‹ Histoire des PersesChapitre 101 sur 192 · CHAPITRE IL — RÉGNE DE FÉRYDOUH · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL — RÉGNE DE FÉRYDOUH

s'en rendit pas maître. Tels sont les détails donnés par Hérodote sur la personnalité de Phraortes. Il ne s'agit que de comprendre les faits tels qu'ils doivent l'être; pour cela il convient d'invoquer l'autorité sans réplique du Zend- Awesta.

Dans le premier chapitre ou fergard du Yendidad , on lit qu'à Yarena la carrée naquit Tbraëtaono y qui tua le sapent Dahaka. Ainsi Thraëtaqno , Férydoun , Phraortesy naquit dans l'Elbourz, là même où la légende persane place son berceau , et il ilit le meurtrier de Zohak et son successeur par droit de victoire. L'épithète que , de son côté y le Taçnaf donne au héros , c'est Tbraëtaono à la vaillante race. Il le dit fib d'Athwya ou Abtyn. Il dit qu'il frappa le serpent Dahaka aux trois gueules , aux trois têtes j aux six yeux, aux mille forces , démon vigoureux né des dywsy redoutable à tous les mondes , méchant, qui avait produit le mauvais esprit et l'avait lancé dans l'univers pour la ruine de toute pureté. Le Taçna n'est pas partout d'une rédaction trè»-ancienne, et on voit que sous l'influence d'une mysticité religieuse absolue , il ôte aux faits historiques la meilleure part de leur réaUté; mais pourtant le Taçna , dans ses versets les plus récents , n'est pas postérieur au deuxième siècle de l'ère chrétienne , et c'est assez pour que ses allégations aient du poids. D'ailleurs il concorde avec ce que les Yédas racontent, eux aussi, de Thrita, qui est Tbraëtaono. Ils le font combattre avec le serpent à trois têtes et à sept queues , et délivrer les vaches sacrées de la servitude. Ainsi , pour ce récit cette fois très-antique, comme pour le Taçna, Tbraëtaono est bien toujours le vainqueur des serpents d'Assyrie et le héros religieux qui rend à la foi pure sa splendeur avec sa liberté. Je ne crois pas, d'après les trois témoignages que je viens d'alléguer, qu'aucun fait ancien puisse être déterminé d'une manière plus satisfaisante que

SOS LIVRE II. — TROISIÈME FORMATION DE L'IRAN, rorigine, la personnalité et le rôle de Férydoun viennent de l'être.

Ceci posé, on a remarqué sans doute <]ue parmi les grandes nouveautés de l'ère qui commençait , se trouvait celle-ci, que le sang scythique avait pénétré l'Iran d^une façon très-abondante, et cela par plusieurs voies. Au nord et à l'est, la dynastie secondaire des Çamides l'avait introduit au pays de Zawoul et au Seystan ; une autre dynastie vassale en avait inondé le Gourgan ; le lignage de Béhek le maintenait dans l'angle occidental de la Caspienne, et Férydoun lui-même était de race scythique par sa mère. D'ailleurs les masses d'Arians non Iraniens accumulées au nord continuaient à presser dans la direction du midi. Plusieurs de leurs divisions s'étaient fisiit jour à travers les résistances de leurs anciens frères et avaient acquis le droit de cité dans la société mazdéenne. Mais , très-naturellement, à ceux qui avaient réussi et s'étaient établis au milieu des pays qu'ils convoitaient , d'autres essaims voulaient sans cesse s'ajouter, et ceux-ci devaient trouver pour ennemis principaux leurs associés de la veille , redoutant la dépossession. C'est pourquoi Férydoun n'eut pas seulement à lutter contre les Assyriens. Il soutint des guerres considérables contre les Scythes, et, demi-Scythe lui-ciême, lança contre eux le Scythe Kershasep à la tête de ses Sakas. La tradition iranienne assure que le théâtre des hostilités se plaça surtout du côté du Gourgan , et on doit la croire avec d'autant plus de facilité que ce fut là désormais que les Scythes cherchèrent a faire brèdie.

Hérodote raconte que Phraortes périt dans une expédition contre les Assyriens, après avoir régné vingt-deux ans. Il est difficile d'accepter une telle opinion , d'abord parce que l'on a vu que l'identité de Phraortes est très-obscure pour Hérodote, et il se peut même très-bien qu'un roi des Mèdes de la race de Nestouh ait fini dans une

GHAP. III. — HISTOIRE DES SUGGESS. DE FÉRYDOUN. 303

rencontre de ce genre sans que la lignée des grands rois de riran y fut le moins du monde intéressée , et pour une personnalité aussi illustre que celle de Férydoun. Les textes persans ne présentent guère ce souverain dans ses dernières années , combattant en personne et guidant ses armées; ce soin désormais appartient à ses capitaines , les Gawides, les Çamides et les autres. Ensuite , ces mêmes textes ne disent nulle part que la fin du Libérateur ait été violente. Le Shah-nameh le montre au contraire, après uu règne de cinq cents ans, abdiquant en faveur de son petitfils 9 qu'il couronna de ses propres mains et recommanda à la fidélité de Çam , fils de Nériman et petit-fils de Ker«* shasep. Après l'accomplissement de cette cérémonie le héros mourut, entouré des siens, et Ferdousy s'étend avec attendrissement sur les regrets dont il fut accompagné au tombeau.

Je préfère beaucoup cette version plus probable, et j'accepte même l'énorme durée du règne de Férydoun , tout en me réservant de la rendre compréhensible , ce qui aura lieu dans le chapitre suivant.

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