‹ Histoire des PersesChapitre 128 sur 192 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le poiot de vue éyidemmeDt faux qui faisait de la province deMédie le centre de l'empire, qui lui donnait Zohak pour souverain, puis le libérateur Férydoun, et qui de la maison feudataire de Nestouh faisait la race royale de tout l'Iran , exigeait que Gyrus eût à ses débuts l'attitude d'un rebelle vis-à-vis du souverain d'Ecbatane, et de là les anecdotes conservées par Hérodote sur les premières menées du jeune prince.

Celui-ci, content de vivre tranquille dans la Perside auprès de son père Cambyse et de sa mère Mandane, n'eût peut-être pas songé à prendre le rôle important qui l'attendait, si un Mède, Harpage, ne l'y avait excité; car il faut, dans ce système de tradition , que l'esprit mède domine partout, même dans la destruction de la puissance mède. Harpage donc, jugeant que le jeune Cyrus, jadis sauvé par lui , était apte à devenir l'instrument des vengeances qu'il couvait contre son maître Âstyages, avait soin d'entretenir avec lui des relations d'amitié ; il lui envoyait des présents; il faisait plus, il conspirait en sa faveur auprès des seigneurs mèdes, dès longtemps fatigués de la hauteur et des violences de leur souverain.

Quand tout fut prêt et que la conspiration , suffisamment mûrie, eut réuni toutes les chances possibles de succès, Harpage songea à prévenir Cyrus du rôle important qu'il lui destinait, et afin de conduire cette affaire avec tout le secret désirable, il enferma dans les entrailles d'un lièvre la lettre qui contenait ce que Cyxus avait à faire ; ce lièvre fut confié à un serviteur affidé déguisé en

chasseur, et celui-ci , trompant la surveillance des gardes qui défendaient à chacun, de la part d'Astyages, Taccès de la Perside, précaution qui semblerait indiquer que, malgré sa tranquillité apparente, le roi des Mèdes nourrissait toujours de très-forts soupçons contre-son petit-fils ; le serviteur d'Harpage, dis-je, remit la missive aux mains du jeune prince, avec demeuide de ne Touvrir qu'en secret. Ce qui ayant eu lieu, Cyrus apprit qu'il devait se révolter et qu'il pouvait faire fond sur la complicité nonseulement de son correspondant, mais encore des hommes les plus distingués de la nation mède.

Après avoir réfléchi à ce qu'il venait d'apprendre, Cyrus imagina de supposer une lettre d'Astyages qui l'investissait de toute autorité sur le peuple perse. Il la lut à l'assemblée de la nation, et aussitôt, usant de son pouvoir, il ordonna aux principales tribus de lui envoyer tous leurs hommes armés de faux. En un seul jour, il fit essarter un canton d'environ dix-huit à vingt stades entièrement couvert de ronces et d'épines. Mais le lendemain, par un contraste frappant, il ordonna aux travailleurs le repos et le bain , et les réunit dans un immense festin où il avait fait apprêter tous les troupeaux égorgés de son père. Là les tribus perses firent chère lie, et au moment où elles parurent apprécier le mieux les loisirs qui venaient de leur être faits, Cyrus leur demanda ce qui leur pfaisait davantage, ou le traitement de ce jour ou celui de la veille. Elles s'écrièrent naturellement qu'il n'y avait pas de comparaison à établir; que la veille elles avaient porté lourdement la fatigue, tandis qu'en ce moment elles n'avaient qu'à se féliciter de leur sort.

Aussitôt Cyrus prit la parole, et leur faisant toucher au doigt que la servitude dans laquelle les Perses vivaient à l'égard des Mèdes était comparable à ce qu'ils avaient souffert en arrachant les ronces et les épines d'un sol

rebelle; il leur promit pour l'avenir, s'ils voulaient s'insurger contre leurs maîtres, une existence beaucoup plus douce encore que celle à laquelle ils goûtaient à cette heure. Ils ne manquèrent pas d'être sensibles à ce raisonnement , et comme depuis longtemps ils désiraient la liberté, ils se mirent aux ordres de leur jeune chef.

Cependant Astyages, averti de ces menées, manda Cyrus auprès de lui. Celui-ci répondit fièrement que son grand-père Je verrait plus tôt qu'il ne Voudrait. On courut aux armes des deux parts, et, sous l'empire de cette fatalité si chère à l'imagination hellénique, Astyages, destiné à la ruine , ne manqua pas de donner le commandement de ses troupes à ce même Harpage qui avait tout préparé pour sa chute, après avoir été si barbarement outragé. La bataille fut livrée; une partie des Mèdes passa à Cyrus, et tout alla au gré des conspirateurs.

Aussitôt qu'Astyages eut été averti de la déroute des siens et des causes qui l'avaient déterminée, il s'emporta en sourdes menaces, et cherchant à qui s'en prendre de son malheur , il fit mettre en croix les mages qui avaient, suivant lui, si mal , interprété ses songes et l'avaient rassuré mal à propos; puis, entraînant ce qui lui restait d'hommes , jeunes et vieux , il alla se jeter contre les Perses, qui le battirent de nouveau et le firent prisonnier.

Harpage , ravi de voir son maître en cet état , se donna le plaisir de l'insulter, se vantant devant lui d'être le premier auteur de son infortune. Mais le roi tombé lui démontra son injustice et sa lâcheté; sa lâcheté, parce que, pouvant détrôner son souverain au profit de qui il voulait, il n'avait pas eu le courage de prendre lui-même la couronne; son injustice, parce que, pour se venger d'une offense personnelle, il n'avait pas reculé devant le crime d'asservir sa nation innocente à des étrangers. Cyrus

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