‹ Histoire des PersesChapitre 114 sur 192 · QUESTIONS CHRONOLOGIQUES · texte numérisé non relu

QUESTIONS CHRONOLOGIQUES

Ce n'est pas sans une véritable répugnance que je me vois contraint d'exprimer au moins quelques opinions sur l'ordre des temps et sur la durée des faits pendant les périodes dont je viens de rassembler les débris. La chronologie m'a toujours paru la partie la plus faible, trèssouvent la plus fantastique, de l'histoire, et, en général, les chiffres , avec leurs prétentions à posséder une réaUté supérieure à celle des affirmations auxquelles ils ne s'agrègent pas , sont de toutes les vanités les plus vaines et de toutes les ombres les plus dénuées de corps ; ceux qui les préconisent leur supposent à priori des bases sérieuses, et quand on s'est habitué, par la pratique, à comprendre, à voir que des difficultés majeures et souvent in-

sunnontables s'opposent à ce qu'un chiffre soit plus et autre chose que le résultat d'opérations approximatives, le caractère précis, arrogant, rigoureusement déterminatif qui lui est propre, ne parait que l'insolence de l'erreur, et en vérité n'est pas autre chose. Les sciences appuyées sur de pareilles colonnes ne sont pas des sciences , et on ne risque rien à tenir dans une suspicion éternelle tout ce qui en dehors du terrain mathématique se fonde sur des calculs, c'est-à-dire la chronologie et la statistique.

Rien n'égale pourtant l'étonnante crédulité que les amateurs de cbiffires éprouvent pour ces idoles. C'est une superstition sèche , mais la plus exaltée des superstitions. Larcher écrit avec une inébranlable foi , sous la rubrique de l'an 1885 avant Jésus-Christ :

« Tremblement de terre qui sépare l'Ossa de l'Olympe. » Les eaux qui couvraient la Thessalie s'écoulent dans la » mer; elle devient habitable. »

Il ne lui vient pas un instant de doute sur la question de savoir si ce grand événement ne serait peut-être pas arrivé en 1884 ou en 1886. Il jure ce qu'il avance, et ses émules anciens et modernes, entraînés par la puissance latente mais énorme qui existe dans toute hypothèse, au grand détriment de celui qui l'a conçue, et sur lequel elle manque rarement de prendre un souverain empire, sont aussi péremptoires et aussi convaincus que le savant helléniste.

Il n'existe que deux moyens de classer les dates à leur ordre. Le premier, c'est de les rapporter à une ère bien définie et dont on connaît avec précision le commencement. Les temps antiques n'ont rien qui permette l'emploi de ce procédé. La seconde ressource, c'est de s'appuyer sur des synchronismes assez sûrs pour qu'avec leur aide on se croie en état de saisir une série de faits bien con-

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