CHAPITRE II. — RÉGINE DE FÉRYDOUN. Î
on , dans cet Elbourz où ils ne pénétraient pas. On leur parla de Férydoun ^ le héros national ; ils comprirent qu'il avait dû être le roi de la Médie , et , en effet , il Tavait été , mais d'une façon et d'après un système dont la race hellénique avait perdu toute idée depuis les jours lointains d'Âgamemnon ; c'est pourquoi , sans trop savoir où le héros avait résidé , où il avait vécu , de quel sang il était sorti , le sachant Iranien et maître suprême de la Médie , ils pensèrent que les Mèdes étant Iraniens eux-mêmes, ce Férydoun , qu'ils appelaient Phraortes , était Mède également et avait régné directement sur la Médie à la manière dont les rois des Lydiens et des Thessaliens régnaient à Sardes et à Larisse.
Cependant la tradition mal comprise qui attribuait aux Mèdes la gloire de Phraortes ne parait pas avoir été générale en Perse au temps des Achéménides. Si Hérodote la rapporte et s'y tient, Gtésias l'ignore ou la méprise, et il supprime toute mention de Phraortes dans son catalogue des rois mèdes. Diodore apprécie sans doute les motifs de ce silence et les trouve bons , car il préfère aussi cette seconde version à celle d'Hérodote, placée également sous ses yeux. En somme, on s'aperçoit que sur beaucoup de points , et j'en ai déjà fait la remarque et j'aurai d'autres occasions de la faire encore, Gtésias, chroniqueur médiocre , a su mieux les choses que son glorieux devancier. Rien n'est plus explicable. Il vivait à la cour, au milieu des sources d'informations les plus complètes ; il y résida longtemps. Le voyageur d'Halicamasse, au contraire, n'alla qu'à Babylone, vit les choses en gros., ne reçut que des renseignements de seconde main , et put aisément en altérer la valeur par des appréciations peu exactes. Quoi qu'il en soit, ce qu'il a dit de Phraortes est précieux, et en laissant à l'écart la question de naiionalité de ce prince, on trouve dans «les Muses» des
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points de comparaison avec la légende persane qui confirment les assertions essentielles de celle-ci.
Ainsi il faut commencer par diviser ce qu'Hérodote rapporte de la naissance de Phraortes. Il le dit fils de Déjocès. En tant qu'il eût été roi de Médie, Phraortes, en effet, eût dû avoir un lien de parenté avec Déjocès ou Zohak, et ici Hérodote met Phraortes à la place même que la légende persane attribue à Koush-Héféran , roi d'Ëcbatane. Il se trompe de nom et rien de plus ; en outre , puisqu'il voulait absolument introduire Phraortes dans la liste des souverains directs de la Médie , il ne pouvait pas lui choisir un autre rang que celui-là. Le prince dont il parle n'est pas assurément le fils de Déjocès , mais il est bien son successeur; seulement c'est en vertu de la force et non de rhérédité naturelle. Ce qu'Hérodote dit de tout à fait vrai, c'est que les rois mèdes étaient alliés à la famille des rois assyriens. Il fait exécuter à Phraortes la conquête de la Perside , et il ajoute qu'il fut le premier qui ait rattaché ce peuple à la monarchie des Mèdes. Présenté ainsi , le récit est erroné, car la Perside avait été dès longtemps une dépendance du pays mède. On en trouve la preuve dans la fable grecque elle-même, qui ne sépare pas la famille de Persée de celle de Médée. Mais tout devient parfaitement véridique si l'on comprend que Phraortes , roi des Mèdes en même temps que du nouvel Iran , a été le premier des rois iraniens qui ait possédé la Perside. Â cette affirmation il n'y a rien à objecter, elle est sàre. Ensuite Phraortes se tourna contre les Assyriens, ceux-là qui habitaient à Ninive et étaient déjà affaiblis par la perte des contrées auxquelles ils avaient commandé autrefois. Hérodote ne dit pas quelles sont ces contrées, mais nous savons que c'est la Médie elle-même et tout l'Iran. Ainsi la réalité des choses est fort bien indiquée. Phraortes ne put conquérir le pays de Ninive; nous avons vu, en effet, que Férydoun ne