CHAPITRE IV. — ACTIOIN DE CYRUS SUR L'IRAN
n'est i|utre que le pays dont les auteurs grecs ont parlé en l'appelant Kambadini ou Gambadéne. Ainsi , il est clair que le renseignement employé par Ferdousy au onzième siècle de notre ère était beaucoup plus vieux que son temps et remontait aux époques classiques. La présence d'un autre endroit, également ignoré des écrivains musulmans, Ribed, le pays des Rhibii de Ptolémée, achève de donner une physionomie tout à fait antique aux documents mis en œuvre par le poëte de Nishapour.
Mais le district de Kambadini est à identifier incontestablement, ainsi que l'a remarqué avec toute justesse le savant Forbigger, avec cette localité voisine où Diodore a placé le mont Bagistanus, consacré, suivant lui , à Jupiter. Et sir Henry Rawlinson a bien fait de reconnaître la dénomination et le site de Bagistanus dans le lieu appelé aujourd'hui Bisoutoun ou Behistoun , qu'a rendu si remarquable et si célèbre l'immense rocher qu'on y contemple, tout chargé de figures sculptées en bas-relief, et d'une inscription cunéiforme trilingue la plus longue que l'on ait découverte jusqu'ici.
Ce monument, qui révèle chez les hommes qui l'ont exécuté une grande puissance de moyens, a dès longtemps frappé l'imagination des observateurs. Diodore prétend que le rocher était entouré d'un vaste parc de douze stades d'étendue , planté et fermé de murs par Sémiramis ; que cette reine s'y était fait représenter sur larpierre vive avec cent gardes du corps , et avait expliqué le sujet par une Inscription en caractères syriens.
Diodore est un compilateur qui ne donne les faits que de seconde main sans les comprendre, surtout sans les avoir personnellement observés.
Isidore de Gharax , à peu près dans le même cas , copiant des renseignements de nature analogue , réduit tout ce qu'il ^it d'une œuvre de sculpture existant dans ces
parages à une colonne et à une statue élevées en l'honneur de Sémiramis.. Il se peut toutefois qu'il y ait réellement eu là ou dans les environs y comme auprès d'Hamadan , des statues , des colonnes et d'autres bas-reliefs. C'est l'idée que nous ont transmise d'anciens auteurs orientaux', et comme toute cette région fut, à dater du règne de Cyrus , honorée du séjour constant de la cour, et que les parcs aussi bien que les palais impériaux y abondèrent, il n'y a rien que de vraisemblable dans cette opinion. Cependant, si des monuments isolés ont pu être renversés en grand nombre dans le cours des âges et ne pas laisser de traces, il ne saurait en être de même de sculptures exécutées sur la roche même. Celles-ci peuvent avoir été mutilées, elles peuvent être aujourd'hui dans un état de destruction plus ou moins avancé, elles ne sauraient avoir complètement disparu ; et comme on connaît assez bien ce qui en reste dans tout le pays observé ici, il n'y a pas de doute que le bas-relief cité par Diodore, où le personnage royal apparaît entouré de ses gardes, est précisément le bas-relief de Bagistanus, celui de la Gambadène, de Renaboud, dû lieu où Ait Uvrée la série de duels héroïques connue de la Chronique persane sous le nom de « guerre des Onze rekhs » où champions. Maintenant nous rappellerons le sujet représenté sur la muraille de pierre. Un roi assis reçoit une troupe de neuf captifs qui lui sont amenés. Un dixième personnage est couché sigr la terre; il est mort ou va être frappé de mort. C'est le sujet dont Ferdousy s'est servi dans le combat des Onze. Le lieu, l'ensemble des acteurs de la scène, sauf leur nombre, tout s'accorde; il devrait y avoir, au rebours de ce qu'on observe ici , dix morts et un captif jeté aux pieds du souverain assis sur son trône; il manque une figure; mais dans aucun
* Traite des écritures cunéiformes y t. II, p. t28.
CHAPITRE IV. — ACTION DE CYRUS SUR L'IRAN. k9% pays, et en Orient plas qu'ailleurs, ces fautes d'arithmétique ne sont importantes; tout au plus le compte impacr hdt que nous avons prouverait- il, s'il devait prouver quelque chose, que la tradition n'était pas tout à fait d'accord avec elle-même sur le chiffre des vaincus et peut-être des vainqueurs au temps où fîit immortalisé sur le rocher le souvenir du combat.
Je ne crois pas qu'on puisse reporter à l'époque de Cyrus le travail du rocher de Behistoun. Il appartient aux Achéménides, et il est assez «grossièrement exécuté pour qu'on l'attribue sans difficulté à une école de décadence.
Il faut le considérer comme provenant des temps derniers de la dynastie achéménide. Alors plusieurs versions du même fait avaient pu se former. Ensuite je ne suis pas convaincu que le bas-relief ait été fait pour la légende ; il se pourrait que ce fût la légende qui se fût inspirée du bas-relief. En tout cas , elle-même est ancienne, ainsi que je l'ai expliqué tout à l'heure par la comparaison des dénominations géographiques; elle est antérieure à l'Islam, probablement au règne des Sassanides. Elle a pu acquérir son développement actuel sous les Parthes , grands appréciateurs de semblables ré» cits , et à ce titre elle mérite beaucoup d'attention , comme le monument figuré auquel elle se rattache si visiblement.
Après le combat des Onze champions , les Scythes furent privés d'une partie notable de leurs meilleurs chefs. Us proposèrent encore la paix; mais le Grand Roi exigeait l'hommage des tribus et leur soumission complète. On ne s'entendit pas, et la guerre recommença sur toute la iron* tière du nord.
Expulsés de la Sogdiane, les Scythes essayaient d'y rentrer. Quelques-unes de leurs bandes en occupaient même certains points. Cyrus les en chassa définitivement, et pour opposer un obstacle infiranchissable à de nouvelles
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invasions , il envoya des colonies dans le pays , le fit parcourir par deux armées sous les ordres de Koustehem le Gawide et de Roustem ; et relevant les villes et les bourgades, rétablissant Tagriculture , encourageant les habitants sûrs de sa protection y il rendit presque impossible désormais aux envahisseurs de se risquer sur un territoire où ils devaient rencontrer à chaque pas une énergique résistance.
Aussi voit-on dorénavant les Scythes concentrer leurs forces dans une contrée que Ferdousy nomme Gengdej^ le pays de Geng. C'est le territoire appelé par Strabon du nom des peuples qui l'habitent , les Gangani. Il est situé au nord-est de l'Inde , et s'étend du fleuve Sabar à l'ImaUs. De ce dernier asile, Afrasyab voulut une troisième fois essayer de traiter. Pour réponse, Cyrus vint en personne l'assiéger dans Geng-dej. La ville fut enlevée d'assaut; Afrasyab s'enfuit, maïs il tomba bientôt sous la massue d'un ascète appelé Houm, issu de la race de Férydoun.
La guerre était finie ; les tribus scythes, désorganisées, s'éloignaient des firontières de. l'Iran avec autant de désespoir et de terreur que naguère elles avaient mis d'emportement à les franchir. Les nations lointaines amenées par le Khagan et le Fagfbur au secours d' Afrasyab rentrèrent *^ dans les ténèbres du nord et de l'est, où elles avaient vécu jusqu'alors. Cyrus donna pour chef aux bandes désorganisées qui restaient près de son empire, Djehen, parent du dernier roi, qui devint son serviteur et son sujet, et l'Iran délivré de toute crainte vécut désormais dans la joie , lasécurité la plus profonde et l'immense opulence que lui assuraient une paix solidement fondée et la sagesse de Cyrus.
Nous arrivons justement ici au point final de l'histoire du conquérant pour Hérodote et pour Ctésias. L'un et