CHAPITRE IV. — ACTION DE CYRUS SUR L'IRAN. 4W
combla les différents chefs féodaux de présents dignes de lui et d'eux-mêmes , et leur promit pour l'avenir des largesses encore plus magnifiques s'il pouvait, avec leur aide, atteindre au grand but qu'ils se proposaient en commun .
Animés par une conduite si sage et si généreuse, et entrant dans les vues du roi , les grands combinèrent avec lui un plaq de campagne tel que les hommes d'État et les guerriers de l'Iran n'en avaient encore jamais conçu de pareil. Les détails en sont multiples, et il faut les donner tous pour bien faire apprécier à quel point l'ensemble de ce récit est revêtu de ce que l'on peut appeler une certitude historique.
Roustem, le chef de la famille des Çamides, remontra que le premier point d'attaque contre les Scythes devait être le district appelé le canton de Khar ou Khar-gah. C'était une partie du Zawoul dont les Touranys s'étaient tout récemment emparés. Le pays était riche, bien cultivé, et avait jusqu'alors toujours appartenu à l'Iran.
Il n'y a pas de doute que dans ce canton de Khar il faut reconnaître le pays de Gari , indiqué par Isidore de Gharax; c'est le Gor actuel, au sud-est de Ferrah, ou peut-être encore Girany, qui en est à la mêm^ distance au nord-est. On voit par ce fait combien il était temps de mettre une barrière solide aux invasions scythiques, puisque déjà elles se multipUaient ainsi jusqu'au cœur de l'Iran ancien, aux environs de Hérat.
Roustem fit remarquer que l'on pouvait attaquer cette position par le sud , par le Syndhy et par l'Inde proprement dite, c'est-à-dire par la rive droite de l'Indus, et enfin par le nord-est en y arrivant du Kashmyr. Au nordouest, il n'y avait rien à faire, car les Scythes s'y trouvaient déjà accumulés, ce qui veut dire qu'ils occupaient en tout ou en partie la Bactriane et les provinces supérieures.
M6 LIVRE m. — QUATRIÈME FORMATION DE L*IRAN.
Cyrus appuya l'opinion du chef du Seystan , et forma une armée considérable destinée à opérer de ce côté. Il y mit une partie des contingents de l'Elbourz sous Gouderz, fils de Keshwad, sous Koustehem, fils de Koujdehem; il y joignit Ashkesh avec les Parthes, et de nombreuses troupes venues des bords du golfe de Koutj et du pays des Beloutjes. Ces derniers étaient des espèces de sauvages conduits par un chef nommé Arshaw, qui faisait porter devant lui comme étendard une peau de panthère. En outre figuraient dans l'armée Ferhad, dont les drapeaux montraient une gazelle; Kerazeh, qui avait pour signe un sanglier; Zenkeh, fils de Shaweran, dont le blason était un phénix : ce Zenkeh commandait les troupes venues de la Babylonie , qui étaient armées de courtes épées et de lances , ce qui s'accorde bien avec l'équipement des Assyriens sur les bas-relfefe. Hérodote dit de même que ces gens portaient des javelots et des poignards.
Le commandement de cette expédition fut confié à Fer- Amorz leÇamide. Il menait les soldats du Kashmyr, ceux du Kaboul et ceux du Nymrouz ou Seystan. Il semblerait que les longues rivalités entre les familles de Kaboul et de Zawoul avaient abouti dans ces temps à l'annexion du premier de ces pays au second. Les drapeaux de Fer- Amorz étaient noirs avec sept tètes de serpents réunies dans un lien. Il paraîtrait d'après cela que dans quelques familles au moins les insignes héraldiques étaient héréditaires, car nous avons là les armes de Kershasep à très-peu de variantes près.
Ici se trouve une indication si importante que nous ne pouvons passer à côté sans la toucher du doigt. Gtésias racontant la campagne de Cyrus contre les Derbikkes, c'est-à-dire contre les Scythes étabUs au-dessus des Saces, au-dessus du Seystan, précisément ceux dont il s'agit, attribue la victoire remportée sur eux à Amorgès, c'est-