CHAPITRE IV.— ACTION DE CVRUS 8UR L'IRAN
précisément celle des nations germaniques, et qu'il en ressort une preuve de plus, bien frappante, bien imposante, j'ajouterai bien séduisante et bien chère, de la parenté antique des feudataires de Gyrus avec les vainqueurs du monde romain. L'amour de l'aventure, commun aux deux rameaux de la même souche, créa chez l'un comme chez Tautre cette façon de concevoir les feits. L'estime suprême de certaines qualités qui , au point de vue grec et romain, n'existaient même pas, créa là un idéal tout semblable du caractère héroïque , et enfin un amour aussi emporté de l'imprévu conduisit les deux branches de la famille à croire aisément à des modes tout particuliers et peu réalisables. Cependant, bien que je n'aie pas l'intention d'expliquer ce qui doit rester inexplicable, je suis convaincu qu'un filon de vérité sera aisément reconnu et suivi jusqu'au bout par tout le monde dans ce que je vais rapporter.
J'ai dit que les prétentions de Khosrou-Gyrus à la couronne avaient été acceptées et soutenues dès l'abord par la famille des Gawides, feudataire de la Montagne. Les Çamides du Seystan s'étaient montrés également bien disposés, et avec ces deux races de grands vassaux, les plus puissantes assurément de tout l'Iran, les autres maisons régnantes avaient encore donné des preuves non équivoques de leur intelligence; elles avaient compris la nécessité impérieuse d'accepter le chef commun qui se présentait, lui seul pouvant réunir la nation dans une résistance désespérée aux invasions scythiques, ce qui constituait la question de vie ou de mort ; car si les Scythes réussissaient à rompre les barrières et à se précipiter sur l'Iran, l'individualité de la race pure allait périr étouffée.
Il est impossible, en quelque temps, en quelque lieu que ce puisse être, et sous la pression des dangers les plus évidents, que les esprits soient absolument unanimes et qu'il
ne se manifeste pas de résistances quelconques au vœu le plus général. C'est ce qui arriva, ainsi que je l'ai déjà fait entrevoir. Un g;rand vassal qui tenait une partie du Khoraçab, Toous, dont la famille remontait à Menoutjehr, s'éleva contre la légitimité de Cyrus et refusa de le reconnaître.
Il's'attira les Gawides sur les bras. Gomme, suivant la façon dont les Orientaux ont conçu cette partie de leurs annales, Kaous ou Gambyse avait été le Grand Roi de l'Iran, au lieu d'être relégué au rôle plus modeste mais plus vrai de simple arrière-vassal de la couronne, gouvernant la Perside, fief de la Médie, et qu'en même temps , conformément à ce que dit Hérodote , Kaous survécut à l'élévation de son fils, les auteurs asiatiques ont trouvé, pour tourner la difficulté, que Kaous -Gambyse avait abdiqué en faveur de ce fils ou .petit-fils. Toous réclama donc contre l'abdication , et fit valoir les droits supérieurs de Fer-Iberz ou l'illustre Iberz , si bien connu de Gtçsias sous le nom d'OEbaras. Le vassal récalcitrant prétendit qu'Iberz avait le double avantage d'être Iranien et par son père et par sa mère , tandis que Gyrus n'était qu'un bâtard qui allait amener sur le trône le sang scythique auquel il ne voulait pas rendre hommage. Le roi Kaous-Gambyse eut quelque peine à calmer les nobles des deux partis , mais enfin il leur proposa une solution qui réunit tous les suffrages.
Du côté d'Ardebyl , c'est-ii-dire dans les territoires montagneux situés à l'ouest de la Gaspienne , pays déjà inondé par les tribus scythiques, s'élevait une forteresse appelée le château de Bahmân, « Dej-è-Bahman » , occupée par des suppôts d'Ahrimàn, et dont l'accès était rendu impossible par leurs enchantements. Si l'iilustre Iberz-OEbaras parvenait à débarrasser la frontière de ce fléau, Gyrus ne serait pas roi, mais le yainqueur monterait sur le trône ; si au contraire