CHAPITRE IV. — ACTION DE CYRUS SUR L'IRAN
à-dire à Fer-Amorz, qui, à la tête de vingt mille de ses cavaliers, les mit en fuite.
Il y a donc sur ce point accord parfait entre le rensei* gnement de Gtésias et celui de Ferdousy; c'est le même champ de bataille, ce sont aussi les mêmes combattants; c'est du côté des Iraniens le même chef, et, comme on le verra plus loin , c'est aussi le même résultat , la même victoire. Toutefois les deux traditions diffèrent en ceci, que Gtésias place ici la mort de Gyrus, et que le poëte du Shah-nameh est d'autant plus éloigné de le faire, que, pour lui, le Grand Roi ne figure pas même dans cette guerre. Je laisserai cette divergence , et , attentif uniquement aux similitudes qui s'y trouvent mêlées, je continue l'exposé des mesures poursuivies par Gyrus pour délivrer son empire des attaques scythiques.
En même temps que ce prince envoyait contre les envahisseurs du Seystan l'armée considérable dont la description vient d'être donnée , il formait un autre corps d'une puissance égale sous le commandement de Toous. Gelui-ci portait pour armoiries un éléphant. Il avait sous ses ordres les hommes du Khoraçan et une partie des tenanciers des Gawides, sous Gouderz et Gyw.
Gette force se dirigea par l'extrémité méridionale de la Caspienne, en tournant vers le nord-est, sur un point nommé Kélat. Je ne suis pas étonné de ne retrouver nulle part la mention de cette locahté , attendu que le poëte n'a remarqué qu'un château servant de résidence à un certain jeune frère de Khosrou-Gyrus, Féroud, demeuré parmi les Touranys, et dont la légende ne porte absolument aucun caractère d'authenticité. De Kélat, les Iraniens, inclinant davantage vers l'est, tout en remontant vers le nord , traversent le pays de Djerrym et celui de Mym en chassant devant eux les Scythes.
On reconnaît Djerrym dans l'Isydjerm actuel, sur la
route de Meshhed. De là l'expédition s'avança jusqu'aux contrées lointaines de Mym , qui semble devofr être quelque embranchement de l'ImaUs, et elle arriva au fleuve de Kaseh, la Gasia de Ptolémée, pays horrible, montagneux , couvert de neiges , exposé à des dégels non moins désastreux que le froid, et où les Iraniens auraient péri sans l'intrépidité et la constance de Gyw. Ainsi, en même temps que le premier corps d'armée, sous Fer-Amorz- Amorgès le Çamide, attaquait les Scythes dans leur plus récente conquête à l'est , le second corps , sous Toous , les repoussait devant lui , et les poursuivait jusqu'au cœur de leur pays propre , battant les chefs qui s'opposaient à sa marche, Pelashan, Tejad, brûlant les villes et enlevant les troupeaux.
Les vues de Khosrou-Cynis ne s'arrêtèrent pas à ces deux grandes entreprises. Sur la ligne méridionale de la Caspienne, il chassait les bandes qui s'étaient, de ce côté, glissées entre la mer et les montagnes, et, par une suite d'attaques auxquelles les chefs les plus réputés prêtaient tour à tour leur énergie , il s'efforçait de délivrer la terre iranienne du fardeau qui la chargeait. Le mal était si enraciné, des siècles de pression d'une part, de désastres ou d'impuissance de l'autre, avaient donné aux Scythes tant de facilités pour aborder tous les chemins et menacer toutes les régions de l'empire que dans le sud -est, ces ennemis avaient pu faire alliance avec la population autochthone et mal soumise du Mekran , et s'étaient créé là des alliés sauvages qui leur prêtaient la main depuis les bords de la mer des Indes.
Afin de rompre cette coalition et de la frapper à la fois et dans le nord et dans le sud, Gyrus, au dire du Shahnameh, fit construire sur la mer de Khawer, qu'il nomme de son nom actuel , le Zareh , une flotte nombreuse , puissamment équipée et pourvue de vivres pour une année.