400 LA PBRSÉCUnON DE MARC AURÉLE.

diras donc : Pourquoi n'adores-tu pas le roi? Je réponds : Parce qu*il n'a pas été créé pour être adoré, mais pour recevoir de nous Thonneur légitime. Il n*est pas un Dieu, il est un homme établi de Dieu, non pour qu'on Tadore, mais pour juger avec justice. C'est, en quelque sorte , un ministère qui lui a été confié par Dieu. Lui-même ne souffrirait pas qu'on donnât le nom de rois aux magistrats placés sous ses ordres. De même que seul il a droit à être appelé roi, de même Dieu seul a droit à être adoré. C*est pourquoi, 6 homme, tu te trompes en toutes ces choses. Rends seulement au roi le respect; mais en le respectant aime-le, obéislui et prie pourlui(i). »Héliton de Sardes tient un langage analogue : ses avances envers l'Empire sont même beaucoup plus marquées. » Il démêle, cent trente-deux ans d*avance, au travers des persécutions proconsulaires, la possibilité d'un Empire chrétien (2) . » Son idéal politique est « un État où le souverain, connaissant et craignant le Dieu véritable, jugercdt toute chose en homme qui sait qu'il sera jugé à son tour devant Dieu, et où les sujets, craignant Dieu de leur côté, se feraient scrupule de se donner des torts envers le souverain , et les uns envers les autres (3) . » Cette phrase semble tirée du traité de la Vérité, opuscule mentionné par Eusèbe et probablement découvert en syriaque par

(1) Théophile, i4f/ Auiolycum, I, 12. —Théophile écritau lendemain de la mort de Marc Aurèle.

(2) Renan, Marc Aurèle, p. 286.

(3) Méliton, Ilepl àXTjOeta;, dans Otto, Corpus apologetarum, t. IX.

LES APOLOGISTES CHRÉTlErfS. 401

Cureton (1) ; dans F Apologie^ dont Eusèbe nous a transmis un important fragment, les mêmes idées se retrouvent, plus accentuées encore : « Oui; c'est vrai, dit-il à Marc Aurèle, notre philosophie a d'abord pris naissance chez les Barbares; mais le moment où elle a commencé de fleurir parmi les peuples de tes États ayant coïncidé avec le grand règne d'Auguste, ton ancêtre, fut comme un heureux augure pour TEmpire. C'est de ce moment, en effet, que date le développement colossal de cette puissance romaine dont tu es et seras, avec ton fils, Théritier acclamé de nos vœux, pourvu que tu veuilles bien protéger cette philosophie qui a été en quelque sorte la sœur de lait de l'Empire, puisqu'elle est née avec son fdïidateur(2). » Le synchronisme qu'établit ici Héliton entre l'apparition du christianisme et celle de l'Empire, et qu'il voit se poursuivre dans le mouvement parallèle de leurs destinées, est curieux, grandiose, et ne pouvait manquer de frapper un esprit observateur; mais, selon l'apologiste , il n'est pas purement accidentel ; l'avenir de Rome est lié aux progrès de la religion chrétienne. « Ce qui prouve bien que notre doctrine a été destinée & fleurir parallèlement à votre glorieux Empire^ c'est

(1) Voir cependant If Limy, Progrès réalisés dans la littérature syriaque, dans le Compte rendu du second Congrès scientifique tutemational des catholiques, 1891, seiences religieuses, p. 199. D'après le savant professeur de Louvain, l'opuscule syriaque dans lequel on reconnaît généralement le traité De la Vérité renferme des détails semblant indiquer un éciivain un peu postérieur.

(2) Dans Eusèbe, Eist, EccL, IV, 26, 7.

FBBSÉCDTIOIIS. I. 26

402 LA PERSECUTION DK MARC AURÉLB.

qu*à partir de son apparition tout vous a réussi à merveille (1). »

Jusqu'à présent, dans ces paroles des apologistes, tout est spontané, naïf : nulle tendance à fausser les faits ou à forcer les sentiments. Je n'oserais juger tout à fait de même la phrase suivante, qui continue, dans V Apologie de Méliton, le passage que Ton vient de lire :

« Seuls, Néron et Domitien, trompés par quelques calomniateurs, se montrèrent malveillants pour notre reb'gion; et ces calomnies, comme il arrive d'ordinaire , ont été acceptées sans examen. Hais leur erreur a été ensuite corrigée par tes pieux parents (2)^ lesquels , par de fréquents rescrits , ont tempéré le zèle de ceux qui voulaient nous molester. Hadrien, ton aïeul, en écrivit à plusieurs, et en particulier au proconsu Fundanus, qui gouvernait TAsie. Et ton père, dans le temps que tu gouvernais TEmpire avec lui, a écrit aux cités qu'il ne fallait point faire de tumulte à cause de nous, et particulièrement aux Larissiens, aux Thessaloniciens, aux Athéniens et à tous les Grecs. Quant à toi, qui as pour nous les mêmes sentiments, avec un degré encore plus élevé de philanthropie et de philosophie, nous sommes persuadés que tu feras ce que nous demanderons (3). »

Il semble qu'ici Tavocat perce sous Tapologiste. Les

(1) Eusèhe, Hist. EccL, IV, 26, 8.

(2) Hadrien et Anlonin.

(8) Eusèbe, Hist. EccL, IV, 26, 9, 10, 11.

faits énoncés sont matériellement exacts : le rescrit d'Hadrien que vise Méliton a réellement été rendu (1 ) ; les rescrits d'Antonin dont il parle (et parmi lesquels il ne cite pas la lettre apocryphe au conseil d*Asie) ne sont point inventés (2). Hais ces pièces, tout en produisant peut-être un effet favorable aux chrétiens, n'ont pas eu pour objet principal de venir à leur secours. Sous Trajan, dont Héliton tait le nom, comme sous Hadrien et Antonin, la persécution lente, continue, est demeurée l'état ordinaire des chrétiens , et ils ont peutêtre plus souffert sous ces excellents empereurs que pendant les soudaines et rapides bourrasques des règnes de Néron et de Domitien. Mais la tendance des apologistes, encore exagérée par TertuUien, est de calquer tellement les destinées extérieures du christianisme sur celles de l'Empire romain, que tout règne heureux pour celui-ci a dû, selon eux, être un règne paisible pour l'Église, et que les mauvais souverains peuvent seuls avoir été des persécuteurs. Argument habile, car sa conclusion logique, qu'elle soit adressée par Héliton à Harc Aurèle ou par TertuUien à Septime Sévère, est celle-ci : Toi, qui es un bon empereur, tu ne peux molester les chrétiens, dont tous les bons empereurs furent les amis, et que les mauvais seuls firent souffrir. Rien, malheureusement, n'est plus contraire à la vérité des faits. Les bons empereurs, c'est-à-dire les gardiens jaloux de la chose romaine, se sont tous

(1) Voir plus haut, p. 246-256.

Z. I-ÛT

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-r a- ZT

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