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CHAPITRE IV. — ACTION DE CYRUS SUR L'IRAN

l'autre s'accordent, à peu de chose près, sur le théâtre de l'action qu'ils dépeignent. Nous venons de voir que les derniers frappés le furent dans la région des Gangani, au nord-est de l'Inde. Hérodote, après avoir dit qu'aucune des nations du nord contre lesquelles Gyrus tourna ses armes ne put éviter le joug, ajoute que ce prince rechercha en mariage Tomyris , veuve du dernier roi des Massagètes. Les Massagètes habitaient au-dessus des Gangani, dans la même direction. Mais Gyrus avait moins de goût pour la personne de la reine des Scythes que pour sa puissance. Elle le comprit, et refusa sa main. Alors Gyrus, jetant de côté tout prétexte, marcha contre les Massagètes. On voit que le même esprit de dénigrement se soutient jusqu'à la fin dans les renseignements où Hérodote a puisé.

Il s'agissait de passer l'Araxe , c'est-à-dire le Yaxartes , frontière de la Sogdiane, et Gyrus préparait à cet effet un pont de bateaux , quand Tomyris lui fit ofFrir de se retirer avec toutes ses forces à trois journées de marche du fleuve, afin de lui laisser le chemin libre ; toutefois , au cas où il préférerait combattre sur son propre terrain , elle se déclarait prête à y venir elle-même satisfaire la passion qu'il paraissait avoir d'éprouver sa prouesse contre celle des Massagètes.

Hérodote nous conserve bien ici le ton chevaleresque que nous avons remarqué si souvent dans ces histoires.

Gyrus, conseillé par Grésus, comme nous l'avons déjà vu tant de fois, préféra passer le fleuve ; au moyen d'une ruse assez basse, il abusa de la candeur des Scythes, les enivra, et quand ils furent tombés dans un lourd sommeil, il fit main basse sur eux et les égorgea tous, se contentant de garder prisonnier Spargapithès , fils de Tomyris. Le jeune homme, se sentant déshonoré, se tua.

Le lendemain se livra, dit Thistorten, la bataille la plus terrible où jamais les Barbares se soient pris corps à corps. Les Perses furent accables sous les flèches des Massagètes, atteints partout par leurs ëpëes. Gyrus lui-même pënt dans la mélëe. Tomyris fit chercher son corps...

Mais l'histoire de la mort de Gyrus fera l'objet d'un autre chapitre. Je raconterai d'abord la version qui me reste à donner sur cette dernière campagne, et que j'emprunte à Gtésias.

Gyrus, suivant lui, marcha contre les Derbikkes. On se souvient que ce peuple, qui eut une partie de ses tribus sur la Gaspienne à une certaine époque , habitait cependant au nord de l'Hindou-Kouh, à peu près là où Hérodote a mis les Massagètes, et à côté des Gangani. Nous sommes donc toujours dans les mêmes lieux.

Ils avaient pour roi Âmorseus. Quand la cavalerie perse les attaqua, ils surent l'attirer dans une embuscade où elle se trouva tout à coup entourée par les éléphants des Derbikkes, mise en désordre et ramenée. Gyrus, jeté à bas de son cheval, fut assailU par un Indien et frappé d'une javeline à la cuisse. On le releva et on le rapporta au camp. Dix mille combattants étaient tombés des deux parts dans cette rude affaire.

Mais le lendemain, Amorgès, roi des Saces, dans lequel nous avons déjà reconnu le prince seystany Fer-Amorz y arriva avec vingt mUle cavaliers. Il rallia les Perses, et tombant avec eux sur les Derbikkes, les mit en fuite. Amorœus fut tué avec ses deux fils et trente mille des siens. La nation entière n'eut plus qu'à se soumettre.

Ainsi, pour Hérodote, la dernière bataille de Gyrus était une défaite effroyable; pour Gtésias, c'est une victoire complète. Gtésias se trouve donc d'accord ici avec les annaUstes orientaux.

Amorseus remplit le rôle d' Afrasyab , aussi bien qu'Amor •

CHAPITRE IV. — ACTION DE CYRUS SUR LIRAN. 46S Qès celui de Fer-Amorz. C'est encore un motif de montrer que les. sources où Ferdousy a puisé étaient réellement anciennes. Quant au Spargapithès d'Hérodote, peut-éire pourrait-on lui trouver quelque ressemblance avec le beau cavalier scythe Aspehrem qui fut tué par le Gawide Hedjyr dans le combat des Onze champions. Il est dit que celui-ci appartenait à la royale famille d'Afrasyab, qu'il était illustre et plein d'honneur. Pour Tomyris , c'est un nom d'Amazone, difficile à retrouver dans les pages du Shah-nameh.

Cependant ce livre et tous les' poèmes historiques de la Perse nomment bien des héros et attachent visiblement beaucoup de prix à ce que le souverain , si grand qu'il soit, ne puisse à aucun moment être considéré comme absorbant en lui seul la somme entière de la vie, de la bravoure et de l'intelligence nationales. Il n'est pas question un seul instant de rabaisser par là ni le génie ni l'activité de Cyrus. Au contraire, planant au-dessus de toutes ces grandes tètes, il en devient plus grand lui-même. Mais il n'est pas seul, je le répète, il n'agit pas seul, ses rayons ne dévorent pas tous les rayons; les autres gloires, bien que moindres, ne sont pas éteintes par la sienne ; à côté de lui , contre lui , la sympathie trouve où se prendre. Aucun de ses chefs ne joiie à son égard le rôle pitoyable d'Harpage ou de Crésus dans les récits grecs , conseillers cauteleux de combinaisons niaises qui n'ont jamais pu se rencontrer dans la pratique de la vie, bons à édifier les pédants, tout en faisant sourire les hommes. Roustem , Gouderz , Gyw et Toous sont des guerriers combattant sous un guerrier; ce sont des seigneurs de manoirs aidant le prince à défendre l'empire et s'inspirant de son génie sans avoir besoin de rien emprunter à son courage. L'œuvre qu'ils poursuivent en commun est grande; ce n'est pas , comme le raconte Hérodote dont j'ose parfois dire quelque mal parce que j'en pense beaucoup de

bien, ce n'est pas parce qu'ils ne peavent se tenir en repos et sont poussés par tempérament à attaquer ég^ement tous les peuples, ce n'est pas parce qu'en raison de leur naissance ils se croyaient appelés à tout dominer sans besoin et sans intérêt ; ce sont là des raisons qui n'existent que dans les romans, mais qui n'ont jamais fait monter à cheval un conquérant. Il y faut des causes et des mobiles plus positifs, et j'éprouve une sorte d*étonnement quand je vois les poètes et les historiens orientaux , qui d'ordinaire ne sont pas cependant très-sages, nous fournir ici les moyens de tracer un tableau plus compréhensible que celui dont les Grecs nous offrent les éléments , et se montrer plus judicieux en même temps que mieux et plus abondamment renseignés.

En somme, pour en revenir aux grandes maisons féodales , nous les avons vues jouer des personnages si considérables, et ce que nous avons enregistré des institutions libres de l'Iran nous a donné si bien la clef de leur rôle, qu'avant de terminer le règne de Cyrus il importe d'épuiser ce qui reste à dire à leur sujet, même au risque de reproduire quelques-uns des détails qui se sont rencontrés déjà çà et là.

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